Critique : Ma Vie Avec Liberace (2013)

Ma Vie Avec Liberace 1

Sous le feu de l’amour.

Pianiste totalement inconnu en Europe, Wladziu Valentino Liberace illumina de son candélabre les folles nuits de Las Vegas durant les années 70. Une personnalité incontournable de la scène américaine, un monstre de strass qui conquit un public composé de jeunes garçons et de veilles à teintures bleues, lui permettant ainsi de cultiver une image de gendre idéal et de tendre drag-queen. Ses délirants costumes à paillettes, ses shows étincelants et son attitude frivole couvrait précieusement une vie sexuelle débridée et un égocentrisme sourd. Pour son dernier tour de piste avant une retraite bien méritée, Steven Soderbergh s’envole en retraçant l’idylle que ce « joueur de piano » à entretenu avec Scott Thorson, un jeune homme qui devint l’un de ses derniers amants. Ma Vie Avec Liberace met ainsi en scène une liaison gay, un « genre » qui inspire aujourd’hui des dizaines d’auteurs kamikazes prêts à se voir refuser une exploitation en salle (le film fut diffusé uniquement sur la chaine HBO aux États-Unis). Mais à l’heure où la comédie romantique patauge dans la vulgarité, causant de sodomie, de fellation, de performance physique sans sourciller, où le règne du sexe sans sentiment s’affiche chaque semaine au fronton des multiplexes sans que cela ne vienne choquer la morale publique des studios, les productions, très peu bankable, mettant en scène une relation homosexuelle semblent finalement réintroduire une forme romantisme ouatée devenue le parent pauvre du genre. Cette délicatesse là, on la doit en grande partie à la présence au casting de Richard LaGravenese, scénariste à qui l’on doit deux perles de l’âge d’or du romanesque américain des années 90 – Sur La Route De Madison et L’Homme Qui Murmurait À l’Oreille Des Chevaux. La nature baroque de cette liaison se dérobe ainsi peu à peu pour ne présenter qu’une dépendance amoureuse ordinaire, dévorante et destructrice entre deux hommes en quête d’identité. Cette bastille baignée d’un jaune brûlant au sein de laquelle déambule une horde de freaks made in america (mention spéciale à ce chirurgien dément incarné par Rob Lowe) séduit parce qu’elle ne nous ramène jamais à une volonté politique, parce qu’elle reste avant tout une oeuvre de cinéma. La sophistication esthétique propre à Steven Soderbergh impose également cette distance sociale, en témoigne cette très courte référence au destin tragique de Rock Hudson. C’est incontestablement le point fort du film, mais c’est aussi sa principale faiblesse. Beaucoup d’étincelles mais peu de flammes viennent embraser les performances troublantes de Michael Douglas et Matt Damon. Un peu brider par ce style compassé, Ma Vie Avec Liberace ne fait pas moins naitre chez le spectateur une lumineuse bienveillance pour le travail accompli. (4/5)

Ma Vie Avec Liberace 2

Behind The Candelabra (États-Unis, 2013). Durée : 1h59. Réalisation : Steven Soderbergh. Scénario : Richard LaGravenese. Image : Steven Soderbergh. Montage : Steven Soderbergh. Musique : Marvin Hamlish. Distribution : Michael Douglas (Liberace), Matt Damon (Scott Thorson), Dan Aykroyd (Seymour Heller), Scott Bakula (Bob Black), Rob Lowe (le docteur Jack Startz).

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12 commentaires

  1. très belle critique de ce film au clinquant assumé, qui scintille d’une folle passion pour ses personnages et qui, en même temps, vient conclure une oeuvre filmique tournée vers le grand écran. Très belle sortie de scène pour un réalisateur riche d’expériences diverses et souvent malmené par la critique (parfois à raison).

    1. Merci 🙂 C’est clair qu’il n’a pas toujours eu les faveurs des critiques, privilégiant parfois trop l’esthétisme à la narration. Mais au moins, comme tu le dis, il fait une sortie de scène qui met tout le monde d’accord.

  2. Steven Soderbergh ne m’a jamais autant plu qu’à la fin de sa carrière de cinéma. Un comble! Un biopic qui choisit de sortir de ce genre pour raconter une histoire d’amour avec ses hauts et ses bas et un duo affreusement irrésistible. Si Matt Damon est impeccable en amant dépassé par le succès, Michael Douglas est juste merveilleux imposant le clinquant du personnage pour une performance miraculeuse. Et puis cette dernière scène tout en symbolisme, Soderbergh faisant autant ses adieux que Liberace. Quelle bande de cons ces studios hein?! 😉

    1. Effectivement, on oublie que c’est un biopic, tout comme on oublie l’homosexualité présent dans le film. J’ai aussi adoré cette scène finale, pleine de magie.

  3. J’ai un peu peur de ce film : j’ai du mal avec Soderbergh. Mais les deux acteurs, l’histoire d’amour, le clinquant de Vegas… tout ça me parle ! J’ai peur d’être déçue… RV un de ces jours sur mon blog pour le verdict !

  4. Excellente critique. Pour le coup, j’apprécie également ce romantisme vraiment mis en avant et finalement les sentiments (et leur évolution), car il semble vraiment que la grosse défaillance du genre LGBT au cinéma soit effectivement cette représentation du sexe. C’était limite choquant dans La vie d’Adèle, niveau pornographie. Comme si il fallait choquer l’homophobe qui aurait eu le mauvais goût de se tromper de salle (ou pour heurter le spectateur qui se sentirait gêné, en se demandant si c’est homophobe que d’être dégoûté). Et bien là, à une petite scène ou deux près (plus suggéré que montré, même si c’est sans équivoque), rien, essentiellement les dialogues et les activités de nos protagonistes. Ca et l’approche kitsch qui s’assume, ça donne effectivement un film précieux dans la filmo de Soderberg, et un beau coup d’éclat pour un projet très haut en couleur. Dernier biopic homo en date, notre national Hyves Saint Laurent avec le nouvel espoir ciné Guillaume Gallienne dans un rôle tout à fait dans ses cordes. Pas encore vu pour ma part…

    1. Pas vu non plus ce Yves Saint Laurent, mais j’attends davantage la version de Bertrand Bonello. Pas vu non plus La Vie d’Adèle. Cela étant, comme toi, je ne comprend pas cette démarche de certains réalisateur qui consiste à montrer l’intimité physique des rapports homosexuelle. Comme tu le dis si justement, on a l’impression qu’il faut mettre le nez de l’homophobe dans ces affaires pour lui faire changer sa perception des choses. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne (ça doit même créer l’effet inverse), et en plus, cela ne rend vraiment pas service à la communauté LGBT.

    1. C’est vrai qu’on parle beaucoup de Douglas, alors que Damon livre également un très belle performance dans ce scintillant biopic.

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