Critique : San Andreas (2015)

San Andreas 1

La tectonique du genre.

En 1974, le réalisateur Mark Robson faisait vibrer les nobles façades de la Cité des Anges en pénétrant dans la faille ouverte quelques années plus tôt par le producteur Irwin Allen. Tremblement De Terre est alors devenu l’un des emblèmes de cet âge d’or du cinéma catastrophe, faisant croitre la côte de popularité du genre au même titre que L’Aventure Du Poseidon et La Tour Infernale, jusqu’au jour où le souffle de la lassitude a balayé ces productions pour les porter au large du système hollywoodien. Bien sûr, quelques répliques se sont fait sentir, vingt ans plus tard, dans nos salles obscures (Twister, Le Pic De Dante, Volcano, Daylight). Mais cette vague semble aujourd’hui véritablement à l’agonie, les rivages cinématographiques qu’elle embrassait jadis ne portant dorénavant plus que les traces laissées par ce teuton d’Amérique pour qui Le Jour D’après sera polaire. Alors, lorsqu’un autre prédicateur se lance dans l’arène du « porn destruction », forcement, les fans mouillent de voir le résultat sur grand écran. Brad Peyton, après avoir visiter une infime partie du répertoire de Jules Verne (le médiocre Voyage Au Centre De La Terre, le fort sympathique L’île Mystérieuse), se prend donc à vouloir flatter l’interstice de la belle Californie en lui glissant un Rock entre ses rocailleuses hanches. L’ancien catcheur, figure de proue du cinéma d’action contemporain, glisse ainsi sa carrure bovine dans l’uniforme de Ray, pilote du récit et spectateur du Big One qui menace d’engloutir une partie de la West Coast, interprétant une nouvelle fois un colosse de muscle aux pieds d’argile. Car, secrètement brisé par le décès de sa fille cadette, il voit la dorsale se creuser avec son ex-femme, désormais en ménage avec le roi de l’architecture (Ian Gruffud, en succédané de Richard Chamberlain), ainsi qu’avec sa fille ainée (Alexandra Daddario), en passe de partir vivre la fin de son adolescence à l’autre bout de la côte. La fracture familiale est consommée et produit déjà ses effets sur les personnages alors même que la nature n’a pas encore réveillé sa fureur devant nos yeux impatients, bien que Paul Giamatti, parfaitement inquiétant en prêcheur du péril tellurique, conseil fortement aux amateurs de destructions massives de ne pas décoller leurs arrière-trains de leurs sièges afin de profiter du spectacle. Le réalisateur ne bouscule donc pas ici la lithosphère du cinéma catastrophe, mais ce terrain dramatique lui permet d’accueillir ce châtiment que d’aucun jugeront divin. Ouvrir les plaies pour mieux les panser. Détruire pour mieux reconstruire. Purifier la terre des arrivistes impurs pour dessiner un monde plus vertueux. Ce précepte a toujours été la loi du genre, et loin de s’écarter de cet enseignement, le prophète à l’œuvre sur cet apocalypse se montre pour l’occasion suffisamment adroit pour que la bonne morale chrétienne et les effusions lacrymales glissent sur nos regards venus avant tout pour se repaitre d’éclats de verre et de gravats. Sans surprise, nos rétines ne manqueront pas de frémir devant des scènes de destructions habillement introduites (des couverts sursautant sur une nappe comme avertissement de la catastrophe à venir) et menées avec suffisament de professionnalisme par Brad Peyton pour nous emporter dans son maelström catastrophiste. Du divertissement bête et efficace, voilà bien tout ce que l’on demandait à San Andreas. (3.5/5)

San Andreas 2

San Andreas (États-Unis, 2015). Durée : 1h54. Réalisation : Brad Peyton. Scénario : Carlton Cuse. Image : Steve Yedlin. Montage : Bob Ducsay. Musique : Andrew Lockington. Distribution : Dwayne Johnson (Ray), Carla Gugino (Emma), Alexandra Daddario (Blake), Paul Giamatti (le professeur Lawrence Hays), Ioan Gruffud (Daniel Riddick), Hugo Johnstone-Burt (Ben), Art Parkinson (Ollie), Archie Panjabi (Serena).

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43 commentaires

    1. Tu risques rien à tenter l’aventure de toute manière 🙂 (en video ou à la télé, bien entendu 😉 ).

  1. Un film catastrophe fidèle au genre lui même : clairement pas une priorité de mon côté. Mais si je tombe dessus, pourquoi pas…

  2. Pas si bête si j’en crois les interstices de ton (sous)texte flatteur :  » flatter l’interstice de la belle Californie en lui glissant un Rock entre ses rocailleuses hanches. » tu as l’art de chatouiller la curiosité avec des mots parfaitement choisis ! 🙂

  3. Franchement beaucoup de mal… C’est bien l’empathie que transmet Dwayne Johnson qui sauve le tout, trop d’invraisemblances (le tsunami qui fait voler les paquebots mais pas le pneumatique est assez sidérant dans le genre !) et trop de clichés (famille à l’américaine par excellence)… Bref pour moi bête mais pas efficace

    1. On ne passe effecivement pas à côté de certaines invraissemblances. Mais en terme de film catastrophe, de toute manière, mon horizon d’attente est plutôt faible. C’est sans doute aussi pour cela que je me suis amusé de ce San Andreas.

  4. Je ne paye pas 8.7 ou 5.5 pour ça. S’il est encore diffusé durant la fête du cinéma je lui laisserais peut être 4 euros sinon niet. Les remakes non-officiels de 2012 (et 2012 tout court) ne m’intéressent pas…

    1. Je comprends tout à fait ton point de vue. Moi, je suis fan de ce genre de production donc je n’ai aucun regret à aller en découvrir en salle.

    2. Je n’ai rien contre le genre catastrophe je tiens bien à le préciser, mon affection pour La tour infernale en est bien la preuve. Mais là j’ai l’impression de revoir toute la bêtise de 2012 sans compter ce plan de la grosse vague avec le bateau qui fonce dessus me ressortant le plan phare d’En pleine tempête.

    3. Cette « bêtise » comme tu le dis, cela vient surtout de l’utilisation des effets numériques. Jusqu’à l’époque du Pic De Dante, le cinéma catastrophe avait recours aux effets mécaniques, donc il y avait une certaine crédibilité dans la mise en scène. Maintenant, vu que les cinéastes peuvent tout faire par ordinateur, ils font du n’importe quoi, et du coup, ça manque d’intensité (comme dans 2012).

      En ce sens, San Andreas se révèle moins excentrique – même la scène du tsunami que tu cites passe plutôt bien. C’est gros, mais c’est suffisamment bien amené que cela n’entame pas l’intensité de la scène. Enfin, ce n’est que mon ressenti 🙂

    4. Par ailleurs, en parlant d’En pleine tempête et te connaissant amateur de ost, vas tu faire un article sur James Horner?

    5. Je pense lui en consacrer un, mais il faudrait que je me procure encore certains de ses scores et les écouter vraiment attentivement pour vraiment faire un joli billet sur cet artiste qui nous a quitté beaucoup trop tôt.

    6. Certaines sont sur youtube bien complètes. Je suis en train de travailler dessus en ce moment mais je ne sais quand je le publierais. J’essaye d’être le plus complet possible comme je l’ai fait avec Daft Punk. Ecouter et écrire dessus en même temps même si j’ai pris de l’avance en écoutant Casper Aliens et Braveheart. J’ai déjà l’intro et les passages sur The land before time et Titanic.

    7. En tant que béophile, je préfère les obtenir en physique (je viens d’ailleurs de m’acheter The Perfect Storm sur PriceMinister). En tout, je dois avoir à peu près 15 albums de lui. Mais c’est vrai que pour certaines partitions, comme The Land Before Time, dont l’édition physique est hors de prix, pouvoir l’écouter sur Youtube est appréciable.

    8. Moi aussi mais je n’achète pas sur internet et les bo d’Horner sont durs à trouver par chez nous. Seulement Titanic et Avatar sûr.

    9. Alors, j’ai : Titanic, Avatar, Le Dernier Loup, Chéri J’ai Rétréci Les Gosses, Jumanji, Les Fous Du Roi, Flightplan, Deep Impact, The Amazing Spider-Man, Un Homme D’exception, House Of Sand And Fog, Les Disparus et La Légende De Zorro.
      D’ailleurs, il y a ma collection compléte sur le site Film Music Site (http://www.filmmusicsite.com/fr/members.cgi?go=member&meid=9789), si cela t’intéresse.

  5. Coucou,

    Désolé pour ce commentaire copier-coller (tu peux le supprimer dès que tu l’auras lu 😉 ). Je voulais juste te dire que j’avais fermer mon blog. Envie d’autre chose, envie de parler cinéma (et d’autres choses) différemment. Du coup, si cela t’intéresse, tu pourras me retrouver à l’adresse suivante :

    http://mrvladdy.wordpress.com/

    A bientôt j’espère 😉

    1. Je ne le supprimerais pas (ça fait un commentaire de plus pour cet article 😉 ). En tout cas, je ne manquerais pas de suivre l’actu de ton journal de bord comme je le faisais déjà – un peu – sur ta page Facebook.

  6. Un film catastrophe qui, visuellement, ressemble à 2012… Personnellement, même si le film semble faire le minimum syndical, la bande-annonce ne m’a pas donné envie.

  7. Je l’aborderais sur mon blog ce week end et tu verras que nos avis son quasiment similaire… en tout cas une très bonne surprise, j’en attendais rien de spécial et le résultat est que j’ai pris beaucoup de plaisir devant ce film… une bonne surprise.

  8. Avis similaire, « bête et efficace », décidément, je pense que tu sais toujours trouver les bons mots pour définir les films !
    Y’a des gros bras, de l’action et pas trop de moments pendant lesquels s’ennuyer, tout ce qu’il faut ^^

    1. Merci 🙂 Dans le genre, je trouve que c’est vraiment ce qui s’est fait de mieux depuis Le Jour D’après (ce qui fait pas mal de temps, mine de rien).

    2. Pas grave 🙂 En tout cas, il fait partie des meilleurs films catastrophe tournés récemment – et sans doute le meilleur film de Roland Emmerich. Donc, si tu as l’occasion de le découvrir, tu peux y aller sans problème 🙂

    1. Peu nombreux, en effet. Peut-être faut-il vraiment aimer les films catastrophes pour l’apprécier.

  9. à flics: J’aime ce genre de film même si je ne l’affectionne pas particulièrement et je dois dire que vraiment je ne pensais pas adhérer à celui-ci mais le fait est que si. C’est vraiment un bon film.

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