Critique : Skyfall (2012)

Skyfall 1

Best of Bond.

L’agent double-zero sept a cramé ses derniers cartouches sous le soleil brûlant de la Bolivie au cours d’un mission à haut risque financier. L’addition de ce dernier et tumultueux voyage fut ainsi lourde de conséquence pour le studio mère, la MGM. Rongé par les dettes, le vaisseau au lion attendait qu’une âme charitable vienne remorquer ce vieux Téméraire. Une faillite économique, mais aussi un cuisant échec critique pour cet opus qui semblait illustrer bien plus les failles du cinéma d’espionnage post-moderne que le renouveau d’une saga mythique. Néanmoins, le flop de ce Quantum Of Solace a permis aux deux producteurs historiques de la franchise, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, de remettre en question cette mauvaise habitude qu’ils ont eu de confier les reines à des réalisateurs dans l’incapacité d’inscrire la franchise dans la légende. Pour entamer sereinement ce nouveau virage, il imposèrent le nom de Sam Mendes, un cinéaste expérimenté et oscarisé (American Beauty, 1999). Ce metteur en scène sensible et reconnu par ses pairs, mais novice dans le domaine du grand spectacle, a donc la lourde tâche de remettre d’aplomb le célèbre agent britannique. Avec la complicité des habituels scénaristes (Robert Wade, Neal Purvis) et d’un troisième scribe (John Logan), le réalisateur fait le choix d’explorer, comme ce fut le cas avec le premier volet de l’ère Craig, les faiblesses physiques et les failles psychiques de James Bond afin de l’installer dans le schéma de l’obsolescence du super-héroïsme, décidément très à la mode depuis que Christopher Nolan a redéfini les contours psychologiques de l’homme chauve-souris. Face à ce nouveau traitement, certains fans crieront au scandale et à la trahison, soutiendront mordicus que tout cela n’est qu’une histoire pognon, de marketing, et surtout de soumission à ce schéma narratif hollywoodien. Bien qu’ils n’aient, dans le fond, pas tout à fait tort, difficile tout de même de fermer les yeux sur le travail abattu par toute l’équipe afin de donner un souffle nouveau à cette entreprise. Les coups de pinceaux portés par Sam Mendes et son chef opérateur, le grand Roger Deakins, font de ce Skyfall une magnifique pièce de musée, illuminée par d’intenses moments de bravoures et des paysages urbains et sauvages d’une irrésistible beauté. Naviguant entre tragédie et innocence (un retour au source façon Maman, Je m’Occupe Des Méchants), et habité par une renversante galerie d’acteur qui incarne, de façon très astucieuse, certaines figures emblématiques de l’univers bondien, cette nouvelle mission achève avec brio la rupture entamée par Martin Campbell avec Casino Royale pour mieux restaurer les bases d’une franchise demie-centenaire. Le spectacle est définitivement séduisant, et le plaisir immense de voir enfin 007 évoluer sous l’oeil d’un grand peintre du cinéma mondial. (4.5/5)

Skyfall 2

Skyfall (Grande-Bretagne, 2012). Durée : 2h23. Réalisation : Sam Mendes. Scénario : John Logan, Neal Purvis, Robert Wade. Image : Roger Deakins. Montage : Stuart Baird. Musique : Thomas Newman. Distribution : Daniel Craig (James Bond), Javier Bardem (Raoul Silva), Judi Dench (M), Naomie Harris (Eve), Ralph Fiennes (Gareth Mallory), Bérénice Marlohe (Séverine), Ben Whishaw (Q).

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7 commentaires

  1. Très bien cette nouvelle interface. Pas radicalement différente de la précédente ceci dit. J’aimais bien en revanche ces grosses lettres en forme de nos héros préférés qui te servaient de bannière. Et le blogroll sur le côté va me manquer. Mais je viendrai quand même, ne serait-ce que pour rappeler que je ne suis pas toujours d’accord 😉

    1. Je vais voir ce que je peux faire concernant le design du titre. En tout cas, je te remercie pour ta fidélité 🙂

  2. Un très bon nouveau 007 qui revient à des sources rarement évoquées dans la saga, alignant les moments de bravoure à la pelle (le générique, l’ouverture, l’arrivée de la sublime Bérénice Marlohe à Macao, la scène d’interrogatoire entre Bond et Bardem), multipliant les hommages sans que ce ne soit lourd (ce qui était le cas dans Meurs un autre jour) et très divertissant. De plus, la photo est juste irréprochable.

    1. Oui, dans Meurs Un Autre Jour, il y avait des gros clin d’oeil que personne ne pouvait louper. Là, c’est plus subtil, effectivement, à l’image de la photo de Roger Deakins.

  3. Tu as utilisé le même fond d’écran petit fripon ^^
    Très bon OO7. Pourtant, c’est plus un film d’action qu’un film d’espionnage. C’est la seule chose que l’on peut regretter. Je suis pas sur qu’aujourd’hui l’espionnage réaliste soit plaisant pour le spectateur. Sauf scénario excellemment écrit comme La Taupe.

    En tout cas, longue vie (de plus d’un an 😉 ) à cette nouvelle maison !

    Les Golden Potatoes Awards viennent de débuter sur mon blog, je t’y invite très chaleureusement pour défendre tes films favoris. Et cracher sur les acteurs/ices que tu détestes.

    1. Je viens tout juste de laisser ma liste sur le GP Awards 🙂 Eh comme toi, je souhaite ne pas avoir envie d’adresse dans un an 😉

      En ce qui concerne ce 007, c’est un peu le lot des films de la franchise depuis Le Monde Ne Suffit Pas. Du coup, c’est vrai qu’un film comme La Taupe, aussi exigeant soit-il, est rafraîchissant.

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