Critique : Avengers 2 – l’Ére d’Ultron (2015)

Avengers 2 1

Pantin désarticulé.

Nabab du cinéma américain, Kevin Feige règne en maître sur l’acropole Marvel depuis près de quinze ans maintenant. Admonesté pour la qualité toute relative de ses premières adaptations, ce roi a progressivement fait de sa cité, une place forte en terme de proposition cinématographique, au prix d’une obsession quasi maladive pour le contrôle de ses terres. Il veille sur son trésor comme l’avare sur ses bas de laine, il administre, de ses doigts de producteurs prépotents, toutes les étapes de la production, il bannit celles et ceux menaçant l’harmonie de sa doctrine artistique. Un souverain à la Ionesco, doucement mégalo, dont on juge la santé à la taille de son royaume. Mais il a également trouvé, en Joss Whedon, l’intendant parfait pour assouvir son désir d’extension, ce dernier lui ayant permis d’étendre son empire sur le petit écran en investissant les bureaux du Shield, et de fédérer, sur grand écran, une poignée de super-vengeurs contre un ennemi commun. La saga Avengers est alors devenu le point de gravité de ce vaste univers, intronisant, par la même, des protagonistes et antagonistes iconiques et un mystérieux horloger, qui tarde à dévoiler ses sombres plans. Mais aujourd’hui, avec cette suite tant attendue, cet équilibre s’effondre, et révèle les tares de cet épuisant système, coquille vide… ou plutôt pleine d’effets d’annonce, à la profondeur et à l’utilité à peine esquissée (Vif-Argent, le baron Strucker, La Vision). De la poudre aux yeux tombant du ciel, faisant miroiter monts et merveilles à la plèbe venue assister à ce tumultueux théâtre de marionnettes. Les artifices numériques aident en effet à faire passer la pilule, la mêlé opposant le géant vert à l’écarlate Veronica, notamment, produisant quelques flamboyantes étincelles digne de son rang. Le marionnettiste ensecréte ainsi son spectacle en jouant la démonstration de force, tente dissimuler les fils par lesquels il dirige son pantin par l’esbroufe. Tous les opérateurs du monde font ça, mais peu avec ce génie qui permettrait d’en faire un divertissement intense et souverain. Dans cette optique, Joss Whedon, à défaut de bénéficier de l’écrin d’une étincelante photographie, autopsie la mécanique de groupe, et installe une méchante entité artificielle capable de soulever des montagnes, foudroyant ses opposants humains d’un verbe nietzschéen, regardant par delà le bien et le mal afin d’envisager son extinction, dirigeant son programme vers des considérations philosophiques prometteuses. Cependant, dépassé par l’ampleur de la tâche (parlant volontiers de « cauchemar »), le réalisateur émascule son nemesis de toutes curiosités intellectuelle, et fait peu de cas de la subtilité psychologique de ses héros, ici comparable à celle d’un tractopelle, surtout lorsqu’il exhume les fêlures intimes de la Veuve Noire. De ce fait, Avengers 2 – l’Ére d’Ultron se présente comme un soap-opera dopé aux hormones, déblatérant beaucoup mais ne racontant rien, ou si peu, et de façon suffisamment aberrante pour que l’on ait envie de tourner la page. (2/5)

Avengers 2 2

Avengers – Age Of Ultron (États-Unis, 2015). Durée : 2h22. Réalisation : Joss Whedon. Scénario : Joss Whedon. Image : Ben Davis. Montage : Jeffrey Ford, Lissa Lassek. Musique : Brian Tyler, Danny Elfman. Distribution : Robert Downey Jr. (Tony Stark/Iron Man), Chris Hemsworth (Thor), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/La Veuve Noire), Jeremy Renner (Clint Barton/Hawkeye). Distribution Vocale : James Spader (Ultron).

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24 commentaires

  1. Je le trouve mieux écrit que le premier au moins sur un grand nombre de personnages (Scarlet Witch et sa vision, Vision, Black Widow toujours moins inutile, Hawkeye ressortant un petit peu mieux, Hulk toujours bien utilisé). En revanche, Joss Whedon se retrouve face à une machine qui peut parfois lui exploser à la gueule. Ainsi il doit faire parfois du fan service en insérant des indices pour des films à venir (le plus gros restant Civil War même si c’est moins gênant que pour Ragnarok, Infinity war ou Black Panther), accouchant parfois de séquences totalement inutiles (celles de Serkis ne servent à rien dans le récit). Ce qui m’alarme aussi est le fait qu’on annonce déjà une version longue. Or, je serais plutôt pour une version largement plus raccourci. Le film a beau totalement foutre en l’air Ultron (c’est trop expédié pour être crédible) il met trois plombes sur d’autres passages (la campagne purée). Il y a donc assez souvent des problèmes de rythme. Après ça reste divertissant et je n’en attendais rien. Je préfère me concentrer actuellement sur Civil War, Captain Marvel, Les gardiens de la galaxie 2 et Inhumans.

    1. Mieux écrit, ça reste à voir. Il y a, certes, la tentative d’insérer un peu de psychologie chez certains personnages. Mais franchement, c’est quand même pas très délicat (je ne suis pas polémiste, mais la monstruosité revendiqué de la Veuve Noire à cause de son infertilité, ce n’est pas franchement classe, et ne semble pas choquer grand monde d’ailleurs) et ça ne va pas très loin. En plus, je n’en parle pas dans ma critique, mais on nous vendait un conflit interne. Là, on a rien !

    2. Honnêtement au niveau du récit c’est bien plus conséquent que le premier qui était quand même une jolie coquille vide. On voit qu’il y a eu un effort. Ce qui m’a fait rire involontairement c’est les allusions sexuelles à tire larigot (« elle est grosse » Banner tombant dans les seins de Scarlett!). Un conflit interne? On le voit pourtant. Le Captain et Thor ne sont plus très d’accord avec Stark et cela se verra d’autant plus dans Civil War. Je te conseille d’ailleurs si ce n’est pas fait d’aller lire ma critique de cette saga bd.

    3. Deux scènes de dialogues, c’est tout de même très gentil comme conflit interne. De la chamaillerie de cours d’école, rien de plus.

    4. Mais c’est assez. C’est l’étincelle. Cap et Thor n’ont plus réellement confiance en Stark car à chaque fois qu’il fait quelque chose une merde arrive. Preuve en est il est entièrement la cause d’Ultron. S’il n’avait pas crée Ultron pas de film et cela concorde avec ce qui va se passer dans Civil War. Captain America n’a pas les mêmes idéaux que Stark.

    5. Je comprends bien ce que tu essaies de me démontrer, et oui, ils ne sont pas d’accord entre-eux. Mais pour moi, tout ça n’est pas bien violent (Magneto et Charles Xavier, ça, c’est une vraie opposition), et ces deux-trois (gentilles) dissensions ne suffisent pas à créer l’étincelle de Civil War.

    6. Ah ça c’est sûr le gros morceau ce sera en mai prochain. Mais Marvel est dans une optique de chaîne alimentaire alors que l’équipe de Singer même si il y a plusieurs films désormais, c’est du cas par cas.

  2. Je n’ai toujours pas vu cette suite. Mais je me souviens de certains de tes commentaires avant cette chronique. Elle ne fait que confirmer ton manque d’enthousiasme. C’est sûrement pour cette raison que je ne trouve pas le courage d’aller le voir au cinéma

    1. Je suis pourtant client de ce genre de cinéma, mais là, j’ai trouvé ça d’un ennui… Je pense qu’une découverte au cinéma est loin d’être indispensable (même en terme d’action, ces scènes sont loin d’égaler la qualité proposée par ceux du premier volet).

  3. Tu ne mâches pas tes mots (toujours très bien choisis : « peu de cas de la subtilité psychologique de ses héros, ici comparable à celle d’un tractopelle ») pour déclasser les exploits de dieux costumés, et tu as bien raison ! A trop vouloir charger la mule numérique Whedon en oublie de remplir l’armure de matière organique et consistante, se perd dans l’imbroglio des pistes narratives artificiellement compliquées et s’obstine à nous rendre la monnaie de notre pièce (avec supplément 3D) en nous assommant de bagarres homériques aux enjeux assez réduits (quelques marmots en danger et quelques Audi mal garées à sauver de la casse). Le tout glisse lentement mais sûrement vers les séries Bay. Attention danger à la Marvel !

    1. De belles Audi, soit dit en passant 🙂
      Pour le reste, nous sommes sur la même longueur d’onde : beaucoup de bruits pour rien.

    2. D’ailleurs placement de produits encore une fois fort ridicule. Je me demandais d’ailleurs quand est-ce qu’une allait apparaître. Le placement est filmé comme dans une pub.

  4. Soyons honnête, c’est du réchauffé. Du comme d’hab’ pas déplaisant mais très peu marquant. Je te rejoins à 100% sur la subtilité du traitement psychologique des personnages.

  5. Je n’ai déjà pas envie d’aller le voir à la base, et ton article me confirme que je fais peut-être mieux de privilégier d’autres films…

    1. Tu préfères donc la densité dramatique des X-Men et le délire référentiel de ce botteur d’arrière train que la démonstration de force des vengeurs… je crois que je vais te suivre sur ce terrain là 🙂

  6. Je comprends ton ressenti même si je suis un peu moins sévère avec toi. J’avoue avoir passé un bon moment devant le film somme toute divertissant. Avengers 2 n’est pas exempt de reproches mais ne me semble pas signer le crépuscule de la franchise.

    1. C’est tout à ton honneur de lui trouver des qualités à ce spectacle (j’irais d’ailleurs lire ta chronique pour découvrir plus en détail ton avis sur ce film). Perso, je trouve que la mécanique ne se renouvelle pas, voir se grippe, et la surenchère (d’action et de personnage) n’amenant jamais rien de bon dans ce type de production, j’ai un peu peur pour la suite.

  7. C’est bien vrai, en sortant de cette débauche d’action et de blagues, soit dit en passant tout à fait appréciable le temps de la séance, on se rend compte de la vacuité de l’entreprise, ou en tout cas son refus de vouloir pousser ses atouts au maximum. Ultron, pour tout son charisme, est en effet dépourvu d’intérêt une fois son plan exposé.

    Cela dit, je ne crache pas sur la séquence du Hulkbuster, ou la très bonne reprise du thème de Silvestri par Elfman. 😀

    1. Les scènes avec Hulk sont, de loin, les plus passionnantes du film.
      Concernant la musique, j’attends de mettre la main sur le CD pour découvrir plus en avant le modeste travail d’Elfman (qu’on dit largement plus intéressant que celui de Tyler).

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