Critique : Bob l’Éponge, Le Film – Un Héros Sort De l’Eau (2015)

Bob l'Éponge Un Héros Sort De L'Eau 1

Avis de tempête.

Forban de l’audiovisuel pillant impunément la matière grise enfermé dans le coffre crânien de nos chères petites têtes blondes, Bob l’Éponge croque pourtant, avec intelligence et mordant, les comportements sociaux de notre société. En une quinzaine d’année, ce métazoaire jaune créé par un professeur de biologie marine (Stephen Hillenburg) est ainsi devenu une icône de la contre culture autant qu’un phénomène populaire qui a rapidement fait grossir le trésor de la maison Nickelodeon. Cependant, depuis quelques années maintenant, l’insubmersible programme mouille sa plume dans une eau beaucoup plus tiède dont ce second long métrage hisse malheureusement les couleurs. À la barre de ce projet, on retrouve Paul Tibbitt, scénariste du premier long métrage et réalisateur d’une centaine d’épisodes de la série. Pour sûr, le timonier n’est pas né de la dernière marée. Il connait ses gammes, sur le bout des doigts. Larguant ses amarres sur une mer dont il connait la moindre houle, le réalisateur aborde donc l’esprit moelleux des spectateurs par un arsenal comique dont l’efficacité, largement éprouvée sur le petit écran, assure, à son vaisseau, sa robustesse. Ainsi, lorsque le capitaine lève les trappes des sabords pour faire pétarader ses fûts, il fait pleuvoir une énergie faite du même bois que la structure raboutant la série mère, la canonnade de grimaces et de pantalonnades absurde débagoulée par l’équipage présent à l’écran faisant prendre à leur quête pour retrouver la célèbre recette du pâté de crabe, évaporée entre les mains pour une fois innocentes de l’odieux Plankton, une toute autre dimension fort agréable à l’oeil. La pitoyable larve-cyclope, aux desseins aussi noirs que ceux de Sauron, se présente d’ailleurs, sans conteste, comme la figure de proue comique de cette aventure dont l’itinéraire obéit, sans complexe, au thesaurus du Voyageur Galactique édicté par Douglas Adams – notamment lorsque l’équilibre de l’univers se trouve sous la tutelle d’un sage cétacé. Cette joyeuse croisière cinématographique aura donc peu de peine à dessiner de beaux sourires sur la trogne des jeunes moussaillons français pour qui l’éponge fait figure d’exception humoristique dans un paysage télévisuel encore peuplé de bibendums colorés ductiles et d’espionnes de choc. Néanmoins, du haut de notre vigie, on constate que Bob l’Éponge, Le Film – Un Héros Sort De l’Eau fait régulièrement tête, les vents contraires produits par son scénario retenant, au même titre d’ailleurs que la présence antalgique d’Antonio Banderas, toujours ancré dans cette même agaçante énergie qui le faisait déjà se frotter à la couenne tannée de la bande à Stallone, sa progression. Au final, bien que la fraicheur de cette brise marine fait régner sur le pont une contagieuse euphorie, il se dégage, après réflexion, un léger goût d’inachevé. (3/5)

Bob l'Éponge Un Héros Sort De L'Eau 2

The SpongeBob Movie –  Sponge Out Of Water (États-Unis, 2015). Durée : 1h33. Réalisation : Paul Tibbitt. Scénario : Glenn Berger, Jonathan Aibel. Image : Phil Meheux. Montage : David Ian Salter. Musique : John Debney. Distribution Vocale (VO) : Tom Kenny (Bob l’Éponge), Bill Fagerbakke (Patrick l’Étoile De Mer), Clancy Brown (M. Krabs), Rodger Bumpass (Carlo Tentacule), Doug Lawrence (Plankton), Carolyn Lawrence (Sandy l’Écureuil). Distribution Vocale (VF) : Sébastien Desjours (Bob l’Éponge), Boris Rehlinger (Patrick l’Étoile De Mer), Michel Bebetti (M. Krabs / Plankton), Michel Mella (Carlo Tentacule), Hélène Chanson (Sandy l’Écureuil). Distribution : Antonio Banderas (Steak Barbare).

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20 commentaires

  1. ça m’a l’air bien rigolo tout ça, surtout quand c’est toi qui racontes. Car quand on voit la bande-annonce, on a plutôt l’impression que l’humour touche le fond. Mais si on me donne à choisir entre Clint et Bob, honnêtement je jette l’éponge. 😉

    1. Oscar pour ce jeu de mots détrempé.

      Visiblement, Bob n’a pas séduit suffisamment. Mon frère a été le voir … sans véritable réaction. Alors que le précédent lui avait fait passer un bon moment.

    2. C’est bien, vous revenez en forme les gars 🙂

      J’ai d’ailleurs revu le premier film peu après la projection, et je l’ai trouvé bien mieux écrit et bien mieux tenu en terme de rythme. Je ne peux donc que confirmer les impressions de ton frère.

  2. La série m’insupportait tellement. Je n’ai jamais compris cette histoire d’éponge, d’étoile de mer et de crabe. Ca ne m’a jamais fait rire et j’ai jamais compris cette mode adolescente (apparemment c’était cool, si les gens le disent). Pour ne rien arranger, je fais un blocage quand je vois des animaux ou objets qui parlent. Enfin pas tout le temps mais quand même souvent. Bref, c’est pratiquement sûr que je n’irai pas voir le film.

    1. Le traumatisme de l’éponge ! Hmmm… bizare. Bien souvent, ce sont les hommes qui sont touchés, lorsque tintent les verres et cognent les assiettes dans l’évier.

    2. Tu as raison. Selon 60 Millions de Consommateurs, 23% des lave-vaisselle Whirlpool refusent de faire ce pourquoi elles sont conçues – contre 11% chez Bosch.

    1. Il est vraiment sympa comme film, mais avec Bob l’Éponge, je suis du genre « vieux con ». Pour moi, c’était mieux avant. Hâte donc de découvrir l’avis d’un autre expert en cette matière.

    1. « pignolade » : décidément, je ne comprendrais jamais ton éloquente affection pour ce mot… Mais heureux que cela t’ait plu 🙂

  3. Je me rattraperais quand il passera à la tv. Dans quelques années.
    La partie live/images de synthèse ne m’a pas du tout séduit. Et puis cette histoire de super héros.
    Non, vraiment pas intéressé malgré mon amitié pour cette éponge.

  4. Tu connais déjà mon avis de fan sur la chose: je considère les films comme deux entités bien distinctes, surtout en termes pre et post-3ème saison. Pour ma part j’aime à penser que le premier film la jouait safe dans une histoire bien structurée mais farci de gags en adéquation, avec l’ambiance du show. Forcément après dix ans, les créateurs (ceux qui sont restés sur ce navire branlant) ont manifestement eu envie de se lâcher, jusqu’à envoyer valser les velléités scénaristiques usuelles (surtout quand on voit qui a rédigé le script). C’est à la fois, je pense, la force et la faiblesse du film: dégraissé des impératifs du genre, ils peuvent se laisser aller à toute sorte de délires comiques ou visuels (qui marchent parfois plus ou moins certes). Ce freestyle complet et cette recherche artistique sont libérateurs je trouve, surtout à l’heure où certains encensent « Big Hero 6 » comme un film digne d’avoir remporté son oscar.

    Mais tout cela n’est qu’un avis personnel, bien sur. 🙂

    1. Je comprends, en effet, la volonté d’envoyer valdinguer au fin fond des océans les cadres scénaristiques, au risque évidemment de débouter les spectateurs qui attendait une aventure hors de l’eau. L’absence de scénario n’est, pour moi, que la partie émergé de l’ice-berg. Le problème, c’est cette énergie comique faisant le sel des premières saisons et du premier film (même si l’on sentait déjà que la mécanique s’essoufflait) qui s’est dissout avec le temps.

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