Critique : A La Poursuite De Demain (2015)

Tomorrowland 1

Ainsi parlait Brad Bird.

Fermez les yeux, ouvrez votre cœur, et imaginez. Imaginez, par-delà notre dimension, une cité baignée d’une lumière bienveillante où auraient élu domicile des créateurs, des visionnaires, des nec plus ultra dont l’inépuisable imagination ensemencerait, dans le plus grand secret, notre futur. Une utopie tissée de merveilleuses innovations et de pensées positives. Une terre arable où germerait les idées de demain. Un éden technologique. Maintenant, ouvrez-les. Les génies ont cessé de rêver en l’avenir. La faillite politique, sociale, écologique et économique dépeinte par les écrivains, les artistes et les penseurs dans leurs dystopies, se concrétise. L’espérance est désormais devenue une vaine souffrance. Elle quitte le corps de l’humanité. Elle assiste, lâchement, à sa lente agonie, attendant patiemment que les Hommes entrent dans cette nuit éternelle qui voile le lointain. Mais Brad Bird, qui voyait déjà en un imposant robot de fer un parfait camarade de jeu, et pour qui aucune mission n’est impossible, ne voit pas les choses sous cet angle. En baladant son regard dans la section futuriste de Disneyland, le réalisateur fut soudainement ému par cette perspective d’un avenir radieux que nourrissaient, jadis, les fondateurs de ce parc. Il tenait alors à « retrouver cet optimisme sans borne », à leur rendre hommage en couchant leur enthousiasme sur pellicule. Ainsi, dans la cervelle intrépide de son héroïne, la pétillante Cassey, demain ne meurt jamais vraiment. Fille d’un ingénieur au chômage, elle enrage de voir ses rêves de voyages et de découvertes interstellaires abandonner son horizon, luttant comme une louve pour que l’avenir de son centre de recherche spatial ne soit pas sans lendemain. Une indestructible détermination qui lui vaut alors d’être mystérieusement récompensé d’un pin’s lui ouvrant les portes de cette fameuse métropole aux attractions ultramodernes dans le but de désamorcer la fin prochaine du monde, aidé en cela par une jeune androïde et un inventeur désabusé interprété par George Clooney. L’acteur, célèbre de part le monde pour ces précis de pédagogie concernant la gouvernance de son pays (le sympathique Les Marches Du Pouvoir) et l’histoire occulte des grands évènements (l’informatif Good Night And Good Luck, le mollasson Monuments Men), s’engage ici dans une nouvelle action cinématographique afin d’éveiller les consciences. A La Poursuite De Demain de devenir alors une ode à la persévérance et à la force de l’esprit, propre à courber tous les pourcentages et à ébrécher les plus sombres prévisions. Du positivisme infiniment ordinaire qui réserve néanmoins d’agréables surprises sur le plan formel comme sur le plan narratif. On savait depuis longtemps que Dr. House n’était pas Mickey Mouse. Hugh Laurie de troquer alors sa blouse d’éclopé de la médecine empirique pour celle d’un nouveau Zarathoustra, un prédicateur éclairé inséminant l’idée du désastre à venir dans l’inconscient collectif afin de bousculer l’évolution des mentalités. Diverses pièces que Brad Bird, dont la virtuose humilité et le ludisme de son écriture pour l’action n’est plus a prouvé, parvient à connecter, réussissant tout ce que Joss Whedon avait échoué à créer cette année avec Ultron, parvenant à proposer un contre-point philosophique cohérent et soutenable. Candide, le metteur en scène poursuit pourtant son voyage sur son indéfectible optimiste, conduisant le récit vers un épilogue flamboyant de naïveté, preuve que, pour lui, rien n’est jamais vraiment impossible. (3.5/5)

Tomorrowland 2

Tomorrowland – A World Beyond (États-Unis, 2015). Durée : 2h10. Réalisation : Brad Bird. Scénario : Brad Bird, Damon Lindelof. Image : Claudio Miranda. Montage : Walter Murch, Craig Wood. Musique : Michael Giacchino. Distribution : Britt Robertson (Cassey Newton), George Clooney (Frank Walker), Hugh Laurie (le gouverneur Nix), Raffey Cassidy (Athena), Tim McGraw (Eddie Newton).

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26 commentaires

  1. Je poursuis ma revue de blog pour constater qu’ici on ne boude pas les vertus euphorisante du grand spectacle Disneyen. Je dois reconnaître que cette très belle chronique (qui complète merveilleusement celle déjà fort bien écrite par Shawshank) vient ajouter de nouveaux arguments qui me poussent à me déplacer en salle. Je ne sais si mon emploi du temps me le permettra mais il est sûr que je place désormais « Tomorrowland » dans la colonne des films dignes d’intérêt.

    1. C’est un film qui divise beaucoup, en témoigne également la chronique de Tina, sur laquelle tu as rebondi, et qui brosse un portrait assez peu reluisant de ce divertissement.
      Ce n’est pas la création la plus virtuose de Bird (il faut dire qu’il a mis la barre de nos attentes très haute avec M:I 4), mais cela reste un beau voyage par lequel il faut se laisser porter, de ne surtout pas s’arrêter au trois premières minutes bien pataudes en terme de narration, et de ne pas exiger de lui qu’il t’en mette plein les yeux pendant 130 minutes.

  2. Un film rétro mais trés intelligent à l’image de son auteur. Brad Bird l’a déjà fait sur toute sa carrière et le côté nostalgique et rétro ne me dérangent pas. C’est même au centre de son cinéma son adn. Une perle rare de nos jours à Hollywood et incompris par cette dernière. Fait chier…

    1. Moi non plus, le rétro et la nostalgie, cela ne me dérange pas… sauf quand c’est arrosé de niaiserie, comme dans son épilogue.

    2. L’épilogue ne me dérange pas car le film est sincère et digne de son hauteur. C’est toute la différence avec le cynisme de la plupart de nos blockbusters habituels.

    3. La sincérité et la niaiserie ne sont pas incompatible. Après, c’est un ressenti que j’ai eu à ce moment là.

    4. La niaiserie? Pas chez moi et pourtant tu sais que je ne suis pas un amateur de ce genre de chose. Le final me paraît somme tout logique surtout quand on voit la structure du récit. Un peu d’optimisme ne fait pas de mal.

    5. Encore une fois, je n’ai rien à reprocher au fond (comme tu le dis, cette fin est conforme au reste du film), c’est juste sa forme qui m’a interpellé.

  3. Belle chronique à laquelle je souscris largement. Je serai un poil moins enthousiaste.
    Comme j’ai déjà dû le souligner ailleurs, j’ai eu du mal à admettre le personnage de Britt Robertson.
    J’aurais préféré le voir confié à une actrice adolescente qu’à une jeune adulte.

    Sinon, effectivement, le film est original, ce qui rafraîchit nos neurones. Et il y a pas mal de jolies choses.
    La scène de la Tour Eiffel m’a fait redevenir un gosse quelques instants 🙂

    1. Ah ! Perso, je n’ai pas eu de problème avec le personnage de Cassey ou avec son interprète – peut-être suis-je tombé tout simplement sous le charme de l’actrice 🙂 Par contre, lorsqu’on regarde des photos d’elle sur google, elle fait très poupée de cire.

      Concernant la scène de la Tour Eiffel, elle a éveillé chez moi aussi de beaux souvenirs de gosse (Jules Verne, les récits des grands voyages, tout ça…).

  4. Les gars, vous connaissez déjà mon avis. Je n’ai pas détesté, je l’ai trouvé moyen. C’est très beau à voir, ça c’est sûr, le casting est sympa, le message écolo super chouette (oui, je me foule quand j’écris, je sais, je sais) mais je me suis trop ennuyée (un peu con pour un divertissement, non ?), j’ai trouvé l’ensemble un peu dépassé, voire même désuet et la fin est d’une niaiserie sans nom…

    1. Consensuel, pas forcément, Brad Bird se réservant de belles marges de manœuvre à l’intérieur de son récit codifié « Disney ». Pour la naïveté, en revanche, tu peux toujours partir cinq minutes avant la fin du film 😉

  5. Et bien, ton analyse fine et réussie de ce film décrié de partout me redonne soudainement envie de me plonger dans ce « Tomorrowland ». D’après ce que j’ai lu ça et là, il faut être dans un état d’esprit assez ouvert et très positif pour apprécier le film. Pourquoi pas finalement.

    1. Merci 🙂 En effet, il faut être dans un état d’esprit positif pour apprécier à sa juste mesure cette visite à Tomorrowland.

  6. Je vais bientôt commencer à travailler sur la critique du film . Dans tous les cas  » A la poursuite de Demain » est une production Disney pleine de charme et d’intelligence. Un film qui fait appel à l’imagination et à la magie qui sommeil en chaque spectateur. Un très bon moment à passer.

  7. Ben avec tous ces commentaires, j’ai hâte de le voir ! Il fait parler, on dirait. De tout ce que vous dîtes, tous, j’aurais tendance à dire comme Eelsoliver que ça semble d’une naïveté déconcertante.

    1. Faut un peu rêver de temps en temps 🙂 Après, oui, c’est parfois naïf – surtout la fin. Mais dans l’ensemble, ça passe très bien.

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