Critique B.O. : The Judge

The Judge BO 1

Un nouveau cas d’école.

Avant-propos : n’ayant pas encore découvert le film, cette chronique s’appuie uniquement sur le score ainsi que sur les diverses informations disponibles autour du film et de son contenu.

Depuis le succès d’American Beauty, Thomas Newman plaide la cause de la musique à tendance atmosphérique, abandonnant la puissance lyrique de ses premières œuvres au profit de mélopées éphémères qui se perdent dans le flot de vaporeuses nappes de cordes. Ainsi, à contrario de certains de ses camarades appartenant à la même génération, son style, dans l’air d’un temps où les scores envahissent davantage l’espace filmique qu’ils ne le transcende, lui a permis de prolonger, à l’envie, son mandat de bâtonnier du mélodrame, tant et si bien qu’il parvient aujourd’hui de moins en moins à surprendre nos oreilles béophage. Commis à défendre le dernier ouvrage de David Dobkin, il racle inlassablement les fonds de tiroir de son secrétaire et adopte, sans surprise aucune, la même ligne de défense qui lui avait valu, jadis, les faveurs du grand jury. À la barre de ce drame juridique, il construit donc une musique intérieure, pop, aérienne et délicatement lambrissées, rappelant les vallons boisés de l’Indiana parcourus par ce héros tentant d’affermir un arbre généalogique infecté. Ainsi, basse et guitare folk côtoient cordes et piano, accompagné de quelques fantaisies (du koto !?) ainsi que par l’exotisme d’une vocalisation aux accents hindous extraite de son récent séjour au Marigold Hotel. La grande variété d’instruments qu’il met à sa propre disposition sert une très large proposition de motifs, dont les lointaines complaintes du hautbois constitue le (seul) dénominateur commun. Evidemment, difficile, en tant que fan inconditionnel de l’auteur, d’émettre de véritables objections à l’encontre de cette jolie partition dont la candeur des ballades demeure excessivement communicative. Indiana, Samantha, Shelby Rd., Carla’s Father, Ten Speed, Night Fit (Velvet Box) sont ainsi autant de belles réussites qu’elles nous conduisent paisiblement vers un titre de clôture (Wabash River Float) faisant montre, comme de coutume chez ce compositeur, d’une douce énergie. Cependant, sa constance dans son témoignage musical force autant le respect d’une identité toujours plus affirmée, que l’indignation devant cette confortable et complaisante posture esthétique sous laquelle il enterre son inspiration. En se contentant ainsi de copier-coller plus ou moins invariablement ses précédentes œuvres, Thomas Newman condamne finalement sa virtuosité à un inévitable sursis. (3/5)

Sortie Album : 07/10/2014. Sortie Film (France) : 22/10/2014. Édition : Water Tower Music. Format : Digital. Compositeur : Thomas Newman. Durée : 47:25.

The Judge BO 2

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2 commentaires

  1. Je serais tenté par une écoute sans avoir vu le film. Newman à bien ses tics d’écriture, mais il a le bon gout de faire dans la sobrièté la plupart du temps. Pour ma part, son travail récent qur « Saving Mr. Banks » m’avait scotché 🙂

    1. C’est le genre de compositeur dont on peut apprécier très facilement les partitions sans avoir vu le film.
      Concernant son score pour Saving Mr. Banks, je le trouvais, au départ, beaucoup trop proche de ce qu’il a l’habitude de nous proposer. Mais, au fil des écoutes, il y a de petites nuances qui font que je l’apprécie aujourd’hui davantage qu’hier.

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