Critique : World War Z (2013)

World War Z 1

Z comme Zombie.

Tout est une question de mode. Après avoir tenté de nous vendre du vampire et du loup-garou, Hollywood nous sature de zombies, les accommodant à toutes les sauces. World War Z, c’est donc du cinéma de mode. Il ne cherche pas à suivre la ligne tracée par les oeuvres politiques de George Romero, Danny Boyle, Juan Carlos Fresnadillo, ou encore Steven Soderbergh (bien que Contagion partage avec WWZ la construction d’une vision globale autour d’une expérience à échelle individuelle). Il rejoindrait bien volontiers les rangs de The Crazies, Zombieland ou L’Armée Des Morts, des productions qui ne sont rien de plus que des objets de divertissement. Il s’agit alors ici moins pour le réalisateur, le très inégal Marc Foster, de diriger son canon vers l’état de santé moribond de notre monde (le bilan est simplement dressé par le très quelconque générique d’ouverture) ou l’humanité de guerre (on se contente d’évoquer, ici et là, l’idée que les relations entre les hommes en temps de crise s’articulent bien plus autour de cette notion d’utilité que celle de fraternité), que d’orchestrer un spectaculaire ballet de son et d’image qui surfe sur la peur et la fascination de l’infection et de la perte de contrôle. Il y a, sans aucun doute, une bonne part d’opportunisme dans cette démarche, des pulsions mercantiles largement décelables pour qui connait les rouages du cinéma américain. WWZ est ainsi construit de telle sorte à ce qu’il plaise au plus grand nombre et qu’il engrange un maximum de bénéfice, au risque malheureusement de coller une curieuse censure graphique, inadéquate avec cette façon de penser le genre. Une philosophie qui masque l’élégant travail d’adaptation effectué par l’équipe de scénariste. En effet, le métrage développe une vision de « l’homme dans la foule » introduite par cette histoire d’enquête mené par le personnage principal, Gerry Lane, elle-même hérité de la forme « témoignage » produite par le livre d’origine, signé par le fils de Mel Brooks. Loin d’être une transposition brute de décoffrage, World War Z renverse la mécanique appliqué par Max Brooks dans son recueil de témoignage (il reniera, par ailleurs, le film), et se propose de baser la narration non plus sur la figure du témoin, mais sur celle du receveur, celui qui archive les paroles individuelles dans le but de construire un rapport totale de l’évènement. Un parti pris loin d’être accessoire puisque porté également par la réalisation. Ainsi, dans ces immenses mouvements de foules, cette caméra chahutée, secouée, tente de détacher des visages dans ce bazar monstrueux, des vagues meurtrières que notre héros balaye du regard, à la recherche d’une faille dans la cuirasse de ce mystérieux virus. L’oeil du héros est alors tout aussi important que les visions apocalyptiques élaborés par Marc Forster. Le réalisateur semble par ailleurs avoir trouvé un cadre favorable à cette perte de contrôle filmique qui nuisait à l’efficacité de Quantum Of Solace, bien que son avenir ne sera jamais dans le cinéma d’action, notamment à cause de cette syncope visuelle difficile à appréhender et à cette juxtaposition, assommante, des morceaux de bravoure. Grosse production horrifique et grand public, World War Z s’en tire finalement plutôt bien alors qu’absolument tout, de l’écriture en deux temps au tournage catastrophe, le prédestinait à un destin bien plus funeste. (3/5)

World War Z 2

World War Z (États-Unis, 2013). Durée : 1h56. Réalisation : Marc Forster. Scénario : Matthew Michael Carnahan, J. Michael Streczynski, Drew Goddard, Damon Lindelof. Image : Ben Seresin. Montage : Roger Barton, Matt Chesse. Musique : Marco Beltrami. Distribution : Brad Pitt (Gerry Lane), Mireille Enos (Karen Lane), Fana Mokoena (le secrétaire adjoint des Nations Unies Thierry Umutoni), David Morse (l’ex-agent de la CIA prisonnier en Corée du Sud), James Badge Dale (le capitaine Speke), Pierfrancesco Favino (le directeur du centre de recherche de l’OMS).

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15 commentaires

  1. J’ai beau aimé Mad Movies, ils ont été d’une hypocrisie complète en le chroniquant. Certes le film est PG 13 initialement mais il faut aussi voir ce que ça donne et pas forcément se focaliser sur ça. Perso j’ai trouvé que le côté alerte était plutôt bon surtout pour un film dont la production a été aussi chaotique. Evidemment il y a le problème du sang qui ne gicle pas, ce qui serait le cas sur la version DVD. Plus que le film lui-même ce sont les producteurs qui sont dommageables. Si la violence est rajouté, la pub Pepsi en rajoute encore une bonne couche. Le film se déroule bien et paf Brad se met à se délecter d’un bon petit Pepsi avant d’aller voir les zombies! Il aurait pu te sortir « je ne tue pas les zombies sans mon Pepsi » cela aurait été la même chose!lol

    1. L’absence de sang ne fait effectivement pas tout dans ce film, d’autant plus que, comme tu le dis, le sentiment d’urgence produit par la réalisation comble partiellement cette faiblesse.

    2. Après un film de zombie sans tâche à l’heure où The walking dead (même si je n’aime pas la série au détriment de la BD) cartonne avec tout ce qu’il y a de plus gore en prime time, ça le fait pas trop. Mais après il faut aussi prendre en compte le PG 13. Ils l’ont fait sur Lone ranger mais jamais sur World War Z. Et le pire c’est qu’ils n’ont même pas chroniqué la version uncut, ce qui est un peu hypocrite.

  2. Un film malade qui traite des zombies, l’ironie est en elle-même plutôt intéressante. C’est vrai que ce n’est pas un chef d’oeuvre du genre (tu cites les Romero et je me permets d’ajouter la première version de « The Crazies » qui est une excellent démarcation du genre sur fond de scandale sanitaire étouffé par l’armée) mais il aura au moins permis à mon fiston de voir son premier film d’infectés.

  3. Je déconseille à tout le monde d’acheter le dvd actuellement : c’est la version ciné, qui contient pas mal d’incohérences. Il serait clairement plus avisé d’attendre la sortie de la version non censurée, plus longue et surtout plus réaliste (sang numérique, meilleur montage de certaines scènes). Toutes les petites fautes ne sont pas rattrapées (ah, un bon pepsi…), mais on en profite quand même davantage.

    1. Je suis pourtant loin d’être un fan « gore », mais j’ai senti, dans certains cadrages, le poids du PG-13. C’est un détail, c’est vrai, mais qui a quand même un peu son importance dans ce genre de film, même s’il offre, au final, quantité d’alternatives à l’expérience horrifique.

    1. « Déception » : pas forcément s’y on n’en attend rien (et on était légitimement en droit de rien en attendre au vu des conditions de production et de tournage). En tout cas, j’ai plutôt apprécié le spectacle, même s’il ne faut pas se leurrer, le film est loin de vouloir révolutionner le genre.

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