Critique : 96 Heures (2014)

96 Heures 1

Retour aux affaires.

96 Heures. C’est ce qu’énonce la procédure pénale pour une garde à vue dans le cadre d’une affaire de recèle et de délits en bande organisé. C’est également le temps dont dispose Victor Kancel, un criminel qui a soigneusement planifié sa sortie de prison afin d’interroger la personne qui fut, à l’époque, chargée de son arrestation. En huis-clos, la confrontation entre ses deux hommes se déroule sous la présence d’un expert des Scènes De Crimes et des Truands, Frédéric Schœndœrffer. Le cinéaste mène ainsi le jeu de ce face à face sous haute tension où chacun, dans leur milieu respectif, ont fait du mensonge un art de la survie, un moyen de prendre le dessus sur son adversaire. Rien de follement original – les honnêtes malfrats, ça ne court pas les rues. Mais ce qui, en revanche, relève un peu de l’originalité, c’est la manière avec laquelle le cinéaste et ses deux scénaristes présentent l’exercice du métier de commissaire et leur dégrée de formation à l’exercice du bluff, et ce même si le tissu d’histoire produit par le commissaire Carré ne font guère long feu devant l’obstination paranoïaque de son geôlier. Les choix de cadrage opté par Schœndœrffer lors des scènes dialoguées rendent compte d’une part de la rivalité entre les deux personnages, d’autre part de ces profondes trahisons que ces mensonges leurs obligent à commettre (« Car si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes » pouvait on lire chez Cicéron dans L’Orateur). Ces topoï placés en périphérie à ce jeu de rôle brouillent ainsi intelligemment les pistes, insémine le doute autour des intentions et de la sincérité de chacun des protagonistes, mais surtout, y introduit une part de subtilité dont on n’aurait pas juger, à priori, son existence. Une belle conception supportée par un solide tandem, et par l’extraordinaire abattage déployé par Niels Arestrup. Car, si Gerard Lanvin fait montre d’un charisme naturel dans un rôle dont il est désormais coutumier, son partenaire, qui avait déjà fait ses preuves dans ce même registre chez Jacques Audiard (Un Prophète), impose ici sa présence à chacune de ses apparitions, apportant à son personnage une violente tendresse qui le rend, en de rares occasions, aussi attachant que terriblement inquiétant. Il tient également à souligner le rôle, essentielle, que la musique composée par Max Richter joue au sein de ce bras de fer. Le minimalisme de cette bande-son permet de supporter le caractère anxiogène de l’ambiance sans toute fois en surligner le moindre coup de sang. Tous les efforts semble avoir ainsi été consenti dans le but de livrer la meilleure direction d’acteur possible, mais cela au détriment finalement de l’esthétique visuelle générale imprimée à cette audience. On reprochera ainsi à la photographie élaborée par Vincent Gallot sa relative fadeur et à la réalisation des mouvements qui manque d’écriture cinématographique – même s’il fait des regards de ces deux interprètes principaux une élégante captation. Une élégance dont est également parfois dépourvu le script, qui s’appuie sur des incohérences et des facilités qui interviennent paradoxalement dans les moments où la narration s’expatrie en dehors du domaine qui sert de cadre à l’action. Conscient qu’il ne pouvait faire vivre son film uniquement par la seule fenêtre du huis-clos, le réalisateur a tenté d’ouvrir maladroitement son champ sur d’autres horizons, heureusement supportés par un solide trio féminin (Testud, Smet, Consigny), ce qui saborde un peu la vraisemblance de l’ensemble. Il n’en reste pas moins de ces 96 minutes une belle tentative de polar. (3/5)

96 Heures 2

96 Heures (France, 2014). Durée : 1h36. Réalisation : Frédéric Schœndœrffer. Scénario : Simon Michaël, Philippe Isard. Image : Vincent Gallot. Montage : Sophie Fourdrinoy. Musique : Max Richter. Distribution : Gerard Lanvin (le commissaire Gabriel Carré), Niels Arestrup (Victor Kancel), Sylvie Testud (l’inspecteur Marion Reynaud), Laura Smet (Camille Kancel), Anne Consigny (Françoise Carré).

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17 commentaires

  1. Plutôt pas mal et est dominé par deux acteurs qui ne lâchent jamais prise. Préférence pour Niels Arestrup qui excelle une nouvelle fois en gangster.

    1. Pareil, gros coup de cœur pour Arestrup. « Évite le bureau, il y a un peu de désordre » j’adore ce genre de réplique quand c’est dans la bouche d’un acteur aussi talentueux que lui.

    2. Et puis surtout il en impose d’office, on voit qu’il fait autorité sur ses compagnons de jeu. Lanvin j’aime moins parce qu’à chaque fois il joue le mec mâchoire serrée et sortant la punchline habile quand ça lui chante. Pour répondre à ce qui est dit en bas, je n’ai pour une fois pas lu les critiques car je savais qu’elles seraient négatives. Les films de Frédéric Schoendoerffer sont assez peu appréciés, beaucoup ne retenant que Scènes de crime. D’ailleurs je dois avouer que 96 heures est le premier film que je vois de lui. Bon en dehors de cela j’avais vu quelques extraits de Truands et c’était assez caricatural mais j’ai Switch en lien donc comme je veux évoquer quelques films français sur Ciné Borat je le verrais.

    3. J’aime bien Lanvin, mais je partage ton point de vue sur son jeu. Il n’a pas besoin de faire grand chose pour imposer sa présence devant la caméra, mais il a tendance à recourir aux mêmes astuces pour interpréter ses personnages (la mâchoire serré notamment). Mais, à sa décharge, on lui propose toujours le même genre de rôle, ce qui n’invite pas forcément à se renouveler.

    4. Autant j’aime bien Gérard Lanvin autant j’ai l’impression que parfois il a toujours ce jeu monolithique qu’il a crée en vieillissant. Ce n’était pas le cas dans ses jeunes années. C’est vrai que depuis quelques années c’est soit les flics soit les bandits. Exemples: Le boulet ou A bout portant.

  2. Voilà qui me redonne envie d’aller au cinéma. Il se trouve que Frédéric Schoendorffer est un réalisateur que je suis depuis son premier long métrage et dont j’aime assez la patte brute et réaliste. Par contre j’ai été sévèrement douché par « Switch », un des plus mauvais polars que j’ai vus. J’ose espérer que ce dernier va lui permettre de remonter la pente (en tous cas c’est ce que laisse entrevoir ton commentaire).

    1. Sans vouloir te refroidir, Selenie, un autre blogueur, trouve que ce 96 Heures est encore pire que Switch. Moi, malgré ses défauts, j’ai plutôt apprécié ce huis-clos, mais je tiens à dire que ne suis pas un grand spécialiste de Schoendoerffer. Je n’avais d’ailleurs que moyennement apprécié son Agents Secrets.

  3. Même si le duel Lanvin/Arestrup me tente bien, le film en général m’attire pas du tout (et puis mon maigre enthousiasme a été sapé par le nombre assez conséquent de mauvaises critiques). J’aimais bien Schoendorffer à ses débuts (Scènes de crimes et Agents secrets, deux très bons films), puis à partir de Truands, c’est devenu n’importe quoi.

    1. C’est vrai, les critiques n’ont pas été très tendre avec cette proposition et ont le mérite de dissuader les gens d’aller découvrir le film en salle. J’admets que 96 Heures n’est pas une grande réussite, mais à titre personnel, entre les incohérences et la relative pauvreté de la réalisation, j’y ai trouvé mon compte. Malheureusement, je pense que c’est le prototype même du film qui, sans ces deux brillants acteurs, perd réellement en intérêt.

  4. Ce thriller avait l’air prometteur, mais beaucoup d’avis qui en ressortent sont très durs, évoquant systématiquement les incohérences que tu cites. J’irais bien y jeter un œil toutefois, ne serait-ce que pour écouter le travail du talentueux Max Richter ^^

    1. Oui, les critiques presses sont vraiment dures, celles des spectateurs le sont en revanche un peu moins. Je t’encourage à aller le découvrir avant tout si tu apprécies les acteurs et actrices qui y joue (ce qui est mon cas).
      Concernant Richter, j’apprécie aussi assez le travail de ce compositeur, même si c’est toujours dans la même veine du minimalisme synthétique et orchestral.

  5. Un bon polar qui doit beaucoup à ses deux têtes d’affiches. Malgré une fin que l’on voit arriver rapidement, on passe quand même un bon moment même si je ne sais pas si le film survit à un second visionnage. A voir dans le temps 😉

    1. Cette fin était effectivement couru d’avance. Je ne pense pas qu’un second visionnage change fondamentalement l’expérience proposé par Schœndœrffer.

  6. Ca me fait peur, même si c’est Schoendorffer, que j’aime assez. J’adore Arestrup, beaucoup moins Lanvin, que je ne trouve pas terrible comme acteur (il fait toujours la même tronche) et qui est très antipathique dans les interviews : toujours en train de cracher dans la soupe. Ca m’insupporte… Et puis les polars français tournent en rond en ce moment… Mais si tu dis qu’il y a un peu de potentiel, on tentera un de ces jours !

    1. Il crache beaucoup de la soupe, mais c’est ça qui me plait, au fond, chez lui : toujours en train de s’insurger contre la qualité des productions, sur ses relations avec certains artistes du milieu. C’est un type qui, au moins, dit ce qu’il a envie de dire et n’a pas peur de se faire des ennemis. Après, je t’accorde que dans les interviews, il n’apparait pas comme quelqu’un de très chaleureux.

  7. Le pitch tendu et la carrure d’Arestrup en caid me paraissait suffisamment chouette pour attirer mon attention de fan de thriller. je suis encore tenté de voir le film tant qu’il tourne dans les salles!

    1. Tu passeras un moment plutôt agréable dans l’ensemble, surtout si tu aimes Arestrup. Quel acteur !

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