Critique : Horns (2014)

Horns 1

Horn to be wild.

Alexandre Aja est l’un des rares cinéastes français à être parvenu à s’imposer durablement au sein du système hollywoodien. Une carrière à l’échelle mondiale lui a depuis tendue les bras – avec le succès qu’on lui connait – au prix malheureusement d’un pacte tacite avec les producteurs américains, vouant alors son âme à une pleine et entière servitude à cette politique du remake à laquelle ils plient leur septième art. Ainsi, coup sur coup, le jeune français rabote la Colline de Craven, monte un palais de Mirrors aux reflets à peine plus séduisants que ceux proposés par son modèle Coréen, apporte une autre dimension aux Piranhas de Joe Dante, et intériorise le parcours criminel d’un Maniac, dont il réserve cependant la réalisation à son ami Frank Khalfoun. Malgré cette énergie et cette révérence aux grandes œuvres horrifiques de son enfance, on brûle d’envie de savoir s’il peut s’enquérir d’une nouvelle liberté artistique, ou s’il est définitivement condamné à être ce petit malin qui ne trouve la grâce divine uniquement dans le recyclage de soupe en vieux pots. Aujourd’hui, l’adaptation dont il livre du roman de Joe Hill, premier long métrage du réalisateur depuis Haute Tension à reposer sur des fondations extra cinématographiques, nous offre une des clés à cette énigme. Sortant des sentiers battus du thriller surnaturel et du fantastique, Horns se penche sur un jeune ado qui, accusé d’avoir ôté la vie à sa promise, voit le démon pointer le bout de ses cornes au sommet de son front. Expression de cette culpabilité qui le ronge, cette protubérance réveille également la part du diable qui siège chez ceux qui ont le malheur de croiser son chemin parmi lesquels se cachent d’ailleurs peut-être le véritable assassin de son amour de jeunesse. Les effets pervers de cette métamorphose met en lumière le péché du cinéaste pour la parodie et la dérision, nous offrant quelques délicieuses diableries au goût de donut et d’héroïne. Néanmoins conscient que ces douces méchancetés ne font pas un film, Aja évite les ornières du cinéma potache et décomplexé pour déboucher sur une magnifique clairière, où la nostalgie du temps qui passe et de la jeunesse éternelle à laquelle aspirait le jeune couple résonne sous l’arche pop d’un immortel cantique de David Bowie. Ces moments d’accalmies nous révèlent alors un cinéaste sensible, rampant délicieusement vers l’épouvante mélancolie dont a été visiblement biberonné le rejeton romancier du père King. Il faut dire que les corps maudits dont Aja illustre la descente aux enfers sont habités par deux très bons comédiens. Daniel Radcliffe, qui avait démontré sa maturité pour arpenter les sentiers occultes du cinéma de genre avec La Dame En Noir, occupe ici un rôle à sa mesure, tandis que l’incandescente ingénue du cinéma white-trash américain, la superbe Juno Temple, est la partenaire idéale pour nous envoyer au septième ciel. Cet havre, empreinte du cinéma gotique à la française, et point d’équilibre d’un récit séduisant mais dépourvu de surprise, est malheureusement profané par un final sacrifié sur l’autel du grand spectacle, étouffant ainsi les flammes de cette virée infernale dans les gorges de l’Amérique profonde. (3.5/5)

Horns 2

Horns (États-Unis, 2014). Durée : 1h59. Réalisation : Alexandre Aja. Scénario : Keith Bunin. Image : Frederick Elmes. Montage : Baxter. Musique : Robin Coudert. Distribution : Daniel Radcliffe (Ig Perrish), Juno Temple (Merrin Williams), Joe Anderson (Terry Perrish), Max Minghella (Lee Tourneau), Kelli Garner (Glenna Shepherd), James Remar (Derrick Perrish), Kathleen Quinlan (Lydia Perrish), Heather Graham (Veronica), David Morse (Dale Williams).

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20 commentaires

  1. Ce film a ses défauts (notamment un scénario trop prévisible) mais le film m’a vraiment divertie, je l’ai trouvé assez fun, le mélange des genres est efficace, la place des images religieuses intéressante (bien qu’un peu appuyée par moments) et Radcliffe décidément très bon depuis « La Dame en Noir ».

    1. Complètement d’accord avec toi. Je suis vraiment entrée dans le trip du film, même si l’on devine l’identité du tueur à des kilomètres.

  2. Je l’ai vu aussi, mais j’ai franchement très moyennement accroché. L’impression de voir plusieurs films en un, avec un côté « Bisounours » qui ne va pas franchement avec les blagues crues et le côté gore. Dommage, parce que l’idée de départ me plaisait bien et c’est vrai que j’ai plutôt rigolé parfois… la scène de révélation avec la mère, par exemple. La fin m’a paru assez interminable, aussi.

    Bref, je ne le saquerai pas, mais ça ne restera pas mémorable pour moi.

    1. « Gore » > mouais, on peut pas dire que le film soit gore. Mais concernant la manière d’opposer la vision d’un « Eden » avec celui d’un « Enfer », cela m’a bien plu. Mais après, c’est sûr, on entre dans le trip ou pas.

    1. Merci 🙂 Mais il faut qu’on arrête de se faire des éloges, les gens vont se douter de quelque chose 😉

  3. Ce fut finalement la promo’ qui m’a appris qu’Alexandre Aja était … Français. Pourtant, le film respire à 100% la trame d’une production d’Hollywood. Rien de très séduisant à mes yeux malheureusement. Peut-être, un jour, au détour d’une rediff’, Horn sera une parenthèse. Le temps d’une soirée.

    P.S. : Félicitations pour ces jeux de mots maîtrisés. Je te les jalouse !

    1. Merci 🙂 En effet, Alexandre Aja est français, c’est le fils du réalisateur Alexandre Arcady.
      Sinon, au vu de la sensibilité que tu affiches sur ton blog, Horns est le genre de film qui pourrait vraiment te plaire.

  4. « Douces méchancetés »… voila un terme qui décrit très bien le film pour moi. Un film trash pour le mainstream, mais bien sage au niveau film de genre, même si il a pour lui beaucoup de bonnes idées.

  5. Un très beau papier pour un film à moitié réussi me semble-t’il. Au contraire de toi, j’ai apprécié la fin du film qui se transforme en série B. En revanche, je suis plus réservé sur la partie plus mélancolique, malgré de beaux moments. D’accord sur la qualité des acteurs, mais le film n’est pas suffisamment abouti (peut-être aussi est-il trop long).

    1. La longueur exacerbe peut-être cette impression de film partiellement inabouti. Je me suis fait la même réflexion que toi sur ce point.

      Après, concernant les préférences des parties, c’est là une question de point de vue et d’attente. Pour ma part, je trouvais audacieux qu’Aja s’épanche comme il l’a fait sur les sentiments, lui qui est un cinéaste dont l’attitude se rapproche davantage du cinéma gore bis. À ce titre, il a su me convaincre de son talent de conteur d’histoire romantique.

  6. Film assez riche avec beaucoup d’idées en effet, hélas pas toutes bonnes (certains serpents numériques me restent en travers de la gorge). Mais en termes de divertissement, il a plutôt bien fonctionné avec moi, je n’ai pas vu venir tous les rebondissements (trop focalisé sur la compréhension de la situation pour ne pas voir quelques gros indices ça et là, sans doute). Mais certains passages vraiment violents, je confirme (la voiture en feu, une tête explosée au fusil à pompe lors d’un final assez costaud…). Au final, un mélange de genre intéressant, et un film de toute façon sympathique.

    1. Il n’y a donc pas que dans la gorge de Minghella que les serpents ont beaucoup de mal à passer 😉 En tout cas, l’effort produit par ce cinéaste, dont le talent est conscrit aux remakes, mérite d’être salué.

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