Critique : La Planète Des Singes – l’Affrontement (2014)

La Planete Des Singes Affrontement 1

Les derniers d’entre nous.

Dans l’épisode précédent, le général en chef des primates conduisait ses troupes à la conquête d’une liberté jadis enfermée dans les cellules aseptisées d’un laboratoire de recherche. Depuis, la grippe simienne a décimé les trois quarts de la population humaine, obligeant ses derniers survivants à se replier dans les ruines de leur ancienne civilisation. Les singes, en revanche, semblent être parvenus à bâtir une généalogie aux ramures solides comme celles de ces séquoias sur lesquels repose leur nouveau berceau. Plongé dans les yeux d’un César menant une fronde contre une meute de chevreuils, le spectateur arpente ce nouveau récit du côté de nos lointains cousins, vivant de front leur rencontre avec ce troisième type, tout de parka vêtu, venant chercher promesse et renaissance dans un barrage englouti au fin fond de la forêt san-franciscaine. Comme pour sa préquelle, il n’est pas ici question de faire feu de tout bois dans des empoignades primitives, mais de raviver des souvenirs, notamment ceux de ces guerres qui jalonnent l’histoire du Nouveau Monde. Ce fameux barrage qui permettra aux Hommes de survivre et de reconnecter le monde en rétablissant la tonalité avec les colonies potentielles, nous rejoue la mélodie de la colonisation en cristallisant les conquêtes meurtrières des Amériques. Ce neo Avatar, auquel il dérobe le savoir-faire des magiciens de la Weta pour composer des macaques plus vrais que nature, donne ainsi dans l’écologie, recyclant à grande brassée les récits et les mythes, celui du bon sauvage, de la perversion et de la reconquête. Une contextualisation classique des évènements qui appelle quelques facilités et une certaine prévisibilité, notamment en ce qui concerne le cycle de violence dans lequel vient s’engouffrer les deux tributs. Cependant, ces paramètres nous permettent de ressentir et de vivre plus intensément encore ce désarrois qui accable les artisans de la paix et d’accueillir à bras ouvert les émotions que cherche à nous transmettre le réalisateur. Par-delà les montagnes d’une somptueuse direction artistique, le souffle d’une partition de haute volée, et le minimalisme grandiose de la réalisation, le bosquet de personnages, interprétés par une équipe d’acteurs brillamment dressée, est alors à voir comme des points d’entrée sur le casus belli qui provoquera l’affrontement titre. À ce titre, Koba, le bras droit putchiste de l’empereur des primates, tire intelligemment son épingle du jeu par sa faculté à duper son monde en jouant de son image. Ainsi, à la lumière fièrement hissée par Matt Reeves, ce trek atteint des hauteurs simiesques par la grâce d’une authenticité et d’une efficacité parfaitement ciselé dans la souche de cette solide forteresse. (4/5)

La Planete Des Singes Affrontement 2

Dawn Of The Planet Of The Apes (États-Unis, 2014). Durée : 2h11. Réalisation : Matt Reeves. Scénario : Mark Bomback, Rick Jaffa, Amanda Silver. Image : Michael Seresin. Montage : William Hoy, Stan Salfas. Musique : Michael Giacchino. Distribution : Jason Clarke (Malcolm), Andy Serkis (César), Gary Oldman (Dreyfuss), Keri Russell (Ellie), Kodi Smit-McPhee (Alexander), Toby Kebbell (Koba).

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14 commentaires

  1. Une suite de transition pour un futur troisième film plutôt bon même si ce n’est pas au niveau du premier qui avait mis la barre très haute (sans égaler pourtant le film de 68 à mes yeux). Le traitement des singes est très bon, dommage que celui des humains laisse un peu plus à désirer…

    1. À titre personnel, j’ai trouvé cet opus bien plus intéressant que le précèdent, qui manquait de rythme et d’une belle direction d’acteur. En tout cas, cette franchise est entre de bonne main.
      Il faudrait d’ailleurs que je revoie le film de 68.

  2. Un nouvel épisode un peu décevant et au scénario trop prévisible qui se loupe surtout sur ses personnages humains. Reste un blockbuster divertissant et plutôt bien troussé à défaut d’être indispensable

    1. Je partage un peu ton avis concernant le traitement des personnages humains (hormis celui joué par Gary Oldman, même s’il aurait mérité d’être un peu plus développé).

  3. Meilleur que le reboot techniquement (on voit qu’il y a eu une évolution entre 2011 et 2014) et scénaristiquement. Je trouve les thèmes comme la dictature ou le langage très bien amenés et terriblement ancrés dans les visions cauchemardesques du XXème siècle pour le premier. La dualité entre le père et le fils l’un ayant vécu avec les humains l’autre ayant l’image qu’on lui en a donné; et celle entre César le pacifiste et Koba le vengeur sont également bien amenés. On regrettera que les personnages sont finalement peu intéressants et servent de clichés de base. Mais comme je l’ai dit à mon cher camarade Olivier, dans la saga en dehors du premier volet et à la limite dans le reboot, les humains n’ont jamais eu une importance capital intérêt, servant d’utilité ou de méchant. Il n’y a pas eu dans les trois derniers volets de la saga initiale, un rôle aussi important que Charlton Heston puisque le point de vue était celui des singes. Pourtant cela ne choquait personne au contraire de ce volet. Ensuite Matt Reeves signe des scènes de guerilla assez impressionnantes pour du PG-13 et je pense notamment à l’exécution d’un singe en désaccord avec Koba où la caméra est placée en plongée pour montrer la chute vertigineuse avec le « crack » qui va avec. Une des grosses réussites d’Hollywood cet été avec Dragons 2 et Les gardiens de la galaxie.

    1. Je suis à 100 % d’accord avec toi : ce volet surclasse facilement le précédent. Puis je trouve que le côté prévisible nous permet davantage de partager la détresse des personnages. Je me suis dit « merde, encore une tentative d’armistice qui échoue » et là, tu as tout le poids de l’histoire qui te retombe sur les épaules. J’ai eu d’ailleurs les larmes qui me sont montés aux yeux à plusieurs reprises, autant pour la beauté de la mise en scène que pour l’intensité dramatique présentes dans certaines scènes.

    2. Et puis surtout comme la dit Matt Reeves dans une interview, on sait très bien ce qui va se passer. On le savait déjà avec le reboot. En tous cas, tout ce qui est dictature est réellement bien amené. Coup d’Etat, attentats, emprisonnement ou assassinats de membres trop proches de l’ancien dirigeant, emprisonnements de population…. Tout ce qui est dévoilé là rappelle bons nombres de dictatures survenues au XXème siècle qu’elles soient nazis, stalinienne ou autres. C’est en cela que certaines scènes du film n’en deviennent que plus glaçantes.

    3. C’est totalement vrai. La crédibilité avec laquelle est décrite l’entreprise putchiste de Koba participe réellement à notre immersion dans le récit.

  4. J’ai été étonnement plus convaincu par cette suite que par le reboot originel. Cette situation de tension entre le camp humain et le camp simiesque trouve tout son intérêt dans sa première partie. En terme de mise en scène, elle change tellement des expositions rushées des films de cette saison…

    1. Pareil que toi 🙂 La mise en scène est effectivement splendide. La séquence de chasse qui ouvre le film est juste magnifique en terme de réalisation.

  5. Cet opus comporte de nombreux atouts comme la séquence d’ouverture et le personnage de César. Ce qui en fait pour moi une grande réussite qui se complète bien avec le précédent film.

    1. Ahh ! La séquence d’ouverture… Déjà dans le remake de Let Me In, on sentait que Matt Reeves avait du talent en tant que technicien. Là, ça se confirme.

    1. Je n’irais pas jusque là. Ce rôle ne fera sans doute pas partie des plus marquants, mais il est loin d’être son plus anecdotique.

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