Critique : Godzilla (2014)

Godzilla 1

Le retour du roi.

Nanti d’une campagne marketing monstrueuse, le retour de Godzilla sur nos écrans se faisait attendre de pied ferme par tous les fans de kaiju-eiga. Ce dinosaure théropode japonais génétiquement modifié créé par la Toho dans les années 50, qui fit trembler un pays en pleine reconstruction politique et frémir le café de Jean Reno, refait donc aujourd’hui surface devant la caméra de Gareth Edwards, un jeune réalisateur britannique dont le seul fait d’arme se présente sous la forme d’un Monsters, un trip fantastique produit à l’écart des grands studios. Aussi prometteur que pu être ce premier essai, rares sont les cinéastes qui parviennent à passer le cap d’une production à gros budget, souvent dévorés par un système se refusant toutes prises de risques. Afin de ne pas tuer dans l’oeuf cet immanquable rendez-vous, Edwards prit le temps de ne pas se laisser dépasser par les évènements extérieurs, étudiant son bébé sous toutes les coutures jusqu’à obtenir le meilleur métrage possible. Ainsi, la force de ce titan réside dans l’ampleur créé par sa seule mise en scène. Pendant près de 120 minutes, supporté par l’imposante bande-son dirigée par Alexandre Desplat, le réalisateur compose son propre Jurassic Park, illustre son appétit pour le voyage, les créatures et leurs sauvageries en une poignée de scènes clés (l’arrivée en hélico au Philippines, le réveil stroboscopique du MUTO), fait sien de l’imagerie associé au père et s’approprie le code génétique du montage/image cher aux oeuvres de Steven Spielberg pour, au final, en faire un spectacle de son et de lumière grandiose. Mais sous ce dojo d’immeubles éventrés, de métal froissé et de corps brisés, c’est son amour pour le divertissement et pour sa star reptilienne qu’il tente de nous faire partager. En ce sens, le célèbre reptile jouit d’un traitement assez exceptionnel, retardant son apparition par des astuces de cadrage et de découpage vieille comme le monde mais que beaucoup de metteurs en scène contemporains semblent avoir oublié l’existence. Le corps diffracté de la bête permet ainsi d’entretenir un suspens autour de ses mensurations, témoignant par la même de l’incapacité de Gareth Edwards à saisir la pleine mesure de cette légende, tout en nous replaçant, nous même, à la hauteur de l’Homme, parfois ramené à l’impuissance des médias. Sauveur ou monstre, erreur de la nature ou pièce maitresse de l’équilibre de notre écosystème, Godzilla navigue entre ses eaux mais penche véritablement pour la thèse la moins évidente pour le public américain et les spectateurs biberonnés au Pacific Rim. Techniquement achevé, visuellement époustouflant, musicalement impressionnant, l’armure d’écailles de cet effrayant spectacle se fendille lorsque sont creusés les tranchées dramatiques. Des personnages plutôt bien troussés sur le papier, hérissés de suffisamment d’ailerons psychologiques pour nous les rendre attachants, mais qui ne bénéficient malheureusement pas toujours de la meilleure des interprétations. Ainsi, Elizabeth Olsen, pourtant convaincante, peine à imposer son personnage, alors que Ken Watanabe, porte étendard du règne mythologique du monstre sur l’inconscient japonais, se lézarde en s’offrant une performance médusée. On retiendra alors de cette courte exhibition la touchante prestation de Brian Cranston, et celle, plus renfrognée, d’un Aaron Johnson plutôt à l’aise dans son cuir noir. Une légère amertume qui recouvre la magnificence d’un divertissement gros comme un kaiju. (3.5/5)

Godzilla 2

Godzilla (États-Unis, 2014). Durée : 2h02. Réalisation : Gareth Edwards. Scénario : Max Borenstein, Dave Callaham. Image : Seamus McGarvey. Montage : Bob Ducsay. Musique : Alexandre Desplat. Distribution : Aaron Johnson (Ford Brody), Ken Watanabe (le docteur Ichiro Serisawa), Elizabeth Olsen (Elle Brody), Brian Cranston (Joseph Brody), David Strathairn (l’amiral William Stenz), Sally Hawkins (le docteur Wates), Juliette Binoche (Sandra Brody).

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24 commentaires

    1. C’est bien ce que je pensais. Gareth Edwards a fait un film catastrophe humain à l’image de son traitement sur Monsters. Il fait un film à hauteur d’homme et ne prenant son sens spectaculaire que dans le gros final. Par contre ce qui m’énerve et c’est symptomatique d’autres films actuellement, c’est qu’ils prennent un flash info et montrent la scène de ce point de vue. Cela donne une grande frustration, d’autant qu’on ne voit pas beaucoup Godzilla dans le film. Faire de Godzilla un héros renvoie à une grande partie de la saga japonaise où il sauvait justement la population japonaise, donc c’est assez fidèle.

    2. Pour ma part, je suis plutôt partisan de cette astuce. Je trouve que, dans le stricte cadre de ce Godzilla, le réalisateur à parfaitement compris le régime des flash info, de ces petites fenêtres qui ne parviennent pas à saisir toute l’ampleur des évènements. En plus, c’est dans la continuité de sa démarche de metteur en scène qui est de ne pas filmer les monstres en plan moyen avant la confrontation finale.

    3. Moi pas puisque cela disperse le spectateur et surtout cela engendre une frustration. Tu veux du spectacle? Tu ne le verras que sur un petit écran. Que cela soit visible je ne dis pas, mais quand tu n’as que les flashs info non.

  1. Dis donc, les comparaisons d’Edwards avec Spielberg fusent sur la Toile. Je suis pas totalement d’accord. Si niveau tension, il sait faire monter la sauce jusqu’à l’apparition de la bête, ca marche beaucoup moins en ce concerne ses protagonistes humains, Cranston étant peut-être le seul à se sortir de ce bourbier. Or à mon sens, ce qui caractérise le ciné de Spielberg, outre les relations père-fils, c’est l’extrême travail de personnages au cœur de genres codifiés, tout en ménageant le drame et le rire. Points dont ce film est dépourvu, à ma déception.

    1. Effectivement, les personnages sont le point faible du film. Cela gâche un peu l’aventure mais bon, pour ma part, les frissons ont été présents durant la projection.

  2. J’ai moyennement accroché à ce film à qui je pourrais faire le même avis que pour « Monsters » à savoir : C’est bien filmé avec un beau visuel et des acteurs qui font le job mais qu’est ce qu’on s’ennuie. Puis bon, le film s’appelle Godzilla est au final on le voit quand même très peu malheureusement…

    1. Pas vu Monsters, mais apparemment, ce qui ressort des avis que j’ai pu lire, ceux qui n’ont pas apprécié Monsters n’ont pas apprécié Godzilla. Peut-être l’apprécierais-je du coup.
      Sinon, pour rebondir sur ta dernière remarque, l’affiche de Les Dents De La Mer montrait un requin et pourtant, on le voit très très peu dans le film.

    1. Je n’ai pas vu le premier film d’Ishiro Honda. D’ailleurs, si tu as un lien ou un truc du genre, je suis preneur 🙂

  3. J’ai bien aimé pour ma part ce Godzilla particulièrement bien mis en scène. Et Godzilla est tout simplement magnifique. Un bon film de monstres qui ressemble par bien des aspects à Monsters (à voir pour ceux qui ne l’auraient pas vu).

    1. Moi aussi, j’ai adoré la mise en scène de Gareth Edwards. Beaucoup le compare à Spielberg de ce point de vue, et je trouve qu’ils ont tout à fait raison.
      J’essayerais de jeter un oeil, un de ses jours, à Monsters.

  4. Un peu déçu, trop hollywoodien pas assez « Monsters », notamment et surtout par cette manie de couper les meilleurs scènes de combats animaliers par des scènes intimistes dont on se fout un peu… 2/4

    1. On se fout un peu des scènes intimistes surtout parce que les personnages ne sont pas assez attachant. Perso, le fait que les scènes de combats entre les monstres (les premières tout du moins) soient coupées ne me gène pas. Au contraire, je trouve que cette frustration parvient à créer une envie et une attente. C’est, en tout cas, de cette manière que j’ai vécu le film.

  5. Le grand nom des Kaiju se fait détrôner par Del Toro, mais sans se formaliser, on est largement diverti par le résultat. L’ampleur des monstres est bien mise en valeur par les effets spéciaux, et la facture à l’ancienne du film (structure très proche des films japonais, avec toujours ce gros monstre tout laid plus dangereux que Godzilla). Assez consistant pour envisager une suite, à condition de conserver une certaine cohérence.

    1. Je me demande d’ailleurs comment le studio va envisager la suite. Si c’est pour refaire un Godzilla bis avec un autre monstre à la place du MUTO, je n’en vois pas trop l’intérêt (si ce n’est l’appât du gain).

  6. Je me suis fait un shoot au kaiju radioactif hier soir, film porteur dans sa première partie de promesses dramatiques intéressantes mais qui volent en fumée ou partent en chute libre dans le tout spectaculaire de la dernière partie(syndrome « man of steel »). Tu as parfaitement résumé les qualité et les défauts de ce « Godzilla » qui, sur la fin, vire hélas au porn destruction classique et m’en rappelle un autre. Banzaï, mais c’est bien sûr ! c’est le gros lézard Emmerichien (mais il lui manque tout de même la touche fascistoïde). Comme le dit Olivier, rien ne remplace l’original.

    1. À la différence près que la destruction massive orchestré par Edwards est tout de même plus « incarnée » visuellement que celle de notre cher teuton d’Amérique.

    2. Oui bien sûr, j’exagère un peu, mais je dois tout de même reconnaître m’être un peu ennuyé lors des passages de destruction massive au ralenti, pourtant visuellement impressionnants, y a pas de lézard là-dessus.

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