Critique : Monuments Men (2014)

Monuments Men 1

L’art de la guerre.

Le cinéma de George Clooney ne carbure pas à la caféine mais à l’humanisme. Après avoir mis un terme à une possible carrière politique en démontrant son inadaptation au milieu avec le solide Les Marches Du Pouvoirs, il devient émissaire du patrimoine de l’humanité en portant à l’écran le roman biographique éponyme de Robert Edsel. Monuments Men transpire de ce militantisme et de cette foi en l’humain qui motive l’homme à organiser, hors plateau, des galas de charité à destination des oubliés, et à incarner la parole des madones et des enfants du monde. George Clooney est ainsi un passeur, un messager qui profite de son statut d’artiste populaire pour mener à bien des combats qui lui tienne à cœur, et à protéger de l’humanité ce qui peut l’être par la seul force de son dévouement. C’est ainsi qu’il est tombé sur ce nouveau récit dont l’ambition – aborder la Seconde Guerre Mondial sous l’angle de ce bataillon de diplômés en art chargé de recouvrir les oeuvres victimes du pillage des forces nazis – et les considérations philosophiques – la nécessité de la trace pour croire au passé – semblaient passionnantes et entrait en résonance avec ses positions politiques. Mais, de ces belles promesses, le cinéaste préfère en tirer un simple un hommage au cinéma de la grand époque qui avance d’abord péniblement, handicapée par une narration en mosaïque prompt à saboter l’investissement du spectateur – on y suit la progression de trois binômes sur le front en parallèle à la négociation d’un envoyé spécial auprès de l’ex-secrétaire d’un conservateur allemand. La première moitié est ainsi composée d’une succession de vignettes, nourries d’un suspens relativement terne (exception faite d’une poignée de face à face bien huilée) et de banalités sur la guerre, dont le cinéaste profite pour égratigner l’image des armées alliées et révéler l’ampleur de l’appétit (et de la folie, avec le fameux ordre Neron, qui prévoyait, notamment, la destruction totale des oeuvres d’art détenues par le IIIème Reich) d’Adolphe Hitler. Au-delà ces petites apartés, l’aventure, trop scolaire, ne nous propose pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n’est des hésitations de styles et de formes assez effrayantes pour une production démagogique de cette envergure médiatique. Heureusement, la seconde partie, enfin resserrée autour d’une seule unité de personnage, engage l’histoire sur une ligne narrative moins accidentée, plus pêchue, qui redonne des couleurs au spectacle. Présenté comme cela, à chaud, le constat global semble donc très amer. Mais une fois sortie de la salle de projection, on garde en tête un film attachant, porté par un charmant casting, un magnifique score signé Alexandre Desplat, et ponctué par de jolies moments d’émotion (la disparition très réussit de deux personnages secondaires, l’émouvante séquence musicale dans le camp américain). La sincérité de la démarche et l’optimisme dans lequel baigne l’ensemble du long métrage l’emporte finalement de peu devant ce qui restera tout de même qu’une oeuvre anecdotique. (2.5/5)

Monuments Men 2

The Monuments Men (États-Unis, 2014). Durée : 1h58. Réalisation : George Clooney. Scénario : George Clooney, Grant Heslov. Image : Phedon Papamichael. Montage : Stephen Mirrione. Musique : Alexandre Desplat. Distribution : George Clooney (Frank Strokes), Matt Damon (James Granger), Bill Murray (Richard Campbell), John Goodman (Walter Garfield), Jean Dujardin (Jean-Claude Clermont), Bob Balaban (Preston Savitz), Hugh Bonneville (Donald Jeffries), Cate Blanchett (Claire Simone).

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16 commentaires

    1. J’ai u beaucoup de mal à apposer une note sur ce film, car, malgré la déception, j’ai, comme toi, pris du plaisir.

  1. Même si cela reste pas mal je suis assez déçu. Certes ça joue bien mais on nous avait dit que ce sera un film d’aventure. Or, l’éclate n’est pas là. Ensuite le film fait beaucoup trop donneur de leçon (je pense notamment à Clooney qui fait ses discours, limite il te dit « va dans un musée c’est trop beau ») et on voit que c’est très romancé (Clooney l’a avoué pour le rôle de Dujardin mais perso je ne crois pas du tout au rôle de Cate Blanchett, cela paraît trop gros).

    1. Pour le côté romancé, je met cet aspect entre parenthèse. J’ai de toute façon acheté le livre dont est tiré le film, afin de mesurer les écarts et, surtout, en apprendre davantage sur le sujet.
      Je partage par contre avec toi ce côté donneur de leçon du discours. On a l’impression d’être devant un prof d’histoire qui applique bêtement le programme qu’on lui impose. J’aurais aimé plus de personnalité, de folie, de punch dans ce Monuments Men.

    2. Perso certains passages me paraissent très gros et le fait qu’une seule personne possèdait un carnet avec toutes les oeuvres sans se faire chopper en est un. Et puis certains passages ne servent à rien dans le montage. Je pense au nazi face à Murray et son acolytes ou le passage de la mine.

    3. Après, comme le conservateur nazi le lui dit au début du film, elle est essentielle. Elle ne le serait pas, elle se serait fait arrêter depuis longtemps. Mais je t’en dirais plus une fois que j’aurais lu le bouquin, je suis pour le moment en train de terminer de lire No Country For Old Men.

    4. Vraisemblablement selon ce que dit Cinémateaser cette femme aurait existé et aurait même signé le livre Le front de l’art, mais je ne pense pas qu’elle était seule.

    5. Je viens d’entamer la lecture du livre de Edsel. Pour le moment, dans le bref portrait dressé de Rose Valland, la femme qui a inspiré le rôle joué par Cate Blanchett, il est mentionné qu’elle était la seule à détenir les informations concernant les oeuvres d’art volées par les Nazi en France.

  2. Même grosses réserves sur ce film qui empile les scènes inutiles (la cigarette, le sniper, et de nombreux bla-blas à peine amusants) et oublie de donner du corps à la noble mission qu’il entend filmer. Il voudrait croiser Spielberg et Soderbergh, prendre le ton solennel et patriotique du soldat Ryan tout en filmant la guerre à la cool comme on braque une banque entre potes.

    1. Inutiles mais néanmoins plaisantes, ces petites scènes. Le problème, c’est qu’elles s’articulent assez mal avec le reste.

    1. C’est vrai qu’il n’ont pas vraiment de consistance, juste quelques traits de caractère afin de mieux les identifier.
      Ça ma aussi fait tout drôle de voir Desplat à l’écran. C’est le genre de caméo que seul les béophiles comme nous peuvent détecter 😉

  3. Egalement un peu déçu, Clooney cinéaste a fait beaucoup mieux. Ici je trouve surtout que la petite amourette est aussi inutile que niaise. Cependant ça reste très plaisant et ça reste une belle équipe .. 2/4

    1. Il n’est tout simplement pas l’homme de la situation. Il aurait peut-être du laisser le champ libre à la fiction et faire beaucoup plus de concession sur la réalité historique. Les Marches Du Pouvoir était beaucoup mieux maitrisé.

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