Critique : Harcelés (2008)

Harcelés 1

La guerre des voisins.

Après un remake de The Wicker Man de triste mémoire, le réalisateur américain Neil LaBute poursuit sa carrière au sein du système hollywoodien avec Harcelés. Ce polar pénètre dans l’intimité d’une zone résidentielle et le quotidien d’Abel Turner, flic noir, veuf et père de deux adolescents, qui tente d’inculquer, bon gré mal gré, l’ordre et la morale sous son toit et dans son quartier. Une éducation stricte pas si bien huilé puisque très vite chahutée par l’arrivée d’un couple métisse, que ce dernier voit d’un très mauvais oeil. Le metteur en scène et ses scénaristes, David Loughery et Howard Korder, cherchent à s’éloigner des canons du thriller en délimitant leur périmètre sur la base du drame social et de révéler, notamment par l’intermédiaire des problématiques soulevées par les personnages féminins noires, la stratification ethnique et genrée qui semble toujours avoir cours dans cette partie des Etats-Unis. Dans la position de la victime, Chris lutte pour justifier sa tolérance et sa bonne-foi alors même qu’Abel, de part son parcours personnel ainsi que celui qu’ont vécu ces ancêtres noirs, souhaite à tout prix fractionner les couleurs de l’humanité. Le film offre ainsi une vision un peu moins ordinaire de la question raciale, mais qui se heurte, au sein du film, à celle, malheureusement plus traditionnelle et moins convaincante, de la rigidité de l’ancienne génération (tous les vieux présent sont systématiquement montrés comme rétrograde et rigide) et du problème de la délinquance. On touche d’ailleurs là le paradoxe de Harcelés. Le drame posé en ouverture, plutôt finaud, se substitue progressivement à un suspens classique mais étouffant, alimenté par les attaques adressé par le voisin noir ainsi que par la très sulfureuse bande-son des frères Danna, avant de tomber, tête la première dans les carcans du thriller bas de plafond. Pas que la mise en place dramatique était jusque là particulièrement prodigieuse, mais elle avait le mérite de proposer un face à face tendu et moite, et surtout, de nuancer la personnalité du harceleur en ne le présentant pas comme un simple procédurier psychopathe à tendance paranoïaque. Au lieu de cela, Neil LaBute se laisse convaincre par le sensationnalisme latent de son histoire, qui se transforme, durant les vingts dernière minutes, en un conflit de voisinage bête, très méchant, voir même invraisemblable. Une fois la boite de Pandore ouverte par le cinéaste, Samuel L. Jackson en sort tel un joyeux diablotin, offrant ainsi, à la caméra, un défilé de rictus et sourires diaboliques forcés, et transformant son personnage en vulgaire bad guy. On en oublierais presque ces jolies éléments de mise en scène – notamment le feu de forêt comme thermomètre de cette guerre de territoire – qui viennent soutenir l’ambiance pernicieuse de ce modeste mais sympathique thriller. (3/5)

Harcelés 2

Lakeview Terrace (États-Unis, 2008). Durée : 1h51. Réalisation : Neil LaBute. Scénario : David Loughery, Howard Korder. Image : Rogier Stoffers. Montage : Joel Plotch. Musique : Jeff Danna, Mychael Danna. Distribution : Samuel L. Jackson (Abel Turner), Patrick Wilson (Chris Mattson), Kerry Washington (Lisa Mattson), Jay Hernandez (Javier Villareal).

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4 commentaires

  1. Aussitôt vu, aussitôt oublié. Pas grand chose de polémique dans tout ça et seul Samuel L Jackson fait un minimum exister le film en parfait salopard. Heureusement qu’il est là parce que le couple Washington-Wilson est franchement fade au possible.

    1. Il ne restera pas dans les mémoires, c’est sûr. Mais, pour ma part, j’aime le revoir de temps en temps, juste pour l’ambiance, que j’aime beaucoup.

  2. Pas grand souvenir de ce thriller vie vu il y’a quelques années sur Canal. Juste l’impression qu’on cantonnait Patrick Wilson au même genre de rôle.
    Déception en effet pour Neil La Bute, dont la filmo oscille entre le convaincant (Nurse Betty) et le ridicule (Ah, The Wicker Man!)

    1. Effectivement, un grand moment de rigolade ce Wicker Man. Nicolas Cage poursuivit par une nuée d’abeille, ça vaut son pesant de cacahouète.

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