Critique : Jupiter – Le Destin De l’Univers (2015)

Jupiter Le Destin De l'Univers 1

Espace de curiosités.

Dans une galaxie pas si lointaine, un changement brutal de la gravité cinématographique a bouleversé le système Wachowski. Pompier et béat disent certains, rafraichissant et audacieux clament les autres, leur cinéma a en tout cas cessé d’être le centre du monde pour de nombreux spectateurs depuis le choc rétinien provoqué par la supernova pop japonaise Speed Racer. Une terrible disgrâce qui a conduit à la révision du géocentrisme de leur œuvre matricielle, et réduit leur vertigineux récit trans-temporelle, Cloud Atlas, a demeurer, bien injustement, sur la face cachée de l’histoire du grand spectacle américain. Ces génies incompris (ou trop compris) ne renverseront malheureusement pas les lois de la physique par les aventures intergalactiques de Jupiter Jones (Mila Kunis, hébétée), charmante bonne contrainte de baisser la tête et faire briller la faïence de l’aristocratie new-yorkaise, alors qu’elle ne songe qu’à lever ses yeux vers ces étoiles l’unissant à son défunt père, astrologue russe victime du totalitarisme communiste. Mais celle qui repose dans la cendre va voir définitivement son existence basculer lorsque se révèle à elle sa récurrence génétique avec une ancienne souveraine de l’univers, ainsi que la concupiscence crasse de ses trois héritiers. Lana et Andy Wachowski maintiennent bien évidemment ce récit sur les grands axes du space-opera à papa, avec écosystèmes exotiques, monstres baroques et sombres manœuvres politiques. Cependant, tout l’art dont le tandem s’est fait une spécialité est de broder quantités d’images et d’influences aux antipodes les unes des autres. Ils rêvent de guerres des étoiles et de Brazil. Ils se paient la tête de Terry Gilliam et des grandes figures du conte européen. À l’image de leur précédents travaux, Jupiter – Le Destin De l’Univers est un joyeux bordel intergalactique, un bazar de l’espace dans lequel se brocante serviettes hygiéniques et faces de céphalopodes. Cet esprit bâtard, c’est leur identité. Ce cabinet de curiosité est le pur reflet de leur amour pour les personnages boiteux et marginaux, pour ces conflits d’identité et cette confusion des genres qui les constituent et les érigent en figure anti-totalitaire, pouvoir ici incarné par des cochons capitalistes aux postures crypto-gay et vocalises bronchitiques (Eddie Redmayne, au jeu outrageusement corseté). Certains décèleront derrière cette esthétique steampunk des corps, des idées et des univers, une vraie sensibilité et une intelligence au diapason de la virtuosité technique et musical dont le film fait régulièrement l’étalage. D’autre trouveront cette débauche d’artifices bien vaine face à la piètre profondeur des motivations affichées par les protagonistes et leurs nemesis. Enfin, il y aura celles et ceux qui se situeront au milieu de cette bataille, commuant la faiblesse des enjeux par l’effervescence des intentions émises par un duo à nul autre pareil dans la galaxie cinématographique. (3/5)

Jupiter Le Destin De l'Univers 2

Jupiter Ascending (États-Unis, 2015). Durée : 2h07. Réalisation : Andy Wachowski, Lana Wachowski. Scénario : Andy Wachowski, Lana Wachowski. Image : John Toll. Montage : Alexander Berner. Musique : Michael Giacchino. Distribution : Mila Kunis (Jupiter Jones), Channing Tatum (Caine Wise), Eddie Redmayne (Balem Abrasax), Sean Bean (Stinger Apini), Douglas Booth (Titus Abrasax).

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14 commentaires

  1. Eh bien voilà LA critique appétissante qui pourrait bien faire basculer mon scepticisme naturel face à l’œuvre des frangin/frangine vers une envie soudaine de quitter ma réserve boudeuse, histoire de vérifier si la SF pompière des Wachowski mérite une telle prose si joliment ornementée.

    1. Heureux d’avoir pu t’apporter cette impulsion qui te manquait jusqu’à alors pour aller découvrir ce bazar intergalactique 🙂 Tu pourrais peut-être l’apprécier, d’autant plus encore si tu as un penchant pour leur univers.

  2. Le film a des défauts (3d nuisible, méchants ridicules, ton culcul) mais c’est un spectacle agréable. Comme je le disais à mon ami m’accompagnant « je m’attendais à mieux mais je ne suis pas déçu ».

    1. Eh oh ! Laisse mon culcul tranquille 😉 Sinon, tout pareil que toi, je m’attendais à mieux, mais je n’ai pas été déçu.

  3. Comme tu le sais, j’ai eu énormément de mal avec ce film, je n’ai rien aimé (ni l’histoire, ni les acteurs, ni les méchants bidons, ni l’humour, nada), même pas le visuel qui a fini par m’épuiser. Pourtant je n’ai rien contre les Wachowski.

    1. Je comprend. C’est un film plus exigeant que prévu dans le sens où il faut accepter bien des défauts pour pouvoir y prendre du plaisir, et adopter le point de vue propice à y trouver un intérêt autre que simplement plastique.

  4. Ah enfin une critique sinon positive, plus nuancée sur le film! Peut-être trop chargé, trop désuet, trop fantasque: faut croire qu’une certaine idée de la SF rend les spectateurs frileux… ou alors est-ce moi qui ai définitivement perdu la boule en avouant avoir grandement aimé ce space opéra?!

    1. Je comprends ceux qui ont été totalement éjecté par le film, la mise en scène, les personnages et leurs interprétations. Mais je pense aussi que le film est mal compris parce qu’il est plus intelligent qu’il ne le laisse paraître, qu’il remet en cause, dans sa propre forme, la société consumériste. C’est un film maladroit mais très loin d’être inintéressant.

  5. Ton engouement pour la technique ne me surprend pas, il y a en effet matière à disserter sur la multiplicité des influences. Je pense m’inscrire dans la tendance des moyens moins, l’univers n’existant finalement que pour cet aspect visuel. Le fond et les personnages restent trop brouillons pour me convaincre, et après les gardiens de la galaxie, je pense qu’on ne peut plus vraiment tolérer des clichés qui se prennent au sérieux à ce point (les chroniques de Riddick seront une des rares exceptions dans le domaine du space opera).

    1. C’est vrai que l’univers visuel de Jupiter fait beaucoup penser aux Chroniques de Riddick.
      Pour le reste, je comprends tout à fait les nombreux reproches que tu lui adresses.

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