Critique : Jurassic World (2015)

Jurassic World 1

Poussiéreuse relique.

Vingt ans plus tôt, sur une île perdue au large du Costa Rica, John Hammond, vieux fossile et rêveur inconscient, dépensait sans compter afin de monter son cirque de puce, une ménagerie d’animaux du Mésozoïque génétiquement recomposés. Mais ces dinos, en mettant sens dessus dessous l’infrastructure qui les retenaient en cage, non sans avoir croqué au passage technicien informatique bien portant et comptable gourmand, ont verrouillé l’avenir du parc et les espoirs de cet entrepreneur se rêvant maître de la piste. Néanmoins, la compagnie actionnaire, alors dirigé par un arrogant neveu peu loyal, ne voit pas cela du même oeil, souhaitant expatrier le projet de son oncle fatigué sur les côtes californiennes pour un show King Kong. Mais, là encore, le T-Rex a fait qu’une bouchée de ce fantasme megalo. Depuis, hormis une maigre randonnée pédestre en compagnie du Professeur Grant au prise avec un couple argenté et à son aversion pour les hominiens de moins de dix ans, silence radio. Sans cesse repoussé, le quatrième volet devient une arlésienne. On murmure de faire revenir le casting original, de transformer les dinosaures en arme de guerre façon Dino RidersFinalement, le parc rouvrira bel et bien ses portes sous la direction de Colin Trevorrow, un jeune réalisateur tout juste sorti de l’œuf. Le nouveau guide promet un truc dément, capable de dépoussiérer nos vieux souvenirs de gosse. On salive, on trépigne, et on s’empresse de prendre ses billets et d’embarquer dans le monorail qui nous fera revivre la magie des origines. On sautille, on se bouscule, on se cherche une place dans la foule admirative. La mélodie immortel papillonne en arrière-plan, faisant grimper l’impatience de la découverte. On attend, fébrilement, que le rideau se lève sur ce monde retrouvé. Finalement, le jeune Gray pousse ses persiennes et laisse enfin le nouveau panorama éclore à l’image et le thème l’embrasser. Cet instant-là se devait d’être flamboyant, féérique. Il devait être le chainon qui lierait définitivement, à nos yeux, cette séquelle à l’ancienne trilogie. Mais rien. La flamme reste muette. Le frisson demeure silencieux. Le pétard est mouillé. Alors, on se dit que, peut-être, tout cela est pour appuyer le fait que le monde a changé, que la féérie du parc s’est érodé sur la pierre d’un capitalisme sans âme brassant des milliers de touristes. Malheureusement, ce n’est pas là que se trouvera la réponse à cette question. Peu à peu, les craintes se voient fondées : cette occasion manquée constitue la souche de cette nouvelle aventure. Cela dit, il est difficile de déposer son empreinte sur cette terre lorsqu’on se contente d’agiter les vieilles reliques du temps passé (le plan large avec les diplodocus, celui du rétroviseur, les lunettes à vision nocturne de Tim, la scène du fumigène, celle de la vitre du Monde Perdu) sans parvenir à leur apporter la lumière nécessaire pour les faire briller. Inévitablement, l’enthousiasme se fane. Peu à peu, Jurassic World prend la forme d’un musée creux et poussiéreux, dévoré par une modernité de façade. Car il faut étonner, surprendre constamment le public, « booster l’effet Whaou ». Alors on crée un nouveau dino, croisement de lézard, de serpent, de sèche, de raptor, et d’on ne sait quoi d’autre encore. Le mélange, soumis au secret scientifique, donne naissance à une énorme bestiole particulièrement instable et éminemment intelligente. Comme la vie trouve toujours un chemin, cette machine à tuer recouvre bientôt sa liberté après avoir berné ses gardiens et le système de surveillance. Dans la jungle, la grosse bébête cherche sa place dans la chaîne alimentaire comme le spectateur, la sienne, dans cette gigantesque foire. La directrice économique du parc (Bryce Dallas Howard, tailleur blanc et talent haut) frissonne : plus que la chute des cours en bourse du parc, ce sont ses deux neveux, livrés à eux-mêmes dans leur gyrosphère, qui l’angoisse. De petits hamsters face au plus dangereux des prédateurs. La chasse à l’oie sauvage tourne ainsi à la mission de sauvetage dirigée par un dresseur de raptor un poil sarcastique luttant pour imposer son autorité paternelle sur ses bébés (Chris Pratt, aventurier jusqu’au bout des pompes). Mais cette psychologie filiale reste cependant à l’état embryonnaire. Pour combler le génome de personnages peu passionnants et hurlants de fonctionnalité (le geek rigolard, le patron indien bienveillant), le réalisateur nous appâte avec de nobles morceaux de bidoches, saignantes comme il faut et accommodé par les traits de violon de Michael Giacchino, mitonnant pour l’occasion un de ces jolis festins musicaux dont il a le secret – même s’il n’égale pas encore le maestro sur son terrain. Après un timide pogrom contre les touristes et un final en forme de choc des titans, le parc ferme déjà ses portes, et bien que la visite fut loin d’être désagréable, l’ensemble laisse sur nos exigeantes papilles un goût d’inachevé. En espérant que ce monde, désormais perdu, ne sera pas davantage pillé dans les années à venir. (2.5/5)

Jurassic World 2

Jurassic World (États-Unis, 2015). Durée : 2h05. Réalisation : Colin Trevorrow. Scénario : Colin Trevorrow, Rick Jaffa, Amanda Silver, Derek Connolly. Image : John Schwartzman. Montage : Kevin Stitt. Musique : Michael Giacchino. Distribution : Chris Pratt (Owen), Bryce Dallas Howard (Claire), Vincent D’Onofrio (Hoskins), Ty Simpkins (Gray), Nick Robinson (Zach), Irrfan Khan (Simon Masrani), BD Wong (le docteur Henry Wu), Omar Sy (Barry).

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33 commentaires

  1. Mouaif, peu intéressé par ce 4e opus, en sachant que les épisodes précédents ne m’ont pas spécialement convaincu, à l’exception du premier

    1. Perso, j’adore le premier, et encore plus le second (la scène de la caravane est juste démente). Mais là, ça passe mal.

  2. Un bon divertissement qui amène son lot de moments de bravoure tout en ayant des personnages sympathiques. Il y a peut être un peu trop de nostalgie et des cgi qui sont trop artificielles pour être aussi puissants que le mélange animatroniques-cgi, mais il y a un spectacle de qualité. Je n’ai pas forcément eu la même réaction face à Avengers 2…

    1. C’est pas mauvais, faut l’avouer. Mais pour un Jurassic Park, on aurait pu avoir largement mieux.

    2. Avoir mieux ? Faire une suite 20 ans après avec un réalisateur novice et des objectifs de rentabilité exacerbés, je suis pas sur que le but était de faire mieux. Mais bien de faire du fan-service, ce qui est d’ailleurs fait.

    3. Certes, il était impossible d’avoir un film supérieur aux deux premiers volets avec une telle affiche (mais les miracles existent, ne soyons pas non plus pessimiste). Mais alors, si on pense de cette façon (ne pas essayer de faire mieux, de rester sur des acquis techniques, ne pas chercher à surpasser les références pour en construire de nouvelles, de ne pas offrir une autre expérience), à quoi bon refaire un nouvel épisode et de passer des années à l’écrire. Faire du fan service sans rien offrir de plus derrière, voilà bien une étrange motivation.

    4. Je ne dis pas le contraire 2flics (j’adore les deux premiers films) mais c’est tellement mieux que l’autre bouse de 2001. Quant à Avengers, c’est surtout d’un point de vue visuel que je le critique. C’est fou d’utiliser autant de cgi pour rien. Juste pour montrer Scarlett sortir d’un hélicoptère merde quoi. Au moins dans Jurassic World même si je n’accepte pas trop, il y a une vraie utilité.
      Quant aux motivations de ce film, elles sont dans un premier temps financières. 0n est en pleine mode des reboots de sagas ou films des 80’s-90’s et le projet de Jurassic Park 4 date d’il y a un bail. On a même failli avoir des dino-hommes!

    5. Même s’il n’est pas exceptionnel, je n’ai pas un souvenir aussi détestable que toi du troisième volet.
      Oui, en effet, je suis d’accord, la naissance de ce film a été possible grâce aux retombés économiques qu’il pouvait générer – parce qu’il faut se dire aussi qu’on était nombreux à le réclamer ce quatrième épisode.
      Mais la réponse faite à Kaal concernait surtout les intentions artistiques de l’équipe lors de la phase de production. Il m’est impossible de penser que Trevorrow n’avait pas l’intention, à un moment ou un autre, de ne pas construire autre chose qu’une galerie de goodies des anciens films.

    6. Pour l’avoir revu dimanche le film de Joe Johnston est une véritable horreur. C’est incohérent, mal joué et surtout mal scénarisé. Une vraie catastrophe de production mais évidemment on ne dira rien en making of. 😉 Pour les intentions artistiques je ne sais pas, je sais par Cinémateaser que Colin Trevorrow voulait beaucoup jouer sur les marques omniprésentes dans ce genre de parc. Si pour beaucoup d’allusions cela marche bien le coup du Coca Cola siroté sur une belle plaine verdoyante est plutôt douteuse. Après, ils veulent faire au moins deux suites si j’en crois ce qui a été dit auparavant et le final joue dessus mais je ne vois vraiment pas qu’est-ce qu’ils peuvent faire. En sachant que Trevorrow ne réalisera pas Jurassic Park 5.

    7. Je pense que pour la suite, on retrouvera le Dr. Wu. Mais j’ai un peu peur de ce qu’il vont construire autour du ce personnage (peut-être vont-ils retourner à l’idée de faire des dinos des armes de guerre).

  3. Que du vieux sous le soleil d’Isla Sorna visiblement. Il est loin le temps des premiers dinosaures ressuscités par le docteur Crichton et lâchés en en pleine forêt sous le regard espiègle du professeur Spielberg. Je crois que je vais plutôt aller pagayer avec Bruno.

    1. Tu lui passeras le bonjour 😉
      En effet, le soleil du Costa Rica n’a rien apporté de nouveau sur la terre des dinosaures. Dommage.

  4. J’avais adoré le premier, mais du coup, ça m’a un peu refroidie ce que tu en dis … Bon allez, faut tenter, on verra bien, ça sera pas extraordinaire, mais y’aura des dinosaures, c’est déjà ça ! 🙂

  5. J’ai pris du plaisir je dois l’avouer. Aussi parce que devant des dinosaures, je suis un enfant de 7 ans. Mais il faut avouer que comme tu le dis, le scénario est pauvre par un manque de profondeur des personnages. Moi je suis surtout déçu de ce recours massif aux images de synthèse qui au final, ne rendent pas grand chose réaliste.

    1. Très honnêtement, les images de synthèse, cela ne m’a pas choqué plus que ça (hormis peut-être le plan d’ouverture, avec le bébé dino sortant de l’œuf).
      Pour le reste, c’est surtout le manque d’audace qui est gênant. Beaucoup critiquent encore Le Monde Perdu (à tort, selon moi, puisque je le considère comme un excellent divertissement), mais au moins, avec cette suite, Steven Spielberg a cherché à se renouveler. Ce qui n’est pas vraiment le cas de ce Jurassic World.

  6. J’ai enfin vu ce nouvel opus et finalement assez déçue, même si je m’y attendais un peu. Disons que ça se laisse regarder mais ça manque effectivement un peu de « wooooh », désolée si j’utilise encore ce mot, mais encore une fois, je trouve ce film un poil ringard malgré sa technologie et modernité apparente…

    1. Rien que le mot « Whaou » fait ringard 🙂 Et le film n’évite pas de se rendre ridicule (l’adieu final au raptor…).

    1. Reviens dès que tu l’auras vu, histoire d’avoir ton avis. Et « merde » pour tes exams 🙂

  7. Pour avoir vu plein d’extraits, celui-là ne me tente pas du tout.
    Je pense qu’effectivement ils voulaient que les fans se ruent sur cet opus et du coup, refaire du « bancable »

    1. Quelques scènes sont efficaces, c’est clair. Après, en terme d’histoire et de personnages, j’en attendais vraiment beaucoup plus.

  8. Bien que n’ayant pas été totalement convaincu par ce 4eme opus, je trouve qu’il tient assez bien la route et nous permet de passer 2h de divertissement pure et durant lequel on ne s’ennuie jamais. Certes le film aurait put être bien meilleur question scénario et personnages (je suis d’accord avec toi la dessus) mais « Jurassic World » se révèle être malgré tout assez réussit dans son ensemble.

    1. C’est sympa et pas hyper désagréable, mais c’est vrai que, pour ma part, la déception a largement pris le dessus. Et puis, je le trouve parfois un peu stupide ce film (l’informaticien geek, les gosses, l’utilisation des raptors, cette manie d’expliquer la moindre extravagance par le croisement d’ADN).

  9. Stylé ta critique avec toutes ces métaphores ! 😀
    Moi aussi j’ai pas été particulièrement excité par ce 4ème volet que je voit plus comme un faux reboot. Après les événement graves qu’il y eu lors des 3 premiers volets pourquoi irait on reproduire l’expérience de refaire un parc à dinosaure, ça n’a pas de sens pour moi
    Et puis comme tu l’a dit il y avait trop de cliché, l’histoire m’a l’air baclé
    Le meilleur pour moi c’était le 2, le pire le 3.

    1. AHHHHHH ! Enfin un fan du Monde Perdue, que je considère comme tout aussi bon, voir légèrement supérieur au premier Jurassic Park.

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