Critique : Non-Stop (2014)

Non-Stop 1

Y-a-t-il un justicier pour sauver l’avion ?

À travers ces derniers rôles, Liam Neeson mène moins une guerre contre les vilains barbus d’Albanie que contre lui-même. Depuis le début des années 2010, l’acteur a prêté ses traits et sa voix à pas moins de quatorze films, majoritairement des grosses productions. Presque autant que la précédente décade. Un rythme de travail soutenu que beaucoup voit comme un moyen efficace, pour l’acteur, de gonfler son compte en banque. Mais, pour d’autres, cette cadence, fort inhabituelle, prendrait une valeur cathartique, cherchant à remplir d’une autre manière le vide causé par la tragique disparition de son épouse, l’actrice Natasha Richardson, décédé il y a bientôt cinq ans. En allant découvrir Non-Stop, nous savons sur quel film nous embarquons. Liam Neeson le sait également, que trop bien. Il interprétera ainsi, une énième fois, pour ses fans et pour son réalisateur chéri, Jaume Collet-Serra, un homme fragile, endeuillé et un agent déterminé à prouver sa valeur par la seule force de son Beretta. Dans un rôle quasi autobiographique, notre irlandais fait le job, son charisme rugueux et ses yeux ténébreux parvenant une fois encore à nous vendre un programme sans relief, prenant aujourd’hui la forme d’un huis-clos aérien, un genre qui n’enfante que très peu de chef-d’oeuvre. Non-Stop semble d’ailleurs être une réécriture à peine masquée d’un autre thriller aéronautique, le raboteux Flightplan, partageant avec lui ce même personnage principal à l’esprit suffisamment embué pour nous le présenter comme le coupable idéal. Sur le papier comme sur pellicule, le journal de bord de cette modeste production ne respire donc pas l’originalité, ni la prise de risque, encore moins la réussite. Il ne nous faudra compter que sur la pertinence des performances de l’acteur principal, de sa partenaire (Julianne Moore), ainsi que du réalisateur, pour faire prendre à ce film d’action un peu d’altitude. Rompu à ce type d’exercice peu gratifiant, les interprètes s’acquittent de leurs tâches avec professionnalisme, à l’image du metteur en scène, qui nous avait démontré dans ses précédentes oeuvres (La Maison De Cire, Esther, Sans-Identité), son aptitude à emballer avec rigueur tout type d’intrigue. Supporté par une jolie photographie, il offre à son thriller une mise en scène solide, s’autorisant quelques percées graphiques plutôt malines sous la forme d’incrustation de dialogues contextuelles lors des échanges, par texto interposé, entre le héros et le mystérieux terroriste. Cela dit, point de surprise dans cette partie de « Cherche et Trouve » au cours de laquelle on scrute le moindre mouvement suspect placé en arrière-plan du cadre, parfois même sciemment couché derrière un tapis de bokeh afin de rendre l’identification plus difficile et préserver artificiellement ses effets de surprise. Alors que la traversée se déroulait sans trop d’encombre (même si le caractère irascible du héros le pousse trop facilement à passer à tabac à peu près la moitié des passagers), avec une équipe technique, semble t-il, investie dans la réussite du projet, le scénario dévisse en plein vol. Vraisemblance et suspens partent ainsi en fumée en même temps que l’avion dans lequel la caméra avait élu domicile, pour s’emplâtrer dans un épilogue dégoulinant de bon esprit. À Non-Stop de devenir, au crépuscule de son action, une petite série B délébile. (2.5/5)

Non-Stop 2

Non-Stop (États-Unis, 2014). Durée : 1h46. Réalisation : Jaume Collet-Serra. Scénario : John W. Richardson, Christopher Roach, Ryan Engle. Image : Flavio Labiano. Montage : Jim May. Musique : John Ottman. Distribution : Liam Neeson (l’agent Bill Marks), Julianne Moore (Jennifer Summers), Michelle Dockery (Nancy), Scoot McNairy (Tom Bowen), Corey Stoll (Austin Reilly), Nate Parker (Zack White), Jason Butler Harner (le commandant en second Kyle Rice).

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16 commentaires

    1. Bah disons que cela commence à m’énerver de voir un tel acteur se fourvoyer dans des productions sans queue ni tête. Genre Taken, Non Stop, Sans identité, Battleship…

    2. J’apprécie sa présence, même dans ces films d’action de série B. Mais il est clair que voir son talent uniquement au service de ce type de production m’attriste tout autant que toi.

    3. Je trouve qu’au contraire il se caricature à mort dans ce genre d’exercice. D’ailleurs, sa parodie dans Lego est assez représentative, jouant constamment sur le côté bourrin du côté pas aidé par la schizophrénie. En tous cas et comme tu le sais je déteste Taken à cause notamment de l’invulnérabilité du coco et l’idéologie honteuse du film. Sans compter les incohérences délirantes.

  1. Taken est le film qui a lancé le genre chez lui, et (dans le style) je ne le trouve pas foncièrement mauvais.
    Battleship est un autre exercice, et hormis le coté mélodramatique aux 2/3 du film, son personnage est relativement différent des « taken-like »
    Pour le reste c’est vrai que l’accumulation taken2, Non-Stop, sans-identité… Ressemble fortement à un trou dans le portefeuilles.

    1. Je ne suis pas non plus un opposant au premier Taken. Il est divertissant et se laisse voir. Par contre, sa suite… Ouch !
      Mais il faudra sans doute attendre le prochain film de Paul Haggis pour le voir jouer un autre type de rôle.

  2. pour rebondir sur les 1ers comms, c’est d’autant plus dommage que l’acteur a tourné de bonnes séries B. Preuve en est avec l’excellent darkman

    1. C’est vrai. C’était aussi une époque au cours de laquelle on lui proposait des rôles d’envergures et des possibilités de jeu différents les uns des autres.

  3. Eh bien voilà un nouveau film d’action porté par Neeson descendu en flammes par la DCA critique. Tu joins ta prose au feu nourri qui se concentre sur lui, mettant un point final à mes intentions d’aller le découvrir en salle.

    1. C’est pas le pied, mais je précise tout de même que ça reste sympa à voir – du niveau de Sans Identités.

    1. Je suis content, nous sommes donc sur la même longueur d’onde 🙂 En plus, de mon point de vue, la réalisation de Collet-Serra n’est pas dégueu.

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