Critique : The Amazing Spider-Man 2 (2014)

The Amazing Spiderman 2 1

Pris dans la toile.

On était resté relativement poli avec le premier reboot de la nouvelle trilogie Spider-Man. Il avait certes ses défauts, mais le talent de conteur de son jeune metteur en scène, Marc Webb, et le charme de son duo principal étaient parvenus à adoucir la colère des nombreux fans. Malheureusement, on ne réservera pas le même traitement à sa douloureuse suite, nous dessinant la brutale agonie d’un héros pris en otage dans une intrigue arachnéenne. Écrasé par le soap mitonné par le couple Peter Parker/Gwen Stacy, tentant de démêler les fils d’une relation vouée à l’échec, le scénario ne laisse que très peu de place au développement des figures anti-héroïques pavant cet enfer numérique. C’est ainsi, avec la finesse d’un Rhino, que le réalisateur excommunie le bagnard Aleksei Sytsevich, dont les stupides desseins sont braillés par un pathétique Paul Giamatti, pour laisser le champ libre à l’autistique Max Dillon. Dès sa première apparition, rendu grâce à une direction d’acteur d’une grande subtilité, on sent qu’il y a, chez ce brave technicien, une anguille sous la roche : prototype parfait du nerd cinématographique des années 80, il nourrit une schizophrénie criante, persuadé, avec sa gueule de porte bonheur, d’être devenu le chouchou de Spidey depuis qu’il lui a sauvé la chemise. Campé jusqu’au bout des mèches par un Jamie Foxx en roue libre, Electro se voit finalement très vite brûler la vedette non pas par le richissime Harry Osoborn, interprété par l’inquiétant Dane DeHaan, mais par les atermoiements sentimentaux et le puzzle familial qui compose l’identité du héros sans que les auteurs ne parviennent à leur donner une véritable épaisseur. The Amazing Spider-Man 2 sabote ainsi la psychologie de ses antagonistes, leurs naissances, leurs moments de bravoures et leur sorties de scène sont court-circuités avec un aplomb qui confine au génie, sans que l’on obtienne en dédommagement une ampleur narrative décisive. Vert de rage devant la mièvrerie du discours romantique, sauvé in-extremis par l’alchimie produit par les deux acteurs principaux, et l’impuissance des auteurs à produire le moindre soupçon de souffle romanesque, le spectateur regarde ces éclats de narrations érafler le costume d’un super-héros qui, même lors de ses heures les plus sombres, n’avait pas reçu un tel traitement. Un résultat aberrant qui s’explique en partie par l’incapacité de Marc Webb à assumer le spectacularisme de son sujet. Il déploie ainsi une énergie folle afin de faire reculer les inévitables séquences d’affrontement et de ne pas trop en montrer de son inexpérience dans ce domaine – les rares scènes d’action, très largement dévoilées par les diverses bandes-annonces qui ont filtré tout au long de la campagne marketing du film, seront expédiés sans ménagement, ni génie. Les imbuvables traits d’humour mitraillés par le héros au cours de ses divers coups de filets auront finalement raison de la sympathie que l’on éprouvait jusqu’alors pour cet homme-araignée qui n’a aujourd’hui plus rien d’extraordinaire. (1/5)

The Amazing Spiderman 2 2

The Amazing Spider-Man 2 (États-Unis, 2014). Durée : 2h21. Réalisation : Marc Webb. Scénario : Alex Kurtzman, Roberto Orci, Jeff Pinkner. Image : Daniel Mindel. Montage : Pietro Scalia. Musique : Hans Zimmer. Distribution : Andrew Garfield (Peter Parker/ Spider-Man), Emma Stone (Gwen Stacy), Jamie Foxx (Max Dillon/Electro), Dane DeHaan (Harry Osborn/Le Bouffon Vert), Sally Field (Tante May), Colm Feore (Donald Menken).

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27 commentaires

  1. Ouch ça fait mal ! ^^ Non perso vraiment pas tenté par cette suite de l’une des plus grosses arnaques du XXIe siècle, et ta chronique comme moultes autres me persuade de l’éviter comme la peste.

    1. Une catastrophe, mais apparemment, d’autres spectateurs ne sont pas de cet avis. « le meilleur épisode de la franchise », « le meilleur film de super-héros » ais-je pu lire un peu partout sur le web (Allociné et SensCritique). Il faudrait que l’on m’explique en quoi cet Amazing Spider-Man 2 dépasse tout ce qui a était fait par Sam Raimi.

    1. Après, libre à toi de trouver que le précèdent était une arnaque 🙂 Après, c’est vrai que, dans le fond, rebooter une saga d’à peine dix ans, ce n’était pas très honnête, d’autant plus que les opus de Sam Raimi, même le troisième, étaient loin d’être des navets. Il y avait moyen de poursuivre la franchise telle qu’elle avait été amorcée.

  2. Voilà qui vient brillamment confirmer toutes les réserves que j’avais émises déjà à l’occasion du précédent volet. Mes enfants vont me tanner pour aller le voir quand même, mais je vais essayer de gagner du temps jusqu’à l’arrivée des X-Men.

  3. Le reboot m’avait plu avec des réserves, mais dès les premières bandes-annonces de celui-ci j’ai commencé à avoir peur. Je suis allé voir ce film dans la crainte, j’en suis ressorti avec une côte félée et mon asthme revenant à force de rire devant cette sombre merde. Incroyable de voir aussi peu d’ambitions dans un script faits par quatre personnes! Un travail de branleurs en gros. Sans compter les ralentis foireux (celui avec l’escalier c’est la pignolade générale), les acteurs mauvais (même Andrew Garfield que j’aime bien me paraît agaçant dans ce film et n’arrive jamais à pleurer!lol), trop de méchants (le Rhino apparaît au début… et à la fin; un Bouffon vert qui ressemble à David Bowie qui aurait muté et Electro une sorte de Marc Chapman électrique à deux francs), des flashbacks sur le père totalement inutiles, une mort sans réelle émotion, un gloubi-boulga qui sert de musique (entre Hans Zimmer et son score recyclable et boursouflé et des chansons n’ayant rien à foutre là à l’image de Kid Cudi; j’en regrette la compo bof de James Horner), plein de sous-entendus pour faire le film Sinister Six (soit la pire idée au sujet d’un film Marvel depuis … le reboot de Spidey!)… Franchement c’est lamentable et le mot est faible.

    1. De la grosse merde, on est d’accord. Je constate d’ailleurs que je ne suis pas le seul à avoir trouvé Andrew Garfield agaçant dans son costume. Il est épuisant dans ce film et pourtant, comme toi, je suis assez fan de son jeu d’acteur.
      Sinon, je trouve quand même que Zimmer se débrouille un peu mieux ici que sur Superman, même si, franchement, rien ne vaut le score de Horner ainsi que celui de Elfman/Young sur la trilogie de Sam Raimi.

    2. Autant je l’avais bien aimé dans le premier, autant Garfield est plus d’une fois lourd. Le passage à Oxford oulala. Franchement j’ai écouté la musique hier soir sur youtube, olala quelle horreur. C’était encore pire qu’en salle. Je n’ai retenu qu’un titre et c’est l’avant-dernier de la composition! J’ai dû attendre 48 minutes pour entendre un minimum de bonne musique.

    3. Le seul titre qui se détache, pour moi, c’est le thème de Harry Osborne. Le reste, c’est tout juste écoutable. Quand on voit le nombre de talents – qui sont là surtout pour assurer le service après-vente du bordel – c’est quand même un ptit peu de l’arnaque.

    4. Pour moi ce n’est pas ça du tout mais The rest of my life. Simple, efficace sans « broom » ni « kaboom », et qui m’a rappelé le titre de Moby pour Heat. Un titre qui aurait mérité une meilleure mise en avant dans l’épilogue afin d’intensifier l’émotion, parce que franchement même à ce niveau le film n’y arrive pas. Le Garfield n’arrive pas à pleurer, le moment est vide d’émotions et cela devient même une farce. Je ne sais pas si tu as écouté certaines chansons mais celle d’Alicia Keys est une catastrophe. Pas forcément musicalement mais elle n’est absolument pas raccord avec le film et ses thèmes. On se croirait dans une comédie d’espionnage!

    5. C’est vrai qu’en elle même, la chanson de Keys n’est pas mauvaise, mais, comme tu sembles le penser, c’est du pur argument marketing qui n’a pas sa raison d’être dans le film. Toutes les chansons sont d’ailleurs dans le même cas.

    6. Ah oui clairement c’est juste bon pour vendre du disque, d’autant qu’il y a Pharell Williams écrit sur la pochette. Au moins sur les films de Raimi les chansons étaient non seulement dans le générique de fin et surtout n’interférer pas dans la musique générale et surtout étaient un minimum raccord avec les thèmes du film.

    1. La façon avec laquelle Webb traite les méchants, c’est ce qui fait, je pense, le plus mal dans cette histoire. Au moins, on partageait le désarrois du Dr Connors dans le précédent volet. Là, tout est fait pour que l’on ait pas la moindre once d’empathie.

  4. Il ne sait pas du tout donner de la consistance aux méchants (Connors, Electro ou le Bouffon), il les rend caricaturaux et sans réelles motivations. Heureusement que les acteurs sont là pour rehausser le niveau.
    Comme c’est vilain de donner un personnage si indigne à Paul Giamatti…

    1. Il m’a vraiment fait pitié ce Paul. À coté, son rôle de concierge dans La Jeune Fille de l’Eau vaut un Oscar.

  5. Bravo, ta critique démonte justement le film! C’est ça en effet: ca manque d’un souffle romanesque, les ennemis patissent d’un traitement carton-pâte (pas étonnant au vu de la paire des scénaristes responsables), il y avait pourtant des choses bien parties dans ce nouvel opus, mais bien avant le troisième acte, tout valdinguait sans dessus dessous.

    J’ai beaucoup de choses à dire concernant la BO avec laquelle j’ai eu des problèmes durant le visionnage du film, mais je réserve ça pour ta critique de la BO. 🙂

    1. C’est un gros raté. Et quand je vois certains qui le considère comme le meilleur Spider-Man… pincez moi, je rêve !!
      La critique de la BO est dans la fourneau, tu pourras bientôt te lâcher 🙂

    1. Et tu as bien raison ! Ne fait pas la même connerie que moi ou borat (et bien d’autres sans doute).

  6. Ouch : je ne suis qu’a moitié d’accord avec cette critique, mais ça c’est du style dans l’écriture!

    J’avoue que l’intrigue familiale est catastrophique.
    Pour l’humour imbuvable, c’est plus ou moins un trait de Peter Parker.
    Pour le reste, les gouts et les couleurs… Mais c’est clair que Sam Raimi a fait mieux!

    1. J’avoue avoir un peu de mal à comprendre ce que l’on peut trouver à ce film. Pour moi, c’est le degré zero du fantastique.

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