Critique : Le Livre d’Eli (2010)

Le Livre d'Eli 1

Un prophète.

Depuis sa naissance, le cinéma américain puise sa force d’évocation dans la religion chrétienne. Parfois pour remettre en cause le fanatisme qu’il produit chez certains fidèles, bien souvent pour donner une puissance symbolique aux images et aux personnages qu’il construit. L’odyssée de cet élu dans les décombres d’un pays ravagé par la guerre sème ainsi sur son chemin une série d’icônes et de symboles justifiés par la nature même de l’objet que ce voyageur transporte dans ses bagages. En effet, ce héros ordinaire, survivant comme beaucoup d’autres dans un désert de cendres, peuplé de cannibales et de routier du crime, nous est révélé, très vite, comme un prophète, un messie portant avec, et en lui, le dernier exemplaire des saintes écritures bibliques. L’instinct de survie, celle d’hommes et de femmes lutant pour le contrôle des ressources et de sa survie, se soustrait chez ce pèlerin à une survie spiritualisée, sa marche quotidienne étant motivé par cette obscure foi que l’on sait divine. La mise en scène des frères Hughes étoffe alors cette quête d’une musique atmosphérique et de ralentis léchés, compagnonnage emphatique à un périple qui ne l’est pas moins à nos yeux. Le duo s’adonne à des performances graphiques brûlantes, que l’on peut trouver terriblement ampoulées ou carrément sublimes, dans le but de nous accrocher aux perspectives mystiques et mythique posées par le scénario et ses personnages. Gonflé à l’eau bénite, le film aurait très bien pu tomber dans la leçon de morale indigente. Sauf que pour les cinéastes, ces saintes écritures sont autant l’oeuvre matrice des pensées religieuses occidentales qu’un objet de masse (il ne faut pas oublier que la Bible est le premier livre imprimé mécaniquement, ainsi que l’ouvrage le plus vendu au monde) placé aux côtés d’autres valeurs culturelles qui ont contribué à l’élaboration d’une identité américaine (le western, le road movie, la bande dessinée). À travers leur incandescente esthétique, Albert et Allen Hughes donnent donc à reconstituer les mythes fondateurs de cette société afin de lui redonner une nouvelle direction à suivre, qui ne sera incarné ni par les pulsions totalitaires de Carnegie (superbe Gary Oldman), ni par la démarche secrètement individualiste d’Eli (Denzel Washington, impeccable), mais par la dévotion de la jeune Solara (Mila Kunis), personnage féminin moins accessoire que d’ordinaire. Malgré tout, Le Livre D’Eli opposera les spectateurs qui, au crépuscule de cette aventure dystopique riche en émotion, tirera ses propres conclusions. D’aucun le trouveront excessivement prosélyte et laid. D’autres, comme moi, y verront une ode fiévreuse à la transmission et à la spiritualité. (4.5/5)

Le Livre d'Eli 2

The Book Of Eli (États-Unis, 2010). Durée : 1h49. Réalisation : Albert Hughes, Allen Hughes. Scénario : Gary Whitta, Anthony Peckham. Image : Don Burgess. Montage : Cindy Mollo. Musique : Atticus Ross. Distribution : Denzel Washington (Eli), Gary Oldman (Carnegie), Mila Kunis (Solara), Ray Stevenson (Redridge), Jennifer Beals (Claudia), Malcolm McDowell (Lombardi).

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9 commentaires

  1. Un post-apo que l’on peut voir comme un Mad Max biblique. Perso je n’en attendais rien du tout à sa sortie et cela m’a bien plu. Mais cela fait un petit moment que je ne l’ai pas vu.

    1. Je serais curieux de savoir ce que tu en penses car les deux premiers sont clairement des classiques pour tous les fans de SF et de bourinnage. Leur importance est telle qu’on en retrouve l’influence aussi bien dans les films de majors (Le livre d’Eli en est un) que dans les films bis (les italiens s’en sont donnés à coeur joie).

    2. J’ai beaucoup aimé le 1er, un peu plus le 2nd. Pas vu le troisième en entier en revanche, mais je l’ai trouvé un peu moins bien.

    3. Il est moins bien et plus grand public que les précédents mais cela reste un bon divertissement. Et puis si tu aime Tina Turner… 😉 Par contre pour Mad Max Fury Road je suis entre l’enthousiasme (le projet m’inspire puisque j’ai fait plusieurs dessins sur le sujet; sans compter la présence de Tom Hardy et d’un grand nombre de voitures défoncées selon les sources) et la crainte (peut être que ce sera mauvais et sans être pessimiste, j’ai bien peur que ce soit l’une des victimes de l’année 2015).

    4. Pareil que toi. Mais au moins, il aura mis le temps pour le faire. On ne pourra pas accuser George Miller d’avoir réalisé cette suite dans la précipitation.

    5. Enfin là c’est limite du development hell. Reporté à cause des pluies australiennes pour un tournage en Afrique du sud ou je ne sais où en 2012, première photo en juillet 2013, sortie reportée à 2015 alors qu’il aurait été prêt en 2014 je pense. J’ai un peu peur à cause de cela. Néanmoins, le fait d’avoir un mec aussi charismatique que Tom Hardy pour prendre la relève de Mel Gibson est un excellent choix.

    6. Si cela donne au moins un film sympa comme World War Z, je ne suis pas contre. Il n’y a plus qu’à attendre un trailer.

    7. Le problème c’est que j’espère mieux que World War Z. 😦 Pour le trailer, on peut se brosser au vue de la distance 2014. Par contre, des images sortant du modèle Twitter me ferait plaisir, parce qu’en dehors de la photo tweetée par le casting féminin et la photo dédicacée d’Hardy qui est devenue la première image officielle, on ne peut pas dire que l’on sait grand chose sur le visuel du nouveau Mad Max.

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