Critique : Pompéi (2014)

Pompeii 1

Histoire réduite en poussière.

La cantate techno-gotique entonnée par le monstrueux Event Horizon n’était finalement qu’un simple accident dans le parcours de Paul W.S. Anderson. Depuis ce jour, le réalisateur écume les projets bis, accouchant d’oeuvres hybrides dans lesquelles s’expriment à la fois sa filiation à la sphère numérique (Mortal Kombat & Resident Evil) et son esprit baroque, seule région du monde cinématographique où Alexandre Dumas peut croiser le fer avec l’univers des Wachowski. À de rares exceptions prés, le produit de cette curieuse cohabitation est sans aucun intérêt, et on osait espérer que sa fresque volcanique serait parvenue à réveiller son ardeur passée, de prouver enfin que nous avions tort de voir en lui qu’un vulgaire tâcheron sans talent. Malheureusement, il ne nous faudra que peu de temps pour se rendre compte que Pompéi est un très, mais alors très mauvais film. Passons sur les inexactitudes et les coups de canifs répétés dans la vérité historique, qui n’est le lot d’aucune fiction, et a fortiori, d’aucune réécriture d’un évènement constellé de zones d’ombre. On ne demandait, par ailleurs, pas au metteur en scène de nous dispenser une leçon d’histoire, mais qu’il parvienne à nous amuser, un peu, avec ce cataclysme qui a marqué au fer rouge l’Histoire de l’Antiquité romaine. Sur le papier, le vent de ce projet, noué d’une intrigue romanesque qui unie un gladiateur celte (Kit Harington) à la fille du souverain de Pompéi (Emily Browning), soufflait, pour notre plus grand plaisir, du côté du Titanic de James Cameron, canon de la fresque mélo-historique qui donna déjà du grain à moudre à l’impétueux Michael Bay. Mais c’est finalement vers les pires productions romantiques qu’il nous porte, par la force de dialogues et de performances émoussées. Impossible de ne pas lever les yeux au ciel lors de la première (et pourtant décisive) rencontre entre les deux tourtereaux, scène au cours de laquelle le glaive d’une philosophie de comptoir vient rompre tout espoir d’un développement dramatique subtil. On s’arrange comme on peut avec ce traitement monotone et cette verbalisation furieusement crétine des sentiments qui animent les personnages, et bien heureux celui qui n’aura pas piqué du nez ou claqué la porte de la salle de cinéma devant l’abattage pour le moins aberrant offert par Kiefer Sutherland. Enfin passé cette très longue mise en place de la fragilité d’une passion contre-nature (le fameux syndrome Roméo & Juliette), Paul W.S. Anderson entame son projet catastrophiste. Porté par de solides effets spéciaux et une superbe bande-son qui, tout du long, porte sur ses épaules l’efficacité du film, cet ultime alinéa prouve à quel point le réalisateur et son bataillon de scénaristes (au sein duquel on retrouve Julian Fellowes, co-auteur de l’infâme The Tourist), avec leur épaisse guimauve pour midinette, ont gâché les chances de Pompéi de devenir un honnête divertissement. (1.5/5)

Pompeii 2

Pompeii (États-Unis, 2014). Durée : 1h44. Réalisation : Paul W.S. Anderson. Scénario : Julian Fellowes, Janet Scott Batchler, Lee Batchler, Michael Robert Johnson. Image : Glen MacPherson. Montage : Michele Conroy. Musique : Clinton Shorter. Distribution : Kit Harington (Milo), Emily Browning (Cassia), Kiefer Sutherland (le sénateur Corvus), Adewale-Akinnuoye-Agbaje (Atticus), Carrie-Anne Moss (Aurelia), Jared Harris (Severus).

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25 commentaires

  1. Bon eh bien après avoir vomi tant de lave sur ce film, tu m’invites donc à ajouter ce « Pompei » sur la liste de films à éviter. Du coup, Harrigton restera dans ma mémoire le Jon Snow de « game of thrones » et pas un gladiateur sentimental du premier siècle de notre ère.

    1. Cela reste une question de point de vue. Mais on était trois amis a avoir été le découvrir en salle, et on a tous eu la même réaction devant le film.

  2. En même temps Prince, je crois que Harrington n’est pas fait pour le cinéma. Déjà Silent Hill 2, maintenant Pompeii…. Pour le reste, Anderson est un nullard qui ne l’a jamais caché (ou tout du moins ne s’en rend pas compte) et ce n’est pas avec ce peplum qui continue la sinistre lignée post-300 avec du cul, du sang numérique, des décors sur fond vert et quinze tonnes d’SFX.

    1. Il y a quand même les scènes de gladiateurs, donc du sang il y en a un peu. Le problème est que ce genre de films devient une tendance. Alors certes il n’y a pas de cul, mais il y a le reste à savoir des décors qui n’ont rien de réel au point que l’on se demande comment les cinéastes faisaient avant pour faire des Ben Hur ou des Spartacus. Vraisemblablement ce serait impossible à faire de nos jours vu qu’ils font tout sur fond vert.

    2. Oui, bon, il y a du sang : deux gros plan sur une épée, 10 secondes à tout casser. Enfin bon, le sang, le cul ou le numérique, là n’est pas le problème du film à mon sens. C’est surtout que son histoire n’a rien à défendre.

    3. Deux gros plans sont suffisants et comme tu le dis est-ce nécessaire de mettre un tsunami en plus du volcan? Encore des SFX qui ne servent à rien dans un film qui n’en a pas besoin. Par ailleurs que je suis content que ce film s’est viandé au box-office ce week-end aux USA! J’exulte!
      Pour le coup je vais te contredire car ce film est parfaitement dans la mouvance de tout ces peplums post-300. Ils n’ont rien à raconter et quand ils utilisent des faits réels ou de la mythologie, il faut à tout prix faire dans le bourrin vulgaire et qui ne compte que sur du fond vert. Encore une fois comment faisaient les Kubrick et Wyler? C’est dur d’égaler ce genre de modèles aujourd’hui pour faire autant de merde?!

    4. Je ne vois pas en quoi tu me contredis puisque, justement, j’ai dit que l’histoire de ce Pompéi n’avait rien à défendre.

    5. Je te contredis car tu évoque seulement que l’histoire te dérange. 😉 En tous cas plus que l’histoire c’est cette tendance à faire n’importe quoi avec quelque chose d’intéressant qui me révulse.

  3. En même temps, ça sentait le caca dès la bande-annonce ce truc (comme Noé d’ailleurs, mais gardons espoir, on sait jamais…) : tâcheron à la mise en scène, casting pourri (tiens, si je prenais le mec de GOT pour rameuter le public ?!), effets spéciaux déjà vu, romance à deux balles, histoire piétinée sans vergogne (un tsunami, sérieusement ?!). Donc bon… Sans moi quoi.

    1. J’sai pas ce qui leur a pris de rajouter un tsunami. C’est vrai que c’est déjà pas assez apocalyptique un volcan en éruption.

  4. Ca sentait le nanar à des kilomètres … Il y a le côté racoleur (Acteur connu dans Game of Thrones, fait historique très évocateur …) et le peu voire l’absence d’idées dans le film. A quoi bon ?

    (Surtout lorsque j’ai appris que le réalisateur avait « préparé » Resident Evil …)

    1. J’avais espoir que cela soit meilleur que tout ce que le réalisateur avait pu faire jusqu’à maintenant. Mon optimisme me paiera 🙂

  5. Quand j’ai entendu parler de « Pompéi », j’étais super contente ! Histoire, catastrophe, ça promettait. Quand j’ai su que c’était Paul WS Anderson qui le faisait, je me suis assise par terre et j’ai pleuré…

    1. J’imagine la catastrophe pour toi d’apprendre cette nouvelle. Ce que les pompéiens ont vécus, c’est du pipi de chat à côté.

  6. Je me doutais bien que ça sentait pas bon ce « Pompéi » !
    En tout cas, si tout va bien, nous on ira voir la vraie Pompéi et Herculanum fin mai? Du coup, je vais me tourner des films dans ma tête, ça sera mille fois mieux 🙂 🙂 🙂

    1. Ce sera sans doute beaucoup plus instructif et bien plus fort émotionnellement que ce film. D’un autre côté, le tarif n’est pas le même non plus.

  7. Je prends note… Il se pourrait que je l’apprécie davantage que 300 la naissance d’un empire. Vulgarité pour vulgarité, je préfère un sérieux ridicule à une beauferie complaisante. Enfin, ce n’est pas la première fois que le WS Anderson s’essaye à la commande inattendue (mais si, rappelez vous des 3 mousquetaires…)

    1. Perso, je préfère quand même 300 La Naissance d’Un Empire, ce Pompéi est quand même hyper ridicule.
      Enfin, tu verras ça par toi même, sans doute 🙂

  8. Très franchement, je grincais des dents devant l’idée d’un Dumas vu par Anderson, alors l’Antiquité, je vais m’en passer!… Même si le film sent la dose de rigolade bien ridicule…

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