Critique : Zulu (2013)

Zulu 1

Black to the past.

Après avoir transposé à deux reprises les aventures exotiques du richissime Largo Winch, Jérôme Salle, le plus américain des réalisateurs français, adapte le roman à succès de Caryl Ferey. Zulu marque donc la quatrième réalisation du cinéaste, qui s’emploie, une fois n’est pas coutume, à développer un polar très noir dans le plus pur style du cinéma hollywoodien. Pour cela, il puise, dans les sombres pages dans lequel le romancier français choisit d’exhumer les vestiges de l’Apartheid, les éléments les plus atroces pour faire ressortir toute la noirceur du propos qu’il tient à tenir face au spectateur. Le duo de flics, deux écorchés vifs incarnés à l’écran par deux acteurs de couleurs et d’âges différents, portent sur leurs larges épaules les profondes blessures de l’ancien régime et les sacrifices de la réunification, ainsi que cette terrible castration qu’elle entraine chez ceux qui ont été, autrefois, opprimés par les sentinelles de la doxa politique du développement séparé. Pour cela, Jérôme Salle et son fidèle scénariste, Julien Rappeneau, mettent en scène des personnages aux parcours tragiques et une histoire de meurtre coupée à la drogue et au secret politique, le tout plongé dans une mégalopole à l’environnement encore hautement criminogène. Très classique, la marche que nous entreprenons dans ces ténèbres-là n’en demeure pas moins extrêmement pesante. Ce long métrage ne fait d’ailleurs aucun cadeau à ses personnages. Il les immobilise, il les moleste, il les frappe, en plein cœur, parfois jusqu’à l’excès afin qu’il n’en ressorte aucune noblesse de ce combat face à un ennemi intime. On comprend parfaitement les vastes et belles intentions narratives que tente d’atteindre le récit en souhaitant s’extraire du simple fait divers afin d’évoquer le caractère persistant du traumatisme sur lequel se construit la nouvelle Afrique du Sud en illustrant, entre autre, l’impossible renaissance des deux inspecteurs vaillamment interprétés par un Orlando Bloom enfin retrouvé et un Forest Whitaker en pleine possession de son ténébreux personnage. Cependant, nous retiendrons de ce polar, par ailleurs fort majestueusement photographié, le caractère glauque de sa mise en forme et le choc produit par certaines scènes particulièrement sanglantes, mettant par la même à l’épreuve toutes les âmes, mêmes celles rompues à ce type d’effet. Finalement, entre l’absence de concession et le racolage graphique, il n’y a qu’un pas que Jérôme Salle ose franchir, se complaisant, quelque part, de pouvoir rivaliser avec la force de frappe des plus grandes productions du genre. Ainsi, par la marque d’un montage qui privilégie parfois les marques de l’horreur à celle d’une écriture plus dense et subtile, Zulu ne semble malheureusement se résumer qu’à cette volonté d’impressionner et de choquer le spectateur. (2.5/5)

Zulu 2

Zulu (France, 2013). Durée : 1h51. Réalisation : Jérôme Salle. Scénario : Jérôme Salle, Julien Rappeneau. Image : Denis Rouden. Montage : Stan Collet. Musique : Alexandre Desplat. Distribution : Forest Whitaker (Ali Sokhela), Orlando Bloom (Brian Epken), Tanya Van Graan (Tara), Natasha Loring (Marjorie), Conrad Kemp (Dan Fletcher), Patrick Lyster (le docteur Joost Opperman).

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12 commentaires

  1. Belle analyse mais je ne suis pourtant pas trop tenté par ce Jérôme Salle, un peu échaudé je fus par ses pitoyables bonderies de « Largo Winch » et son miteux « Anthony Zimmer ». Pour moi, il n’y a qu’un seul Zulu qui vaille, celui de Cy Endfield.

    1. Tout comme Prince, n’est pas Zulu qui veut, Cy. R Enfield & rien d’autre 🙂
      Le film de Salle inspirait la curiosité, au final c’est d’une banalité sans nom. Quant à la prestation d’Orlando Bloom en flic alcolo ( encore un, un de plus ) je ne partage pas l’avis général, en ce qui me concerne c’est juste pitoyable. 😦

    1. La tentative est louable, c’est vrai. Mais pour ma part, le sujet est déjà pesant, et le film le rend encore plus avec une violence frontale qui, pour moi, a été difficile à encaisser.

    1. C’est peut-être moi aussi qui sature un peu niveau violence. Mais j’ai trouvé l’expérience très pesante, que cela soit au niveau graphique qu’au niveau du récit.

  2. Bonjor 2flicsamiami, ce que j’ai aimé dans ce film pas parfait (loin de là), c’est l’interprétation d’Orlando Bloom dans un registre autrement différent de ce qu’il joue d’habitude. J’ai découvert un acteur. Forest Whitaker est vraiment très bien (comme d’habitude). Bonne après-midi.

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