Critique : Captain America – Le Soldat De l’Hiver (2014)

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De guerre froide.

Lancé à pleine vitesse, il semble désormais impossible d’arrêter le train de la Marvel. Après la bonne surprise que fut Thor 2 en novembre dernier, et avant l’arrivée prochaine de X-Men Days Of Future Past et Les Gardiens De La Galaxie, voici venir le second volet des aventures du Captain America, affrontant, cette fois, un vieux camarade en la personne du Soldat de l’Hiver. C’est du moins le programme que nous annonce le titre. Simple bras armé sans grand intérêt, ce bad-guy n’est finalement que le dernier maillon d’une vaste chaine d’ennemis bien plus redoutables et inquiétants encore que ce mercenaire aux cheveux gras, impliquant, en outre, le sacro-saint Shield. Captain America – Le Soldat De l’Hiver est ainsi davantage un thriller politique qui prend sa source dans sombre projet que le borgne Nick Fury croyait tenir à l’abri des tentacules des hydra-fanatiques. Ayant patiemment infiltré les hautes sphères politiques et militaires, ces nazillards, susurrant leur appartenance au parti dans le creux de leurs oreilles, sont aujourd’hui prêts à étendre l’idéologie de feu Le Crâne Rouge avec la force de frappe nécessaire à la réussite de leur entreprise de domination. « The enemy is everywere ». Le scénario insiste ainsi sur ce contexte de suspicion et de neo-guerre froide dans lequel est plongé ce second opus en convoquant à la fois les grandes figures de l’espionnage et en rallumant le brasier des théories complotistes d’hier et d’aujourd’hui. Captain America se méfiera ainsi de tout le monde, mais surtout des morts qu’il a laissé derrière lui, renaissant de leurs cendres sous la forme d’un super soldat bionique (Buck Barnes) ou d’un système d’exploitation hyper intelligent (Arnim Zola). Un climat de suspicion – sans aucun doute le plus angoissant que nous ait donné à voir la franchise Avengers – supporté par une nouvelle partition certes moins orchestrale que la précédente mais qui, au cœur même du film, participe efficacement à la construction de cette environnement. Bien plus sombre que le précèdent volet, cette séquelle accueille donc forcément beaucoup moins favorablement l’humour, qui se résume ainsi à une courte poignée de répliques plutôt ternes sur le plan comique, mais n’entame en rien l’affabilité d’un Chris Evans toujours aussi à l’aise dans son costume de défenseur du monde libre, épaulé pour l’occasion d’un nouveau suppléant ailé incarné par le définitivement sympathique Anthony Mackie. On se félicitera également de l’arrivée de Robert Redford dans le giron de la Marvel. Peu familier des films à grands spectacles, l’acteur trouve ici un rôle intéressant qui lui offre la possibilité de dévoiler une autre facette beaucoup moins connu de son répertoire au grand public. Spectaculaire sans jamais sombrer dans la surenchère, avec ce qu’il faut d’intelligence et de roublardise pour rendre le programme attachant, ce Captain America soigneusement emballé par les Frères Russo succède ainsi de façon honorable au pourtant déjà solide premier volet. Une belle performance qui augure du meilleur pour l’avenir de ce super-héros. (3.5/5)

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Captain America – The Winter Soldier (États-Unis, 2014). Durée : 2h08. Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo. Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely. Image : Trent Opaloch. Montage : Jeffrey Ford. Musique : Henry Jackman. Distribution : Chris Evans (Steve Rodgers/Captain America), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/La Veuve Noire), Sebastian Stan (Buck Barnes/Le Soldat De l’Hiver), Robert Redford (Alexander Pierce), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Anthony Mackie (Sam Wilson/Le Faucon).

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23 commentaires

  1. J’en reviens, très bonne chronique, il se cache en effet un climat très pessimiste sur cette suite, et où les quelques vannes tombent pour le coup à l’eau en effet. En tout cas le film est d’une efficacité radicale, j’ai passé un très bon moment.

    1. Merci 🙂 On partage, du coup, la même opinion sur ces rares traits d’humours qui ne sont pas toujours très efficaces. Mais comme tu le dis, cela n’empêche en rien de passer un bon moment.

  2. Je pensais que ce cru serait le moins bon de la phase 2 mais finalement c’est bien meilleur que Thor 2 et le film a une réelle personnalité. Il renvoie à ces films parano des années 70 là où Iron man 3 revenait aux films d’action bourrins et fou fou que Shane Black scénarisait dans les années 90. D’autant que le Captain est toujours intéressant, posant les questions sur un monde de plus en plus en proie à la sécurité. La miss Scarlett a un peu plus de responsabilités et Samuel L Jackson casse la baraque comme rarement en Nick Fury. On sent que ce personnage a vraiment un rapport frontal avec le Captain, de par le fait que ce soit des soldats mais aussi des blessés de guerre. Et puis le divertissement est clairement là et pour une fois que la scène post-générique présente un certain intérêt.

    1. Je le met à égalité avec Thor 2. Ils ont chacun, à mes yeux, leur propres qualités et leurs défauts.
      Moi aussi j’ai trouvé le personnage de Nick Fury mieux dessiné. Il est moins condescendant, plus fragile.

    2. Franchement Thor 2 était mieux que le premier mais franchement très moyen bouffé par un montage ahurissant et des scènes comiques et humaines d’une bêtise et inutilité royale. Ici ce n’est pas le cas puisque l’intrigue est quand même bien travaillé , on va dans un récit avec beaucoup d’espionnage et l’action est lisible ce qui n’était pas toujours le cas de Thor 2. C’est surtout que Nick Fury n’est ici pas considéré comme un personnage secondaire mais comme un vrai maillon de la chaîne.

    3. Je n’ai pas trouvé l’action de Thor 2 si illisible que ça. De toute façon, je l’ai acheté en Blu-ray, j’irais ainsi rafraîchir mes souvenirs.

    4. Vers la fin je trouve que cela partait trop en cacahuète. Moi perso j’ai d’autres priorités et notamment en ce qui concerne certains films de genre français. Là récemment j’ai découvert The incident d’Alexandre Courtès et c’était vraiment bien. Mais en France, on a préféré le sortir en DTV. C’est la même chose en ce moment avec La crème de la crème de Kim Chapiron. Je suis sûr qu’avec plus de salles le film marcherait, mais alors le nouveau Jean Reno qui a fait l’un des pires scores à Paris aujourd’hui c’est tout à fait normal. 194 salles contre 385 et le plus gros se plante. Après on s’étonne que le cinéma de genre ne marche pas…

    5. Même s’il y a des films, comme La Crème de la Crème, qui ne m’intéresse absolument pas, je trouve aussi que c’est dommage de recaler le cinéma de genre français. Les producteurs de l’hexagone ne produisent désormais que des comédies et des drames, le reste, c’est sous le manteau de façon indépendant. Heureusement qu’il y a parfois des maison de production et de distribution comme SND ou Wild Side pour donner un peu de visibilité à ces film. Mais je pense aussi qu’il y a cette idée reçue selon laquelle le film de genre français (ou francophone) n’est pas spectaculaire. Quant on voit des films comme Calvaire ou Eden Log, c’est pourtant loin d’être le cas.

    6. Perso tu vois ça c’est un genre de film qu’il me tentait de voir, en attendant bien plus que le machin de Dany Boon (j’ai lu la BD adapté du film à la Fnac, dire que c’est mauvais serait trop gentil). Pour tout te dire je voulais voir quatre productions françaises entre début mars et début avril: Situation amoureuse c’est compliqué, La crème de la crème, L’étrange couleur des larmes de ton corps et Dark Touch. Je n’ai vu que le film de Manu Payet. SND et Wild Bunch font beaucoup d’effort en effet, La fabrique de films en faisait aussi mais vraisemblablement le studio n’existerait plus. Le magazine Metaluna (présidé par Jean Pierre Putters, le légendaire fondateur de Mad Movies) a même crée sa boîte de prod qui a produit le nouveau film d’Alexandre Bustillo et Julien Maury (A l’intérieur, Livide), Aux yeux des vivants. Malgré la présence de Francis Renaud et surtout Anne Marivin au casting, je pense que le film n’aura quasiment pas de présence dans les salles. Et même avant 2flics. Je vais faire le vieux con malgré que j’aurais bientôt vingt ans, mais Melville, De Broca et Cocteau faisaient du cinéma de genre avec le polar, le film d’aventure ou le fantastique. Ils avaient encore moins de moyens qu’aujourd’hui et cela marchait! Cela a donné naissance à des films comme Le samouraï, Le magnifique ou La belle et la bête. Sans compter le film d’horreur Les yeux sans visage qui reste encore aujourd’hui un classique.

    7. Je suis tout à fait d’accord. Peut-être aussi que le cinéma de genre français à tendance à trop braconner sur des terres qui ne lui appartiennent pas. La Belle et La Bête de Cocteau, c’est du pur style français, fantastique et romantique. Les films de Melville, pour le peu que j’en ai vu, c’est du gangsterisme à la française. Que l’on s’inspire du cinéma américain est une chose, que l’on copie-colle les recettes en évacuant les particularismes (comme les productions Besson) en est une autre.

    8. Sauf que quand s’inspire du cinéma américain, cela reste bien plus correct que les prod Besson. Je pense aux films de Fred Cavayé ou même Nid de guêpes.

  3. Même rafale de compliments de mon côté, autant pour le film que pour cette excellente synthèse que tu nous livres (attention aux spoilers mal placés tout de même ;). Tu as raison de placer le winter soldier à sa juste place, à savoir au bout du canon brandi par une organisation tentaculaire dont les vrais méchants parlent avec ou sans accent. Quant au Captain, il ne fait pas moins de trois donzelles bien roulées pour essayer de le décongeler un peu, et le distraire de ses pensées accaparées par un ennemi avec qui il aime sauter sans parachute et faire des cabrioles. Quel petit canaillou ce Captain !

    1. Que veux tu, ce Captain est de l’ancienne époque, quand il s’agit de sauter, il ne sort jamais couvert 🙂

      J’ai essayé, autant que possible, de rester évasif sur celui qui tire les ficelles de cette organisation. Mais, de toute façon, je pense que pas mal de gens découvrirons très facilement le pot aux roses – pour ma part, il m’a fallut que peu de temps pour conforter mes doutes autour de l’identité du vrai vilain.
      Concernant le Soldat de l’Hiver, cela reste à la fois décevant – je m’attendais à le voir davantage sur le devant de la scène – mais sa faible place dans les rouages de cette histoire est finalement plutôt justifié. Un partout, balle au centre, comme on dit.

    1. C’est vrai qu’il a des expressions qui traduisent parfois une attitude un peu lunaire. Moi j’aime bien, mais dans Captain America, je trouve que ce sentiment s’estompe.

    1. Oui comme le premier mais cette suite m’as quand même fait baisser d’un demi point ma note ressenti final du premier car je trouve ce second opus plus subtil sur le scénario et mieux ficelé quand même en terme de mise en scène 😉

    2. Je partage ta comparaison sur la mise en scène. C’est d’ailleurs le seul reproche technique que je peux adressé au film réalisé par Joe Johnston.

    1. Celui ci est du même tonneau. Un divertissement agréable et plutôt bien ficelé dans l’ensemble.

  4. Très bon ressenti devant la projection de ce Captain America 2.0. 🙂
    Sinon pour répondre à ton commentaire, j’ai écouté la BO de Jackman, et elle souffre en effet d’une écoute sans son support filmique. Quand les grands élans symphoniques de Silvestri laissent place aux textures électro nerveuses, contexte, ça fait moins d’effet. C’est le même défaut que j’avais trouvé à son score pour le dernier G.I. Joe: une emphase plus réduite sur l’orchestre et un sound design qui ressort à fond les ballons.

    1. J’ai le même ressenti que toi sur la musique de G.I. Joe. D’ailleurs, hormis Captain Phillips, je suis assez déçu des derniers scores produit par Jackman. J’en attendais vraiment davantage de lui quand je l’avais découvert sur X-Men, Le Chat Potté et Lincoln Chasseur de Vampires.

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