Critique : Prometheus (2012)

Prometheus 1

Des promesses et désillusions.

Les fans l’attendaient depuis des années, le retour de celui par qui tout a commencé – notamment la carrière de Sigourney Weaver et celle du xénormorphe baveux. C’est donc avec une impatience mêlée d’appréhension que l’on découvre Prometheus, annoncé autant comme une préquelle au chef d’œuvre de 1979 que comme un cross-over aux aventures sidérales de la compagnie Weyland/Yutani. Répondant toujours présente quand il s’agit de tirer les cordons de la bourse des découvertes scientifiques, la mystérieuse corporation sponsorise, trente ans avant la traversée du Nostromo, le trek iconodule d’un couple de chercheurs en passe de découvrir l’origine de notre monde. En ce sens, le scénariste Jon Spaihts, qui a connu son Darkest Hour avec Timur Bekmambetov, soutenu par Damon Lindelof, très Lost depuis qu’il a croisé Cowboys Et Envahisseurs, développent une nouvelle mythologie partageant quelques embranchements menant tout droit vers le premier volet de la saga originelle. Incontestablement, le cinéaste voyait les choses en grand, très grand même pour son retour aux sources. Une ambition qui prend la forme d’une conception artistique aussi imposante à l’image que d’une renversante beauté. Quand bien même elle repose en partie sur le carénage méca-organique conçu jadis par le graphiste suisse Hans Ruedi Giger, le travail abattu par le responsable des décors, Arthur Max, pour apporter une cohérence esthétique avec les précédents volets de la série demeure sensationnel. Ainsi, la nouvelle planète, recréé pour les besoins du film dans les rocailleux paysages d’Islande, ainsi que le magnifique site de Dettifoss qui sert de support au superbe prologue, insuffle une belle majesté à cette quête éternelle. Direction artistique et mise en scène force le respect, cachant de façon prodigieuse les faiblesses de son scénario. Croisant les chromosomes des plus célèbres références du genre (The Thing, Sunshine), Prometheus sonde et pioche sur les terres de la science-fiction mais n’en extrait rien, si ce n’est des archétypes semés de nervosismes afin de créer l’illusion d’une originalité dont il est dépourvu – le complexe du personnage féminin principal n’est ainsi qu’un pâle réplica d’Ellen Ripley. Un manque de surprise qui n’empêche pourtant pas de prendre du plaisir à contempler la disgrâce de ces personnages précipités dans les flammes de leurs avidités et de leurs ingénuités. Parmi ce chapelet de pèlerins, se distingue le scalp ambré et la silhouette effilé de David (excellent Michael Fassbender), assistant humanoïde dont le regard magnétique et sa soif de découverte cache une immense déception, celle de ne pas retrouver son acuité intellectuelle dans les yeux de ses créateurs. Chargé d’une puissante musique, délayant l’horreur viscérale de ces peintures parfois grotesques, Prometheus n’a heureusement pas abattu toutes ses cartes, laissant ainsi en suspend certaines questions pour mieux y répondre dans une suite que l’on espère tout de même moins chétive. (3/5)

Prometheus 2

Prometheus (États-Unis, 2012). Durée : 2h03. Réalisation : Ridley Scott. Scénario : John Spaihts, Damon Lindelof. Image : Dariusz Wolski. Montage : Pietro Scalia. Musique : Marc Streitenfeld, Harry Gregson Williams. Distribution : Noomi Rapace (Elizabeth Shaw), Michael Fassbender (David), Charlize Theron (Meredith Vickers), Idris Elba (Janek), Logan Marshall-Green (Charlie Holloway), Guy Pearce (Peter Weyland).

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20 commentaires

  1. Autant j’étais enthousiaste à l’époque tout en restant un minimum lucide (je disais qu’il était bien en dessous de la trilogie Alien et qu’il y avait la plupart des questions sur Alien qui n’étaient absolument pas répondues comme le fait d’avoir ce vaisseau sur la planète, qui n’est pas celle de Prometheus), autant en y repensant et en ayant vu les scènes coupées et alternatives, je suis déçu. Comme je le disais toutes les questions ne sont pas répondues alors que cela a été vendu comme une préquelle d’Alien. Cela se veut ambitieux, à prendre des airs de 2001 mais finalement ce n’est qu’un banal divertissement de SF qui ne révolutionne rien et ne tient que sur son physique. D’autant que beaucoup de scènes alternatives sont meilleures que celles dans le montage. Je ne retiens véritablement que certains plans d’effets-spéciaux et Michael Fassbender.

    1. Le film en lui même est pas mal tout de même, mais je suis d’accord : il est en dessous des trois premiers Alien. Je pardonne cela dit un peu l’absence de réponse, Prometheus étant conçu comme la base d’une nouvelle saga, je peux comprendre que l’on ait pas envie de griller toutes ses cartouches. J’espère donc que le prochain volet répondra aux questions laissées en suspend.
      En tout cas, il résistera moins à l’épreuve du temps que Sunshine, qui reste, pour moi, le dernier grand film de SF.

    2. Il se regarde mais laisse un goût amer au travers de la gorge. C’est censé être une préquelle d’Alien, finalement rien n’est dit sauf la naissance du xénomorphe. Voilà, et avec le plan pré-générique, on va te faire bouffer un deuxième film. Sauf que le film n’est prévu que pour 2016 dorénavant (parce que c’était mal parti au vue des résultats quelque peu décevants du film) et qu’une suite en comics sortira avant. On avait parlé d’un dyptique au départ, la Fox a préféré un film et maintenant on a à nouveau un dyptique avec la suite prévue. A quoi cela a servi? A rien. Cela me faisait penser à Predators. Robert Rodriguez avait sorti une boutade du type: « oh mais on n’a pas tout mis pour faire une suite ». On a vu ce qui s’est passé: le film n’a pas marché des masses, les critiques n’ont pas été bonne, pas de suite. Le genre de boutade dont on se serait bien passer. Je dirais même mieux, ce Prometheus sera vite oublié et c’est franchement déjà le cas je pense.

    3. Vite oublié, je ne sais pas, c’est quand même un film qui, dans ses bons et mauvais côtés, fait débat. Ce qui est loin d’être le cas de Predators, dont je préfère oublier l’existence.

    4. Ah ça c’est sûr qu’il est plus connu que Predators. 🙂 Mais pour autant, la déception est peut être plus grande pour Prometheus car il y avait Ridley aux commandes. N’oublions pas que lui aussi prend de l’âge et sait-on jamais d’ici 2016, il peut nous quitter. Je ne l’espère pas mais avec les vieux réalisateurs il vaut mieux éviter les plans à l’avance.

  2. Comme pour Borat, je dois avouer que, malgré tout le respect que j’ai pour ce grand facteur de divertissement qu’est Ridley Scott, son Prométheus me reste en travers de la gorge. En dehors des qualités plastiques réelles et de la maîtrise toute relative de la mise en scène (comme dans « Robin des Bois », Scott a le chis pour foirer ses scènes d’action finales), je retiens le personnage « bigger than god » de l’androïde qui se calque sur « Lawrence d’Arabie » (comme Wall-E se fabriquait un monde en se mattant en boucle une séquence de « Hello Dolly »). Mais comme tu le signales dans ton excellent texte (il faut que pense à reclaquer vite fait un iconodule dans la conversation avant de l’oublier 😉 ), le scénario brode sur un néant d’idées qui cherche une fois de plus à nous embrouiller inutilement (là où le premier se contentait de perus primales et d’enjeux simples de survie sur lesquels il nous était facile de projeter nos propres fantasmes). Même une lecture mythologique (Prométhée étant le petit-fils du Ciel et de la Terre) ne suffit pas à sauver ce navrant exposé pseudo science-fictionnel. Bref, pas terrible, à moins qu’un nouveau visionnage vienne un jour contredire ce jugement dernier.

    1. Malheureusement, le récent visionnage ne fut pas en faveur du film, les défauts me sont apparu de façon bien plus criante encore que lors de la première découverte en salle. Après, on peut s’accommoder ou non de ces archétypes et de cette volonté de toujours complexifier à l’excès, mais il reste, au sein du film, des qualités qui ne s’oublient pas.

  3. Comme tout le monde, je crois aussi qu’il n’est pas à la hauteur d' »Alien. Malgré un scénario et des coupes apparemment au montage, le film se laisse regarder et certaines scènes sont plutôt réussies. Peut-être un film trop attendu.

    1. Je le pense aussi. Mais, avec la titanesque campagne marketing déployée par la FOX, il était difficile de ne pas avoir un minimum d’attente.

    1. Moui, j’ai eu un peu ce sentiment en sortant du film, mais si je reste globalement plutôt satisfait par l’expérience proposée.

  4. Pas revu depuis sa sortie en salles, j’en garde le souvenir d’un film ennuyeux mais réussi techniquement. Je lui laisserais volontiers une seconde chance prochainement dans le cadre d’un cycle Aliens ^^

  5. Moins enthousiaste que toi sur ce film mais je lui reconnais tout de même des qualités, notamment son aspect technique et son casting (Charlize Theron et Michael Fassbender). J’ai néanmoins le souvenir d’un film souffrant de pas mal de longueurs.

    1. J’ai d’ailleurs plus ressenti ces longueurs cette fois ci. Mais dans l’ensemble, cela reste un film solide.

  6. Nombreux furent ceux qui apprécièrent le film à sa sortie avant de douter puis de sombrer dans l’avis négatif. Content que certains rebelles luttent contre le cynisme et continuent d’apprécier les qualités de ce cru imparfait et vraiment attachant. Comme pour toi, ses qualités esthétiques m’ont littéralement emporté, et malgré les cohortes de clichés qui pavent la trame principale, on tient un univers à la hauteur de nos attentes. Maintenant, faudrait une histoire qui vaudrait le coup…

  7. Pour ma part j’ai bien aimé. C’est si rare les grands films de science-fiction, spectaculaires, et hors « franchise ». D’ailleurs, présenté comme un prequel d’Alien, j’ai volontairement « oublié » cette information et je l’ai regardé sans penser à Alien. J’ai bien fait (sinon j’aurais été déçue) !

    1. De toute façon, je ne sais pas si les créateurs eux-même savent comment il faut regarder ce film. Je le vois, comme toi, plus comme le premier épisode d’une nouvelle saga que comme un préquel.

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