Critique : Albator, Corsaire De l’Espace (2013)

Albator Corsaire De l'Espace 1

Une lettre de marque.

C’est par le pont que les néophytes embarque dans l’univers d’Albator, corsaire de l’espace et fleuron du space-opéra à la japonaise dans les années 70. Né de l’esprit du dessinateur Leiji Matsumoto, ce forban, qui conquit les petites lucarnes du monde entier, s’accorde aujourd’hui un petit lifting pour mieux déposer son empreinte dans l’imaginaire de nos jeunes occidentaux 2.0 gavés aux effets numériques et aux animations tridimensionnelles. Ainsi dépouillé de son crayonnage d’origine, le capitaine et l’équipage de son Arcadia prennent un nouveau départ sous la direction de Shinji Aramaki, infographiste en chef qui œuvre depuis ses débuts au sein de la célèbre Toei. Semble t-il pétri de respect pour l’animé d’origine, le réalisateur part donc à l’abordage, tâchant de marier la tradition à la modernité. Toujours drapé dans sa cape noire aux revers sanguins, le pirate des mers stellaires, cicérone d’une indépendance retenue prisonnière par une coalition néo religieuse qui a fait de la Terre un lieu saint inaccessible aux communs des mortels, dirige, tapi dans son trône de fer, son navire de mort, l’oeil posé sur sa nouvelle recrue, Yama, un espion à la solde de la puissante GAIA et de son commandant de frère, Ezra, devenu infirme suite à un grave accident. Toute voile dehors, le réalisateur fait voguer son vaisseau sur les mers opalescentes d’une intrigue d’espionnage déchirée par les contusions, particulièrement vives, qu’aborent chacun des personnages, tous épris de liberté, tous prisonniers d’un héritage de plus en plus difficile à porter. Le bardage dramatique en acier trempé conçu par le duo de scénariste, Harutoshi Fukui et Kiyoto Takeuchi, unit avec une infinie justesse l’idée de sacrifice et de renaissance, permettant à cet imposant croiseur cinématographique de résister à toutes les tempêtes et d’assurer à ses passagers un palpitant voyage dans les profondeurs de l’âme humaine et de l’espace. Toei Animation n’a, en effet, reculé devant aucune dépense afin de donner à cette transposition le souffle nécessaire à sa rénovation. Albator, Corsaire De l’Espace est ainsi un pur bonheur pour nos rétines, traversant des paysages d’une absolue beauté tout en plongeant son regard au dessus de visage d’une finesse incomparable. Armé d’une bande-son explosive signé par son fidèle gabier, Tetsuya Takahashi, le cinéaste brasse, avec une lumineuse énergie, tout un pan de la science-fiction, puisant autant dans le mythe créé par Matsumoto que dans les dernières références du genre (Bioshock, parmi les emprunts les plus évidents) et nous offre, malgré des scènes d’abordages et de combats trop vites expédies, tout ce que l’on était en droit d’attendre d’un tel divertissement. Cette solide coque est bien, ici ou là, perforé par quelques petites facilités d’usage, mais le résultat est si éblouissant et l’aventure si flamboyante que l’on oublie bien vite ses faiblesses. (4/5)

Albator Corsaire De l'Espace 2

Space Pirate Captain Harlock (Japon, 2013). Durée : 1h50. Réalisation : Shinji Aramaki. Scénario : Harutoshi Fukui, Kiyoto Takeuchi. Image : Kengo Takeuchi. Montage : Shinji Aramaki. Musique : Tetsuya Takahashi. Distribution Vocale (VO) : Shun Oguri (Albator), Haruma Miura (Yama), Yû Aoi (Miimé), Arata Furuta (Yattaran), Toshiyuki Morikawa (Ezra), Miyuki Sawashiro (Kei). Distribution Vocale (VF) : Mathieu Moreau (Albator), Pierre Lognay (Yama), Marcha Van Boven (Miimé), Martin Spinhayer (Yattaran), Michelangelo Marchese (Ezra), Delphine Moriau (Kei).

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23 commentaires

  1. J’ai vu la dernière demi-heure dans un Auchan et j’ai trouvé le lien en streaming sur le net. Visuellement c’est très beau et bien fait mais comme souvent avec l’animation japonaise en images de synthèse, les personnages ne dégagent aucune émotion ou sont statiques. C’est dommage car il manque l’émotion. Mais c’est divertissant, suffisant pour que je le vois en entier.

    1. Les expressions des visages sont tout de même plus intenses que dans les films animé de Zemeckis.

    2. En sachant que je restais sur le Japon , mais il est vrai que je n’ai jamais été convaincu par Zemeckis sur ce point. Reste qu’au Japon, ils ont du mal avec ça. Shinji Aramaki avait déjà beaucoup de mal sur les Appleseed qui jouaient sur le même procédé.

    3. J’ai regardé quelques extraits, et c’est vrai que ce n’est pas hyper convaincant. Je trouve qu’il y a quand même un bon entre Appleseed et cet Albator.

    4. Neuf ans! Et un peu moins avec sa suite qui était un peu plus bourrin, John Woo producteur en cause et heureusement car Ex Machina…. Il faudrait que j’aborde les deux Appleseed, je pense dans un seul article car deux articles sur ça mouaif.

    1. Une madeleine de Proust 😉 Sachant que j’ai vu la version longue japonaise et que, apparemment, les personnages sont plus fouillés dans cette version que dans celle exploité sur le territoire Européen.

  2. Je suis très loin de partager cet optimisme. J’avais d’énormes espoirs avec cet Albator, car si Aramaki n’a plus rien à prouver visuellement (il se surpasse à chaque nouveau projet), la perspective de le voir s’attaquer à un univers riche déjà fait dont il n’avait qu’à reprendre des éléments pouvait enfin lui offrir le scénario qui lui avait toujours manqué. Et une fois dans la salle, on s’aperçoit au bout d’une demi heure que non, ce n’est pas le cas. Le scénario n’est qu’une succession d’incohérence qui demande plus que de la compassion pour être ignoré (à ce stade, c’est limite de l’ébriété scénaristique), aucun des personnages n’est réussi (une fois le secret d’Albator connu, on s’interroge sur ses facultés mentales), c’est redondant et totalement inintéressant, et on nage dans les pires clichés japonais (à en faire passer Final Fantasy the spirit within pour un modèle de fraîcheur). Même si on a là le plus beau space opéra de l’histoire du cinéma, le problème de scénario est si gênant et si redondant dans la carrière de Aramaki que j’en ai perdu ma motivation à le soutenir.

    1. J’ai vu la version longue, peut-être que cette clémence vient de là. Mais, en tout cas, je n’ai pas trouvé le film spécialement incohérent. Cet Albator doit être mon Prometheus à moi en fin de compte 😉

  3. Ce rapprochement avec Prometheus n’est pas très honnête, tu essayes de me prendre par les sentiments ! Je n’ai pas vu la version longue, quelle durée fait-elle ? La version ciné faisait déjà 1h50, et vu tous les temps forts qu’ils ont raté (quand même, l’accident au coeur du drame familial de 3 principaux personnages… parce qu’il y en a un qui a voulu allumer une ampoule… Ampoule 100 watts qui a fait exploser tout un bâtiment !), je doute d’un rattrapage…

    1. J’adore faire du chantage affectif 😉 Mais qu’est ce que tu veux, j’ai été sous le charme de cet Albator (et pourtant, j’avais en mémoire ta douloureuse critique). Alors, je défendrais bec et ongle ce film, même s’il faut pour cela employer des méthodes pas très claires.
      Et figure toi que, dans la version longue, on découvre que ce n’est pas le frère qui à fait éclater l’ampoule, mais Claude François, qui prenait comme par hasard une petite douche dans le coin de la serre. Qui l’eut cru !

      Pour être plus sérieux, la version longue dure 06 minutes de plus. C’est peu, mais à l’échelle d’un film, on peut en faire passer des choses en 06 minutes.

  4. pas très convaincu par ce long métrage qui fait passer notre héros à la cicatrice pour un ringard. La faute revient à un scénario très maladroit et au traitement des personnages. Certes, le film est impressionnant d’un point de vue technique, mais c’est finalement tout ce qu’il y à sauver

    1. Justement, je trouve le traitement des personnages bon (mais comme je suis un peu le seul à penser ça ici, cela doit venir de moi 🙂 ). C’est clair que ce n’est pas de la première fraicheur, ni très subtil, mais j’ai marché à fond dans ce profond désir de rédemption qui les anime.

  5. Visuellement c’est chouette je trouve, on nage dans un mariage plaisant à l’œil combinant photo-réalisme et esthétique manga, et les sous-intrigues (particulièrement par rapport au jeune héros et au liens entre Yama & Ezra) était jusqu’ au twist, assez captivants. Cependant, comme avec Appleseed, la mise en scène d’Aramaki montre vite ses limites: l’esthétisme poseur et super-détaillé ne suffit parfois pas à faire décoller certaines séquences, ou a en atténuer les moments over-the-top (scène de douche anyone?) !D

    1. Et en sachant qu’il est disponible sur un DVD édité par Arte avec le film Sans soleil du même Chris Marker. Perso j’avais pu l’emprunter à ma bibliothèque universitaire.

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