Critique : Princesse Mononoké (2000)

Princesse Mononoké 1

La belle des bois.

Incarnation d’une branche de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki est considéré, depuis ses premiers coups de crayon pour la Toei, comme l’égal de Walt Disney en son pays. Cependant, les relations houleuses entre les médias occidentaux et les fulgoropoings de la japanimation ne permettent pas à ses travaux de franchir les gouffres océaniques séparant le Japon du reste du Monde. Il faudra qu’un accord soit conclu entre la maison aux grandes oreilles et le studio Ghibli pour qu’enfin le grand public découvrent ses longs métrages. Princesse Mononoké devient alors le premier long métrage de Miyazaki à être exploité en salle aux États-Unis et en Europe, mais il apparait également être le dernier de cette nature pour ce vieux sage du dessin animé qui avoue ne plus avoir l’énergie nécessaire pour achever, seul, des projets de cette envergure. Il en faut effectivement, de l’énergie, pour tracer aussi fougueusement les lignes de cette éblouissante fresque sylvestre à travers les montagnes boisées qui couvrent la péninsule japonaise de l’époque médiévale. Ceci malgré l’âge avancé que compte son auteur au moment de sa réalisation, Princesse Mononoké était et reste aujourd’hui une œuvre profondément moderne, autant dans sa forme (magnifique) que dans son fond (superbe), précédant par la même d’une bonne dizaine d’année les préoccupations écologiques dont se nourrit le cinéma mondial à l’horizon du troisième millénaire. Ainsi, Hayao Miyazaki, héritier du traumatisme atomique du maitre Osamu Tezuka, s’attache plus que jamais à témoigner de cette précarité qui unit le monde sauvage et la civilisation humaine, non sans pour cela nuancer remarquablement la posture morale de ses personnages. Ce regard bienveillant et dépourvu de manichéisme qu’il pose sur eux révèle tout autant la sensibilité d’un auteur humain qui se refuse d’adopter la posture de l’inquisiteur, que l’optimisme dont est emprunt son univers, nous offrant par la même l’opportunité de comprendre les postures de ses protagonistes, parmi lesquelles l’imposante Dame Eboshi, souveraine dissidente à l’ordre féodal de l’empereur qui ignore aucunement les sacrifices faits par elle-même et par les siens afin d’acquérir l’indépendance politique et économique qu’elle souhaite, quand bien même cela exige la destruction de toute une forêt. Dans cette cavité faite de bois, de feu et de sang dans laquelle le jeune Ashitaka vient cherche les origines du mal qui le ronge, le bien et le mal constituent les deux faces indissociables de l’Homme et du Monde. Une vision que le réalisateur prolonge à l’image en faisant se côtoyer, dans un même mouvement, des paysages d’une impressionnante beauté et des éclats de violence d’une renversante ardeur. En plus de revêtir les somptueux habits d’une narration vive et intelligente, Princesse Mononoké propose une épopée graphique de toute beauté. Sans nul doute la porte idéale pour pénétrer dans le vaste royaume de ce grand maitre de l’animation qu’est Hayao Miyazaki. (5/5)

Princesse Mononoké 2

Mononoke-Hime (Japon, 1997). Durée : 2h14. Réalisation : Hayao Miyazaki. Scénario : Hayao Miyazaki. Image : Atsushi Okui. Montage : Hayao Miyazaki, Takeshi Seyama. Musique : Joe Hisaishi. Distribution Vocale (VO) : Yoji Matsuda (Ashitaka), Yuriko Ishida (San), Akihiro Miwa (Moro), Yuko Tanaka (Dame Eboshi), Kaoru Kobayashi (Jiko), Sumi Shimamoto (Toki). Distribution Vocale (VF) : Cédric Dumond (Ashitaka), Virginie Méry (San), Catherine Sola (Moro), Micky Sébastian (Dame Eboshi), André Chaumeau (Jiko), Adèle Carasso (Toki).

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33 commentaires

  1. Certainement mon préféré d’Hayao Miyazaki. Un véritable chef d’oeuvre qui devait initialement être le point d’orgue de la carrière du réalisateur, alors en passe de prendre sa retraite. Un film choc, son plus violent depuis Nausicaä et ne faisant aucune concession: bras découpés, têtes qui tombent, dieu qui tue suite à un blasphème, jeune homme condamné à la mort. Sans compter cette description de l’amour impossible avec un être voué à la mort et une femme qui ne peut fuir son clan. A cela, rajoutons la partition incontournable de Joe Hisaïchi. Un indispensable de l’animation.

    1. Miyazaki voulait surtout prendre un peu de distance, ne plus être présent à toute les étapes de la production.
      Il ne me reste plus qu’à découvrir les autres films du maitre, et je pense me laisser tenter par Nausicaa.

    2. Il avait tout de même annoncer sa retraite et il avait été très fatigué par la production de ce film.Mais la mort du réalisateur de Si tu tend l’oreille l’a meurtrie et il est revenu avec Chihiro.
      Nausicaä est très violent ici et malgré sa fin est très pessimiste.

    3. Je cite : « Je crois que c’est le dernier film que je ferai de cette manière. » À l’époque, les medias japonais ont transformé cette phrase en affirmant que Miyazaki souhaitait prendre sa retraite, alors qui entendait juste ne plus être présent à toutes les étapes de la productions de ses longs métrages.

    4. En attendant c’est qui était resté et il n’était pas vraiment question qu’il reprenne du service. D’autant que le film a été épuisant et que les premiers ordinateurs ont été installé à Ghibli. Après de toutes manières et on l’a vu récemment, les studios Ghibli ne parviendront certainement à passer après la retraite de ses deux créateurs.

    5. Je ne fais que reprendre ce qui est dit, ici et là, concernant les déclarations qu’il avait tenu et qui avait été reprise à l’époque par la presse japonaise.
      Pour ce qui est du futur de Ghibli, rien n’est encore joué. Miyazaki, Takahata et consort sont assez sages pour prendre la décision qui sera, sans doute, la bonne pour l’avenir de leur studio.

    6. Ghibli n’a pas l’intention de stopper la production d’anime, mais va se concentrer sur les courts. On aura droit encore à « souvenir de Marnie » pour saluer leur dernier long métrage.

    7. Réalisé par Yonebayashi, il ne sera peut-être pas aussi flamboyant que les deux derniers chef d’œuvres des grands maîtres du studio, mais ce sera tout de même certainement un bel au revoir.

  2. Alors bon, je ne suis pas du tout fan des films d’animation japonais (non ! non ! ne me lapidez pas, je viens de prendre une douche), mais celui-ci est tout simplement beau dans son esthétisme, grandiose dans sa réalisation et magnifique dans son histoire. Mononoké mamarké…

    1. Mais la pierre possède une vertu exfoliante, c’est bien mieux qu’une simple douche à l’eau. Tu verras, tu auras la peau toute douce après 😉

    1. Nous sommes sur la même longueur d’onde 🙂 Sinon, étant donné que c’est mon tout premier Miyazaki, je n’ai pas encore de préférence. Mais je découvrirai un à un ses films, ça, c’est sûr !

  3. Il faudrait que je le revoie. Ma découverte date d’une dizaine d’années et c’était mon premier Miyazaki. J’avais trouvé ça beaucoup trop long, à l’époque, superbe graphiquement sans doute, mais pas génial sur le fond. Maintenant, ou disons depuis, mes goûts cinéma ont BEAUCOUP évolué. Il mériterait donc une deuxième chance.

    C’est quoi cette histoire d’accord Disney / Ghibli ???

    1. Nos goûts et nos critères en matière de cinéma évoluent sans cesse. Je pense donc que tu peux lui accorder une seconde chance 🙂
      Concernant l’accord avec Disney, cela date de la seconde moitié des années 90. Disney a alors conclu un accord pour distribuer les films du studio Ghibli en Amérique et en Europe. Une belle manœuvre pour que les productions de ce studio n’entrent pas en concurrence économique avec celle de Disney.
      D’ailleurs, si tu examines attentivement les mentions écrites imprimées au dos des boitiers dvd et bluray des films Ghibli, tu y trouveras le nom de Walt Disney Entertainement (ou Buena Vista).

    2. Il faut aussi préciser qu’avant cela Miyazaki a décliné toute proposition pour distribuer ses films à l’étranger, suite au saccage de Roger Corman sur Nausicaä.

    3. Merci à vous, 2flics et Borat, pour ces précisions 🙂

      Effectivement, je crois qu’on peut remercier Disney d’avoir rendu possible l’arrivée de ces films jusqu’à nous. Même si, au passage, ils gardent une possible concurrence sous contrôle. Je pense qu’il y a du respect de part et d’autre entre ces deux géants de l’animation.

  4. Très bonne chronique ! Mon préféré de monsieur Miyazaki avec Le Voyage de Chihiro, l’affrontement que tu cites entre la beauté et la violence étant d’une puissance radicale, je suis toujours bouche-bée devant cet animé, vais peut-être craquer pour le Blu-Ray tiens ^^

    1. Concernant le bluray, si côté bonus, il n’y a pas grand chose, côté son et image, en revanche, c’est le top. Je pense que c’est un achat, sinon indispensable, au moins de qualité.

  5. Je suis complètement passée à côté de ce film ; j’avais l’impression de ne rien comprendre, côté culture japonaise, qu’il me manquait plein de connaissances pour comprendre la symbolique. Par contre, j’avais ADORE Le voyage de Chihiro.

  6. Excellente critique sur ce grand classique (Disney devrait d’ailleur songer à sortir les films de Miyazaki avec ce label), ca me donne envie de revoir le film pour le coup 😀
    J’ai hâte de connaitre ton opinion sur « Kiki la Petite Sorcière » ou « Ponyo »!

  7. Ah Princesse Mononoké, c’est avec ce film que j’ai découvert l’univers de Myiazaki. Sans aucun doute mon préféré, pour les musiques, sa morale avec la nature, et surtout avec cet univers absolument fabuleux !!

    1. En effet, une magnifique musique écrite par l’un des compositeurs de cinéma les plus merveilleux au monde (juste derrière John Williams, évidemment 😉 ).

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