Critique : Diversion (2015)

Diversion 1

Fausse piste.

Prince du petit écran devenu roi du box-office, Will Smith se découvrit simple mortel lorsque M. Night Shyamalan, autre divinité dans le creux de la vague, le fit redescendre sur Terre. Plus qu’une faillite financière, After Earth signa surtout, pour lui, la fin d’une époque, celle où il parvenait à garantir le succès d’une œuvre sur son seul nom. La chute de ce dieu fut spectaculaire, violente, rude. Elle le brisa, dans son amour propre, parce qu’il y a découvert la nocuité de cette religion du succès, cage dorée dans laquelle il avait enfermé son ego, parce qu’il est également celui par qui les ailes de son ange, Jaden, avec lequel il souhaitait pourtant partager son héritage, seront coupées. Désormais un homme nouveau, cherchant davantage les rencontres artistiques qu’a attirer, seul, la lumière des projecteurs, il se joint à la Diversion échafaudée par Glenn Ficara et John Requa. Ayant fait de l’imposture sentimentale et de l’arnaque pécuniaire leur spécialité (cf. I Love You Phillip Morris et Crazy Stupid Love), les deux cinéastes entrainent la star dans un jeu de séduction, partition qu’il connait que trop bien, en lui taillant le costume d’un as de l’escroquerie au cœur tendre qui s’éprend secrètement d’une jeune et belle pickpocket (Margot Robbie, solaire). Le film, palais dans lequel ces deux muses, glissés dans leurs luxueuses toilettes, rayonnent, vitrine où trainent les effluves de ces appétissant mannequins que se plait à faire défiler ce type d’établissement feutré, porte finalement la robe de ces dizaines de romances aux reflets cauteleux produits sur les métiers des ateliers hollywoodiens depuis une quinzaine d’année. Tout l’art de cette illusion est alors de nous laisser croire à un au-delà, dissimulé derrière ces apparentes dorures. La mise en scène, aussi discrète soit-elle, se montre ainsi douée d’intelligence pour aiguiser les attentes, cherchant constamment, dans son esthétisme, le trompe l’œil, s’appliquant subtilement et régulièrement à brouiller la lecture de ses scènes et de la composition de son cadre, devenant le support parfait à cette exploration de la face caché de ce bel oiseau si sincèrement campé par Will Smith. Mais à l’arrivée, la superficialité et la prévisibilité d’un récit qui ne parvient jamais à sublimer ses intentions par le dialogue et la dramatisation finissent par ternir ce coup de bluff qui restera, malheureusement, sans lendemain. (2.5/5)

Diversion 2

Focus (États-Unis, 2015). Durée : 1h45. Réalisation : Glenn Ficarra, John Requa. Scénario : Glenn Ficarra, John Requa. Image : Xavier Grobet. Montage : Jan Kovac. Musique : Nick Urata. Distribution : Will Smith (Nicky), Margot Robbie (Jess), Adrian Martinez (Farhad), Rodrigo Santoro (Garriga), Gerald McRaney (Owens), BD Wong (Liyuan), Brennan Brown (Horst), Robert Taylor (McEwen).

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16 commentaires

  1. Très décevant de la part du duo derrière I love you Phillip Morris et Crazy, stupid, love. On retrouve parfois leur sens du verbe mais c’est bien tout. On regarde sans que cela soit transcendant une seule fois. Du pur film pour Will Smith où il continue à faire le leading man comme d’hab.

  2. Will Smith sur une affiche suffit à me faire faire un pas en arrière. La méfiance est de mise si, de surcroît, il se révèle cette fois arnacoeur en goguette. Si j’en devine le résumé, ça m’a tout l’air d’être une resucée Lubitschienne qui ne dit pas son nom (peu de chance que les fan de Will Smith ait vu « trouble in paradise » de toutes façons) et qui n’en atteint sans doute pas le début du commencement de finesse et d’intelligence. Je passe la main ; on verra si le destin me fera faire « diversion » un jour.

    1. Dois-je te classer parmi les grands fans de Will Smith pour autant ? 😉
      Il te faut néanmoins découvrir toute la saveur inimitable des films de monsieur Lubitsch, tu m’en diras des nouvelles.

    2. Mais je ne fais pas non plus partie de ceux que son nom sur l’affiche effraie 🙂
      Pour Lubitsch, je me suis arrêté uniquement à sa grande évasion polonaise aux airs de Shakespeare.

  3. « parce qu’il y a découvert la nocuité de cette religion du succès, cage dorée dans laquelle il avait enfermé son ego, parce qu’il est également celui par qui les ailes de son ange, Jaden »
    Je ne l’aurais pas mieux résumer ! Il était temps que le dieu redescende sur Terre ! Pour le reste, pas vu ce film. Et puis comme j’exécre au plus haut point Will Smith, je n’ai pas très envie de tenter l’aventure.

    1. Merci 🙂 Concernant la prestation de Will Smith dans ce film, elle n’est franchement pas mauvaise.

  4. Mouaif… Pas envie de teste et ce n’est certainement par très sympa de ma part, mais j’espère qu’il va encore connaître quelques échecs cuisants au cinéma. Ainsi, il pourra clamer qu’il est bien tout seul sur Terre, sans néanmoins entrer dans la légende…

    1. Ah oui, en effet, c’est pas très sympa de ta part. Moi, j’ai juste envie qu’il nous offre des performances simples, qu’il n’essaie plus de calquer le même prototype de personnage dans tous les films dans lesquels il joue.

  5. de toute façon, il commence à vieillir aussi. Il a tout intérêt à varier ses films au cinéma. Mais faudrait aussi qu’il pense à dégonfler le melon !

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