Critique : Les Brasiers De La Colère (2014)

Les Brasier De La Colère 1

Rust drama.

On attendait beaucoup Les Brasiers De La Colère. Peut-être même un peu trop. Le souvenir du premier long métrage de Scott Cooper, l’excellent Crazy Heart, se consume peu à peu dans les hauts fourneaux de ce nouveau drame délicatement dévoré par les flammes de la tragédie à vocation sociale. Il ne faut pas beaucoup de temps au réalisateur pour nous dessiner les trajectoires des deux frères : l’ainée est un ancien taulard qui tente de suivre les traces de son père, le cadet est un soldat réserviste qui brûle la chandelle par les deux bouts dans des combats clandestins. Deux « héros » qui sont le produit de leur temps et de leur monde, cherchant à dominer leurs pulsions autodestructrices, à exorciser leurs démons, à construire un avenir dans une cité au bord du gouffre. On retrouve bien là le goût du fatalisme cher au cinéaste, qu’il traduit avec beaucoup de rudesse via une mise en scène âpre qui laisse énormément parler les images, devenant le témoin d’une épreuve sociale (subtile mutation de l’environnement urbain au fil des années) et intime. Les Brasiers De La Colère est donc film sur la violence, celle de la désindustrialisation barbare des banlieues ouvrières telle que Braddock, mais aussi celle de l’être humain, « examinant sa nature dans une société où les hommes tentent de prendre leur destin en main ». Cette Rust Belt rouillée par la mondialisation, mais encore mouillé par l’épaisse fumée des cheminées, ne propose guère d’avenir à ses habitants que la misère et la survie. Mais la réalisation et la musique ne cherche pas à engager ce discours dans des grandes embardées émotionnelles, mais à construire une force tranquille, laissant pour cela toute la latitude aux acteurs pour imprimer leur marques. En cela, chaque apparition de Zoe Saldana génère de superbes éclats d’émotion, traduisant la rage et la tristesse qui brûle au fond de son personnage. C’est d’ailleurs le lot de l’ensemble de la distribution, qui fait preuve d’une noble authenticité marquée du seau de Sam Shepard, éternel baroudeur du cinéma white-trash et folk, proposant une fois encore une performance pleine d’humilité et de sincérité. Tout fonctionne donc parfaitement, à l’exception faite de l’écriture filmique. Car le gros problème de cette oeuvre, ce qui l’empêche d’atteindre les sommets qu’on aurait voulu le voir tutoyer, c’est l’aspect excessivement compacte de sa narration. Face au nombre croissant de personnages et d’évènements introduit par Scott Cooper, le montage n’a d’autre choix que de resserrer le temps diégétique (des années de cabane réglée en à peine trois petites séquences). En résulte donc une arythmie partagé entre ce profond désir de tisser un récit fait de personnage et cette volonté de transcrire toutes les conditions qui ont conduit au drame final. La colère du titre n’obtient alors finalement pas l’espace nécessaire pour envelopper ce qui reste, tout de même, un très beau film. (3.5/5)

Les Brasiers De La Colère 2

Out Of The Furnace (États-Unis, 2013). Durée : 1h56. Réalisation : Scott Cooper. Scénario : Scott Cooper, Brad Ingelsby. Image : Masanobu Takayanagi. Montage : David Rosenbloom. Musique : Dickon Hinchliffe. Distribution : Christian Bale (Russell Baze), Casey Affleck (Rodney Baze), Woody Harrelson (Harlan DeGroat), Willem Dafoe (John Petty), Zoe Saldana (Lena), Forest Whitaker (l’agent Wesley Barnes), Sam Shepard (Red Baze).

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20 commentaires

  1. Je préfère rester sur le titre initial. 😉 Un petit peu prévisible au vue de la bande-annonce mais terriblement attachant. Déjà par son casting quasi-irréprochable (Saldana joue bien mais n’apparaît pas assez pour donner plus de profondeur) et son récit dramatique qui plonge dans les tréfonds d’une ville en ruine où l’illégalité est reine sans qu’on ne puisse l’arrêter. Le duel Bale-Harrelson tient également toutes ses promesses et vaut un final pour le moins charnier et sans concession. Par contre juste une chose: (attention spoilers) je n’ai pas compris qu’est-ce que voulait dire le dernier plan montrant Bale tout seul dans l’ombre? Est-ce qu’il est chez lui ou en cavale? -(fin des spoilers) Et puis un film avec une des meilleures chansons de Pearl Jam en fond sonore dans le générique de début et de fin ne peut ne pas être foncièrement mauvais. 😉

    1. J’ai moi même eu un peu de mal à interpréter cette image. J’ai alors lu une interview du réalisateur dans lequel il évoquait ce plan final. Selon lui, Russell a échappé aux poursuites judiciaire, et il voulait alors montrer qu’il vit prisonnier (sans doute dans la maison familiale), et que son acte final n’a rien eu d’une libération pour lui.

    2. C’est ce que j’ai plus ou moins compris mais curieusement bien avant le plan!lol Surtout que plusieurs fois que plus d’une fois Cooper isole Bale en éloignant petit à petit la caméra de Bale. Que ce soit lorsqu’il ressort blessé de son attaque en prison ou quand Saldana part. C’est sur le même modèle que le plan final est fait. Après il y a aussi le détachement progressif de sa famille. Au final il ne lui reste que son oncle.

    3. Effectivement, c’est quelque chose que l’on remarque tout au long du film dans la mise en scène de Cooper.

  2. Sans rapport avec ce film – WordPress, c’est définitif ? On y est mieux, n’est-ce-pas 😀 J’espère que c’est ta nouvelle maison pour le plus longtemps possible 🙂
    Félicitations pour l’habillage en tout cas (déjà pour celui du précédent). Un des plus beaux blogs ciné que je suive.

    1. Merci beaucoup 🙂 C’est clair que cette plateforme est confortable. On peut vraiment développer son blog comme on le souhaite.

  3. N’ayant pas encore vu le semble-t-il formidable « Crazy heart » (qui a pourtant tout pour me plaire d’avance : Jeff Bridges en chanteur country-folk), je pense passer mon tour hélas pour celui-ci qui m’avait pourtant l’air assez recommandable (en tout cas c’est un peu ce qui ressort de cette critique qui ne lui toruve pas que des défauts). L’actualité se bouscule, le vent se lève sur d’autres titres qui viendront chasser celui-ci qui aura peut-être une seconde chance en vidéo. A moins que…

    1. Le truc, c’est que Les Brasiers… a un seul défaut, mais il pèse beaucoup dans la balance. Malgré tout, je suis ressorti de la salle plutôt conquis, avec l’envie de le revoir une fois qu’il sera sorti en Blu-ray. Je te conseil tout de même le découvrir pour les acteurs, le cadre et l’atmosphère. De même pour Crazy Heart, qui lui est supérieur en tout point.

    2. Enfin vu. Un film d’acteurs avant tout comme tu le soulignes, qui marche sur les plates-bandes de Cimino sans en avoir la puissance visuelle. Je préfère la partie revenge à la chronique sociale qui s’effondre un peu sous le poids du pathos. Pas mauvais néanmoins.

  4. Vu également. Pour ma part, un film sympathique, qui doit effectivement beaucoup à son excellent casting, dont aucun des membres ne déçoit. De belles séquences émotions, j’acquiesce (ah, les ponts qui passent au dessus des voies ferrées…), mais un scénario qui perd beaucoup de son intérêt à partir d’une… sortie très rapide de 2 gros personnages… Ah partir de là, les brasiers de la colère sent un peu le réchauffé :), et se contente d’une petite vengeance banale, certes qui cherche toujours à montrer l’implication émotionnelle, mais qui peine vraiment à surprendre. J’imagine que c’est aussi pour cela qu’un point et demi se sont envolés (car on attendait un peu mieux quand même de l’affrontement…).

    1. C’est pas faux, l’histoire de vengeance est finalement assez vite torché, comme pas mal de petits détails d’ailleurs. Je pense que Scott Cooper à voulu en faire trop, et ça coince un peu au final. Après, est-ce un problème de scènario ou de montage (ou les deux). En tout cas, le film aurait du être épuré de quelques évènements (comme le passage en prison, qui bouffe du temps pour pas grand chose) pour se recentrer sur l’intrigue principale. Mais je ne sais pas pour toi, mais malgré ce gros défaut, je reste quand sous son charme.

  5. Dommage! La bande-annonce diffusée sur Le Cahier du Critik avait éveillé quelques attentes finalement restées au stade de promesse. Christian Bale assure son rôle correctement ?

    1. Christian Bale est excellent, tout comme ses partenaires, masculins comme féminins (Zoe Saldana y est superbe).

  6. Un ramassis de pathos auquel tu finis par ne plus croire : tant de poisse tue la poisse. Il reste les acteurs (même s’ils jouent le péquenot avec pas vraiment de finesse) et quelques scènes badass, mais dans l’ensemble c’est surestimé et lourd. La vision hollywoodienne du prolétariat US miné par la crise est caricaturale, réduite ici à un presque cliché.

  7. Vu.. sur les neuf de 2014 il arrive 3e pour le moment. Globalement le même ressenti que toi – et la même surprise à l’égard de cette temporalité étrange, mais ça n’a pas entamée mon adhésion.

    1. Il y en a que ça ne dérange pas de ne pas avoir de repères temporels, moi, ‘avoue que ça m’a un peu gêné. Mais ça reste un film très bien fait qui nourrit de belles références (notamment à Le Voyage Au Bout De L’Enfer).

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