Critique : How I Live Now – Maintenant, C’est Ma Vie (2014)

How I Live Now 1

Fleur de guerre.

On pourrait très bien s’en tenir au synopsis, et ne pas franchir le pas de la salle. Sauf qu’il y a le nom de Kevin Macdonald inscrit au bas de l’affiche. Brillant documentariste et cinéaste talentueux (La Mort Suspendue, Le Dernier Roi d’Écosse et Jeux De Pouvoir, trois excellents efforts cinématographiques), Macdonald possède ce petit plus qui font de ses œuvres, même mineures, des productions dignes d’intérêt. Difficile alors pour le cinéphile de renier une proposition potentiellement riche en émotion, même si, au regard de son sujet, risque de se montrer chiche en matière grise. How I Live Now nous propose ainsi de vivre les derniers instants de paix d’une ado en rébellion contre elle-même et le monde qui l’entoure. Par quelques astuces de montage sonore (jeu extra/intradiégétique avec la chanson d’ouverture, développement des monologues intérieurs), nous voilà installé dans le cerveau en crise d’Elizabeth, aka Daisy, une jeune fille de son temps, crispante et habillée comme un as de pique. On découvre aussi son hygiène de vie, pilotée par des contraintes dont elle est l’initiatrice et qui ne la conduit nul part, si ce n’est vers la construction d’une identité absconse et un isolement social étouffant. Un enfermement que va venir rompre son séjour chez ses cousins gallois, et plus précisément sa rencontre avec Eddie, l’ainée de la fratrie. Les poncifs qui prévalent dans ce type de situation narrative se mettent alors rapidement en place, mais s’efface peu à peu devant la justesse des images et des analogies, la sincérité des sentiments mis en scène, et le charme évident des deux jeunes interprètes. Parmi eux, l’étonnante Saoirse Ronan fait murir de façon agréable son personnage au fil des épreuves traversés par cette héroïne, pourtant très agaçante au départ. Car, comme annoncé par le résumé, cette apparente sérénité est balayé lorsqu’éclate la tension militaire qui, insidieusement, rampait en arrière-plan de cette romance. Brutalement, le film vire de bord pour prendre la forme d’un survival apocalyptique à travers lequel le réalisateur déroule une série d’images qui n’ont de « choc » que le nom. Quand bien même tout semble avoir été dit et montré sur le sujet, les studios anglo-saxon continuent à produire ce genre de script, au prix finalement d’une originalité que l’on croise désormais de plus en plus rarement au cinéma. Le spectateur nourrit au récit catastrophe ne sera donc guère stupéfait et transporté par la vision proposé par Macdonald, mais le sera davantage par les magnifiques paysages, les collines verdoyantes et les littoraux rocailleux qu’offre le Pays de Galles. Véritablement poétique dans le traitement qu’il réserve à l’expression et la reconstruction de la passion amoureuse, How I Live Now pâtit malheureusement d’une seconde partie qui manque de surprise, ainsi que de quelques facilités (l’expulsion manu militari de la grange, particulièrement hors de propos) et lourdeurs qui rendent l’expérience vécue moins intense qu’elle aurait du l’être. (3/5)

How I Live Now 2

How I Live Now (Grande Bretagne, 2013). Durée : 1h46. Réalisation : Kevin Macdonald. Scénario : Jeremy Brock, Tony Grisoni, Penelope Skinner. Image : Franz Lustig. Montage : Jinx Godfrey. Musique : Jon Hopkins. Distribution : Saoirse Ronan (Daisy/Elizabeth), George MacKay (Eddie), Tom Holland (Isaac), Harley Bird (Piper), Danny McEvoy (Joe), Anna Chancellor (Tante Penn).

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14 commentaires

    1. Je suis assez d’accord sur le manque d’émotion. J’ai adhéré au couple, je trouve que la première partie et l’épilogue dégage quelque chose, mais pour le reste, c’est vrai que l’on est pas impliqué à 100 % dans l’histoire et avec le personnage de Daisy. Après, je ne trouve pas le film, et son histoire, ni très intelligent, ni spécialement idiot.
      Merci de ton passage 🙂

  1. Je n’ai pas vu ce film, et j’avoue être assez peu convaincu pour le moment du talent supposé de Kevin McDonald (voir son piteux peplum « l’aigle de la neuvième légion »), hormis pour ce qui est de produire de très belles images (il n’est pas le petit-fils d’Emeric Pessburger pour rien).

    1. L’Aigle De La Neuvième Légion est d’ailleurs le seul film de lui (avec ses deux docu sur L’attentat de Munich et Bob Marley) que je n’ai pas vu. J’ai adoré La Mort Suspendue et Le Dernier Roi d’Écosse, j’ai beaucoup aimé Jeux de Pouvoir. Son point de vue sur les histoires qu’il met en scène m’intéresse et, comme tu le soulignes si justement, quand on met le pied dans une de ses réalisations, on est toujours sûr d’avoir de magnifiques images.
      En revanche, je ne pense pas que ce nouveau cru parvienne à te réconcilier avec ce cinéaste, qui fédère autour de lui assez peu d’avis positifs.

  2. Pas très intéressé et les mauvaises critiques n’aident pas à m’y intéresser. Quant à Kevin McDonald, j’ai bien aimé L’aigle de la neuvième légion largement plus inspiré que les merdes qui copient 300 . N’est-ce pas Le choc des titans?

    1. Les critiques n’ont pas été très tendres, à tort ou à raison. En tout cas, j’ai apprécié le spectacle.
      Sinon, j’essaierai de jeter un oeil sur cet Aigle, histoire de me faire ma propre opinion à son sujet.

    2. Il est passé sur D8 lundi dernier, je pense que tu peux le voir en deuxième partie de soirée d’ici lundi prochain.

  3. Pas encore de sortie prévue en Belgique mais je compte bien le voir dès que ce sera possible, au pire en vidéo, car j’aime beaucoup Saoirse Ronan. Je n’avais pas du tout aimé « L’Aigle de la Neuvième Légion » mais ça ne fait rien.

    1. Ce n’est pas un film parfait mais il vaut, selon moi, le coup d’oeil, ne serais-ce au moins pour ses très beaux paysages. Après, la romance, tout ça, c’est une histoire de sensibilité.

  4. Profond ennui de mon côté pour ce film qui avait pourtant une bonne base mais qui ne l’exploite jamais. J’ai été soulagé lorsque le générique de fin est enfin apparu

  5. Je m’en veux de l’avoir raté… quand l’un des multiplexes les plus importants de la capitale ne programme même pas le dernier McDonald, il y’a un truc qui cloche!

    1. Perso, je l’ai découvert dans un cinéma qui ne passe que des films dit « d’auteurs » en VOSTFR. Apparemment, ce projet n’avait pas suffisamment d’embouchures vers les sphères commerciales pour connaitre une exploitation aussi large que Twilight ou Divergeante.

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