Critique : White House Down (2013)

White House Down 1

La chute de la maison Emmerich.

Après s’être racheté une virginité artistique avec Anonymous, le teuton flingueur Roland Emmerich est promu commandant en chef d’un nouveau blockbuster, engageant par la même une guerre contre un projet concurrent, La Chute De La Maison Blanche signé Antoine Fuqua. À l’image de son challenger, White House Down se veut être un revival du cinéma d’action des années 80, « un truc du genre Die Hard« , avec un héros en débardeur les trois-quart du film. Sous la plume du scénariste James Vanderbilt (Basic, Zodiac), John (Mc)Cale va donc vivre une journée d’enfer, enfermé dans un piège de cristal et de marbre en compagnie de mercenaires qui ont dans l’idée de mettre à genoux le gouvernement, piquer dans la caisse, déclencher une guerre au Moyen-Orient, et si possible, renégocier leur régime de retraite. Il est certain qu’on ne demandera pas au réalisateur de réinventer la recette de la tarte au pomme (les soeurs Tatin s’en sont déjà occupées), mais de nous en mettre plein les yeux et les oreilles. En ce sens, White House Down souffle le chaud lorsque l’action s’enferme dans les longs corridores et les cabinets cossus baignés d’ombre et de lumière, et qu’il force la cohabitation entre Channing Tatum/Jamie Foxx. Il y a, dans ces courts échanges musclés, une intensité qui rappelle l’âge d’or de l’entertainment américain. Mais le fond est nettement plus frais lorsqu’il ouvre son champ sur les extérieurs factices de la demeure présidentielle. Cette ouverture spatiale, même relative, vient rompre le rythme sans parvenir à réveiller cette passion de filmer la catastrophe à grande échelle qui faisant tout l’intérêt de ses précédentes productions (l’atomisation de l’avion présidentiel est ainsi réglée en trois coups de cuillère à pot). Un constat qui démontre la frilosité graphique de cette vision d’apocalypse gouvernementale, alors même que le scénario se montre plus malin que la moyenne en créant une brèche dans le système de pensée américain (l’identité des terroristes, l’étonnante position morale d’un personnage secondaire) tout en pointant du doigt les effets pervers d’une politique ultra-pacifiste. Roland Emmerich a consentit à livrer un spectacle moins abrutissant et idiot que ses précédents essais (bien qu’il subsiste, ça et là, quelques perles – comme cette curieuse négociation avec un écureuil), mais il semble s’être installé, dans sa mise en scène, une routine et une lassitude qui se traduit par un spectacle beaucoup moins intimidant qu’à l’accoutumé. Sa très belle affiche n’a donc pas suffit à convaincre le public, qui lui a préféré le programme beaucoup plus vindicatif et spectaculaire concoctée par Antoine Fuqua. White House Down n’en reste pas moins un sympathique divertissement, à même de combler nos longues soirées d’hiver. (2.5/5)

White House Down 2

White House Down (États-Unis, 2013). Durée : 2h12. Réalisation : Roland Emmerich. Scénario : James Vanderbilt. Image : Anna Foerster. Montage : Adam Wolfe. Musique : Harald Kloser, Thomas Wander. Distribution : Channing Tatum (John Cale), Jamie Foxx (le président de États-Unis James W. Sawyer), Maggie Gyllenhaal (l’agent Carol Finnerty), James Woods (l’agent Martin Walker), Jason Clarke (Stenz), Joey King (Emily Cale), Richard Jenkins (le président de la Chambre des Représentants Eli Raphelson).

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7 commentaires

  1. Borat fidèle au poste! Pas vu mais cela puait tellement la connerie (les propos de Jamesluctor m’avait fait rire, ce qui ironiquement n’est pas le but du film!), à l’image de son concurrent. Après l’excellent Anonymous, Emmerich revient au mauvais, tant pis.

    1. Fidèle aussi aux posts 😉 L’ayant revu en blu-ray avant-hier, j’ai pris un peu plus de plaisir. C’est le genre de film con qu’il faut regarder quand on ne veut vraiment pas se prendre la tête (un peu comme le Poseidon de Wolfgang Petersen).

    2. Perso j’évite les navets se prenant trop au sérieux et notamment ceux d’Emmerich. J’ai suffisamment vu de bouses venant de son cerveau.

    3. Pourtant, il martèle que ses films sont bourrés d’ironie. Personnellement, à part pour le cas de 2012, j’en doute un peu.

    4. Oui son cinéma est plein d’ironie vu que lui-même réfute ce que ses films exposent. De ce que je me souviens d’une interview pour Première, il disait comme quoi Independence day était un film très virulent pour l’Amérique. Quand on voit le portrait élogieux jusqu’aux poils de fesses des USA, je crois qu’il n’était pas dans son état normal.

    5. Je crois qu’avec ce discours c’est vraiment le point de non-retour car jusqu’à cette scène, on rigolait quand même pas mal devant tant de clichés, mais avec ce discours on touche réellement le fond. « Américaines, américains, enfants du monde, aimons nous, venons à bout de ces putains d’aliens et on va leur botter le cul pour le bonheur de l’Am… du monde! »

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