Critique : Les Vacances Du Petit Nicolas (2014)

Les Vacances Du Petit Nicolas 1

Vacances buissonnières.

Parce qu’elles nous tombent entre nos mains lors de notre passage en primaire, mais aussi parce qu’elles font l’objet d’une transmission générationnelle entre parents et enfants, les aventures du petit Nicolas immortalisent l’ivresse des jeunes années de milliers de français. « Je suis l’enfant de vos enfance, ou bien l’enfance de vos mémoire » clame d’ailleurs à juste titre le générique de la récente adaptation en série animée de ces courtes histoires qui mettent en scène autant de souvenirs que de fantasmes de gosse. Il y a cinq ans déjà, Laurent Tirard s’était atteler à extraire, non sans une certaine tendresse, la substantifique moelle des classes de l’écolier au tricot rouge. Après un séjour linguistique en Grande-Bretagne au cours duquel il a mis les talents d’Astérix et d’Obélix du même René Goscinny au service de sa Majesté, le réalisateur retourne du côté de la Douce France entonnée jadis par Charles Trenet afin d’illustrer les villégiatures de notre cher notre petite tête blonde crayonnée par Sempé. Coquillages et crustacés sont ainsi au rendez-vous de cette escale à l’hôtel Beau-Rivage, au sein duquel Nicolas sera ballottée par les moments d’égarement d’un papa qui rêve de voir sous les jupes des filles et d’une maman qui devient l’étoile filante d’un cinéaste italien érotomane, le tout mouillé par quelques péripéties épistolaires et une amourette incarnée par une inquiétante fillette échappée d’une toile de Keane. Plongeant les fantasmagories rétro de Wes Anderson dans le bain bouillonnant de références inattendues (Psychose et Shining pour ne citer que les plus évidents), Laurent Tirard imprime une carte postale versicolore et chaleureuse. Les bonnets de bain à fleurs et les trunks se dévoilent ainsi le long des plages sablonneuses de ce long métrage, participant, à l’image de centaines d’autres accessoires, à la parfaite reconstruction du rococo du « summer of the sixties ». Esthétiquement accompli, ce second épisode ne cesse pourtant d’être cahoter par le courant d’une narration décousue. Souhaitant visiblement illustrer l’ensemble des péripéties estivales vécues par le jeune héros et ses parents, le scénario, reprenant la forme du recueil dont il adapte très librement le contenu, s’éparpille dans de trop nombreuses sous intrigues, nous offrant alors cette sensation de ne jamais parvenir à atteindre l’horizon de la grande histoire dont on désirait qu’il s’approche. À titre de comparaison, l’adaptation des vacances du célèbre bagnard des salles de cours (le fameux élève Ducobu) était parvenu à concilier grands axes et petits segments narratifs. Peu d’éclat de rire viendront également se briser sur les côtes de cette sage suite, mais au moins peut-on se réjouir de ce nouveau Nicolas, interprété par Mathéo Boisselier, dont les traits aimables s’avèrent plus conforme à ceux de son modèle littéraire qui attend, quant à lui, sagement, sur les bancs de l’école, la transposition cinématographique qu’il mérite. (2.5/5)

Les Vacances Du Petit Nicolas 2

Les Vacances Du Petit Nicolas (France, 2014). Durée : 1h37. Réalisation : Laurent Tirard. Scénario : Laurent Tirard, Grégoire Vigneron. Image : Denis Rouden. Montage : Valérie Desseine. Musique : Eric Neveux. Distribution : Mathéo Boisselier (Nicolas), Valérie Lemercier (la maman de Nicolas), Kad Merad (le papa de Nicolas), Dominique Lavanant (Mémé), Bouli Lanners (M. Bernique), Judith Henry (Mme Bernique).

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24 commentaires

  1. Déjà que le premier n’était pas brillant, je n’ose imaginer sa suite qui plus est avec un autre gosse. Et puis j’en ai marre de nos chères grosses-productions à deux balles et essentiellement comiques.

  2. Pas voulu entamer mes vacances sur cette plage bien loin de l’humour de Goscinny et lointainement crayonnée par Sempé. J’attendrai une des multiples diffusions télés (sans doute au cours d’un prochain été).

    Pour rebondir sur l’avis de Borat, je suis tout autant consterné de a médiocrité des grosses productions françaises, que ce soit pour le ciné ou la télé. J’y pensais justement hier soir en regardant (pris en cours hélas pour moi) la mini-série allemande « generation war », bien plus aboutie visuellement que « un village français » pour rester dans le thème (même si j’aime bien cette série annuelle), plus proche d’un « band of brothers » version front russe.

    1. Un village français ça reste encore ambitieux, c’est pas du TF1. Mais hélas quand tu vois la gueule de ce qui est survendu à la télé ben merci. Rien que Pascal Légitimus qui se plaint qu’on assassine son film sur les réseaux sociaux (dernièrement) ou les critiques (à sa sortie), il donne typiquement le bâton pour se faire battre.

    2. De toute façon, la réalisation de la majorité des productions de la télé française est une horreur. Quand on regarde les séries américaines, anglaises, ou danoises comme Borgen, il y a un minimum de densité visuelle (placement de camera et focale) qui permet de ne pas avoir affaire à un vulgaire soap (techniquement parlant, cela s’entend). Mais chez nous, rien. À croire que l’on n’a jamais inventé le cinématographe. Même un Columbo est beaucoup plus abouti !
      Par ailleurs, je cite dans ma chronique Les Vacances De Ducobu, devant lequel je me suis largement plus marré. Mais techniquement, ce film est complètement à la ramasse.

    3. Côté Canal, ils essaient de faire un effort tout de même, de s’aligner sur le marché international (« Borgia » et compagnie). « Braco », en tant que « The Shield » à la française, se laisse voir, même si on est parfois dans une outrance gênante. « engrenages » c’est vraiment pas mal aussi. Par contre, j’ai tenté « Mafiosa » mais j’ai arrêté au bout de 4 épisodes tellement je trouvais ça horriblement appuyé.

    4. Je ne regarde pas les séries Canal. Pas que j’ai quoi que ce soit contre leur production, mais je ne dispose pas de cette chaine et j’accroche assez peu à leur concept, de prime abord. Ceci étant, le peu de chose que j’ai pu en voir allait dans le sens de ton analyse, et en effet, Mafiosa avait l’air d’être une série un peu too much.
      Sinon, en qualité de série Française, j’avais beaucoup apprécié Crimes en Série, avec justement Pascal Legitimus. Ce côté décalé, à la belge (c’était d’ailleurs un co-production) me plaisait beaucoup. Après, Fais Pas Ci, Fais Pas Ça reste un peu l’exception dans mon environnement télévisuel.

    5. Oui c’est fou de voir à quel point certains pays européens avec moins de moyens arrivent à faire mieux. Par exemple Real Humans est intéressante en terme de SF mais en France on prendrait des gants! 2flics tu peux les rattraper sur D8 et D17 les séries Canal et elles sont en dvd.;) J’ai vu Carlos d’Assayas pour Canal c’est autre chose qu’une série tf1. J’aime bien aussi Fais pas ci fais pas ça, c’est populaire mais ça ne prend pas le téléspectateur pour plus con qu’il n’est.

    6. D’ailleurs, en terme qualité globale dans la proposition de téléfilm, France 2 se situe plutôt dans le haut du panier en offrant notamment des contre-emplois très intéressants à beaucoup d’acteurs (je pense surtout à Bruno Solo avec le téléfilm sur Mendes France, l’excellent thriller Jusqu’à l’Enfer, et la minisérie Deux Flics Sur Les Docks avec Jean Marc Barr).

    7. J’avais bien aimé la série Signature avec Sandrine Bonnaire et Sami Bouajila. Mais il y a trop de policier. Dès qu’il y a une fiction à faire on va dans le policier parce que ça parle à tous. Mais à force de tirer sur la corde elle se brise.

    8. C’est surtout moins cher qu’une reconstitution historique ou une série SF. C’est pas demain la veille qu’on verra un équivalent de « Game of Thrones » produit par France Télévision. Les ambitions sont en effet très réduites. C’est sûr qu’une comédie comme « fais pas ci » permet de faire de l’audience sans dépenser trop.

    9. C’est vrai mais un peu d’ambition ne fait pas de mal. Je ne suis pas fan de Metal Hurlant Chronicles que j’ai trouve très mal dialoguée et doublée mais cela reste une tentative louable de science-fiction ou de genre plus simplement. Au moins Guillaume Lubrano s’est donné les moyens de faire quelque chose même imparfait. Or, les autres ne font pas grand chose autour.

    1. Oui, je comprend. Ce serait une perte de temps que d’accorder de l’attention à cette suite alors que tu n’as pas aimé le précèdent opus. Perso, j’avais plutôt apprécié sa première adaptation, et puis j’avais promis à mon petit frère de l’emmener le découvrir en salle.

  3. Je n’aurais pas eu le courage d’aller le voir, ca m’a l’air bien trop niais comparé au pourtant bon premier épisode. J’ai peur pour les futurs « Benoit Brisefer » et autres « Astérix » qui passeront à l’écran dans les mois à venir :p

    1. Je ne me fais pas de soucis pour Astérix & Le Domaine Des Dieux avec Alexandre Astier aux commandes. Par contre, Benoit Brisefer, autant j’étais séduit par les premières photos, autant la bande annonce promet quelque chose d’assez brouillon. Nous verrons bien…

  4. J’avais bien aimé le premier, et pourtant je suis hyper dure avec les comédies françaises. Sans doute la nostalgie d’une époque que j’ai connue… Et puis le petit garçon était tellement trognon ! Du coup l’épisode deux m’attire, mais je crains – et ça se confirme en te lisant – d’être déçue…

    1. Je fais également plutôt parti de ceux qui apprécient le premier Petit Nicolas. Je partais donc avec de bonnes intentions en allant découvrir la suite, mais je suis ressorti un peu déçu. J’aurais aimé que le récit ne s’éparpille pas sur de petites intrigues et qu’il offre une vraie histoire.

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