Critique : Vice-Versa (2015)

Vice Versa 1

Se souvenir de belles choses.

Longtemps phare d’un genre en quête de renaissance, Pixar paraissait, depuis cinq ans, s’assoupir paisiblement sur ses lauriers, l’audace de ses débuts se lovant insensiblement dans les vapeurs maternante de suites à succès sans éclat. Ainsi, petit à petit, l’euphorie de l’inspiration se consumait sur les tables à dessiner, l’étincelle de son trait se fanait. Le sémaphore de l’animation n’était alors plus que l’ombre de lui-même. Conscient de cette céphalée artistique de plus en plus invalidante qui le touche, l‘aréopage du studio a décidé de stopper les rotatives. Une année sabbatique, nécessaire pour remettre à plat leurs desseins et retrouver cette fantaisie qui avait été, jadis, la source de leurs plus illustres ouvrages. Autant dire que lorsque les génies de la lampe mettent en branle leurs encéphales, ça déméninge sec ! Vice-Versa sonne donc comme un retour en grâce. « Le projet le plus ambitieux de Pixar à ce jour » de l’aveu même de Pete Docter, le praticien chargé de soigner les maux qui ankylosaient son atelier de création. Sans doute parce qu’il joue ici davantage que la postérité du studio dans la mémoire collective, son éternité dans le cycle cinématographique. Pour cela, le réalisateur perce la boite à cerveau d’une fillette contrainte et forcée de laisser son enfance derrière et suivre ses parents à l’autre bout du pays. À l’intérieur, les cinq petits corps célestes qui la dirigent, incarnant respectivement une humeur, sont eux aussi bousculé par les évènements. La dépression guettant, menaçant de souiller les perles de souvenir précieusement conservées dans la mémoire centrale, le quartier cérébral se détraque et expédie Joie et Tristesse dans le dédale des cartes cognitives, laissant alors Dégoût, Colère et Peur gouverner les pensées de la jeune Riley. Bien que le fil conducteur du récit se révèle, de prime aborde, d’une simplicité presque enfantine (revenir à la maison, ramener l’héroïne à la raison), il impose en contrepartie au cinéaste d’étudier précisément le tempo de son métrage afin d’entraîner les spectateurs dans son influx. L’eurythmie imposée par l’image, le montage et la sublime mélopée composée par Michael Giacchino ne manquera finalement pas d’emporter avec lui l’attention de nos chers petites têtes blondes, lorsque les grands enfants se délecteront de cet univers riche de couleurs nous emmenant sur le chemin de la résilience. Car la grand force de Vice-Versa est sa densité esthétique, sa capacité à simplifier des concepts complexes et abstraits en recourant à des allégories d’une rare pertinence (l’industrie du rêve et celle du cinéma). Avec ce projet, Pixar retrouve donc cette douce insouciance et cette touchante maturité qui ont faits ses beaux jours, associant au burlesque d’une galerie de personnages diablement attachants une profonde réflexion sur le rôle de la tristesse et de la parole dans la reconstruction de soi-même. Cette rosée de larmes que sa bouleversante lumière fait ainsi naître aux creux de nos yeux produit à l’écran le plus éclatant photométéore qu’il nous a été donné de voir cette année. (5/5)

Vice Versa 2

Inside Out (États-Unis, 2015). Durée : 1h34. Réalisation : Pete Docter, Ronaldo Del Carmen. Scénario : Pete Docter, Meg LeFauve, Josh Cooley. Montage : Kevin Nolting. Musique : Michael Giacchino. Distribution Vocale (VO) : Amy Poehler (Joie), Phyllis Smith (Tristesse), Bill Hader (Peur), Lewis Black (Colère), Mindy Kaling (Dégoût), Richard Kind (Bing Bong). Distribution Vocale (VF) : Charlotte Le Bon (Joie), Marilou Berry (Tristesse), Pierre Niney (Peur), Gilles Lellouche (Colère), Mélanie Laurent (Dégoût), Didier Gustin (Bing Bong).

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40 commentaires

    1. De même, je les avais trouvé en dessous de ce à quoi le studio nous avait habitué. Là, c’est vraiment un très grand cru.

  1. C’est aussi pour cette raison que je n’étais pas forcément pressé de découvrir ce nouveau cru de Pixar… Mais la chronique est dithyrambique

  2. Un retour en force d’une intelligence folle et avec une animation mélangeant cartoon et photoréalisme. Reste la vf qui m’a souvent irritée comme Charlotte LeBon.

    1. En ce qui me concerne, je n’ai eu aucun problème avec le doublage, que j’ai trouvé excellent (surtout Marilou Berry).

    2. Charlotte LeBon je ne l’aime déjà pas en temps normal mais alors ses tentatives d’enlever son accent québécois (sans succès bien évidemment) m’ont gonflé. Pareil pour Gilles Lellouche. Autant je l’aime bien en tant qu’acteur mais en tant que doubleur cela ne passe jamais. Même si c’est mieux que pour Cars 2 où il fait malheureusement du remplacement. Je vais normalement le revoir en vo cette semaine et rien que pour Amy Poelher qui a une voix merveilleuse (quand on regarde Parks and recreation depuis trois semaines c’est sûr! :)) je fonce.

    3. Peut-être donc n’ai-je pas l’ouïe aussi fine que toi en terme de doublage vocal 🙂 En tout cas, n’hésite pas à repasser pour me donner ton avis sur la VO.

    4. Hè bien j’ai le regret de dire que la vo est bien meilleure en raison de son casting. Mindy Kaling est parfaite en Dégoût car elle adore jouer ce genre de rôle. Lewis Black est bien plus excessif que Gilles Lellouche. Bill Hader aussi par rapport à Pierre Nimey qui est plus maniéré. Mais surtout Amy Poelher est littéralement Joie. Mon ami qui le découvrit lundi avec moi a réagi comme moi. Joie c’est Leslie Knope tout craché, soit le personnage de Poelher dans la série Parks and recreation. Elle était le choix parfait et elle est parfaite.

    5. En tous cas, si tu ne connais pas je te conseille de découvrir la série Parks and recreation durant cet été, histoire de voir où je veux en venir avec Amy Poelher.

    6. Le problème est que, niveau série, je suis déjà blindé avec les animés japonais (je suis actuellement sur la saison 2 de Free ! et sur Plastic Memories, et je vais bientôt entamer Joker Kaito), la saison 2 de True Detective et la saison 1 de The Brink. Mais je prends bonne note de tes recommandations 🙂

    7. Bah pour True Detective je pense que tu devrai attendre la fin de la saison pour les voir. Le Binge Watchin me parraît plus logique pour cette série.

    8. La gavage audiovisuel, très peu pour moi. J’aime prendre mon temps et laisser décanter les choses que je découvre (que ce soit les séries, les animés, les livres ou les manga).

  3. Je suis allée le voir ! Dans l’ensemble j’ai quand même bien aimé ce Pixar, bien foutu avec une idée pourtant simple, efficace, bon doublage en VF en ce qui concerne (surtout Marilou Berry, vraiment géniale sa voix!), l’animation est évidemment réussie etc… Cependant, bizarrement je ne partage pas cet enthousiasme général et pourtant j’aime énormément le travail de Pixar. En fait, d’habitude, ce que j’aime dans Pixar, c’est la double lecture (enfants/adultes). Là, j’ai pas trouvé le film très accessible pour les gosses, ça m’a quand même pas mal gênée, j’aurais aimé voir davantage cette double lecture. Et même si je l’ai trouvé touchant (et également parfois drôle – je le préicse), contrairement à d’autres films Pixar où je suis ressortie de la salle bouleversée, je m’attendais disons à plus émouvant.

    1. Tout à fait d’accord sur la VF et Marilou Berry, qui a vraiment trouvé le ton juste pour apporter cette tristesse dans se voix. Vraiment formidable.
      Pour le reste, je ne partage pas vraiment ton avis concernant l’émotion du film car, me concernant, c’est le Pixar qui m’a le plus émus devant Là-Haut et Toy Story 3. Une vraie fontaine !

    2. On n’est pas loin de « Toy Story » avec cette histoire de deuil du doudou. Quant à « Là-haut », je crois bien que l’intro sans parole retraçant l’histoire de Carl Fredricksen et de son épouse se situe dans ce que l’animation a inventé de plus émouvant, pas très loin du « tombeau des lucioles » et la mort de la maman de « Bambi ».

  4. Justement, j’avais vraiment chialé devant Là-Haut et Toy Story, là je l’ai trouvé touchant mais ça allait en sortant de la salle (alors que d’habitude quand je pleure au ciné, je suis lamentable). Après, l’émotion, c’est très personnel !

    1. Oui, je sais 😦
      Pour l’émotion, c’est en effet quelque chose de très personnel. Tout ce qui a trait à la nostalgie, ce qui était, ce qui pourrait être et ce qui n’est plus, moi, ça me bouleverse.

  5. Et dire que j’entends certains « critiques » proclamer que ce film est laid visuellement, médiocre au niveau de son animation, ou inférieur à Miyazaki… A chacun son avis après tout, mais des fois je me demande si une partie de grand public affiche un sérieux manque de culture dans le domaine.

    1. Je pense qu’ils doivent confondre entre qualité et simplicité de l’animation. L’animation ne fourmille pas ici de mille et un petit détail (hormis cette fine photolyse autour des corps des différentes émotions) mais elle n’en demeure pas moins efficace et cohérente à mes yeux.

  6. Bizarrement, c’est pas le Pixar qui me donnait le plus envie ( peut-être à cause des dernières sorties, moins au top que d’habitude ) mais là je meurs d’envie de le voir !
    Je pense que je vais préparer les paquets de mouchoirs, je viens de voir qu’il était plus triste que Là-Haut et Toy Story 3, or je sais que je suis une fontaine devant ces deux films, je pensais pas que c’était possible de faire pire ( ou mieux en fait ! )

  7. Un film que j’ai beaucoup aimé. Je me le referrais bien d’ailleurs ^^ (Petit coup de coeur pour le passage dans la tête du chat que je trouve excellent 🙂 )

    1. Oui, moi aussi j’ai adoré aussi ce passage 🙂 Depuis, quand je vois les miens faire les 24h du Mans dans les escaliers, ça me fait rire.

  8. Une petite déception quand même. Merveilleux sans aucun doute mais n’atteint les sommets à cause d’un scénario convenu. Dès la première « chute » de mémoire on devine que ça va se succéder et donc tourner un peu en rond…

    1. Je comprends. Après, tout cela dépend du degré d’implication. J’avoue m’être impliqué sans retenue dans cette histoire, passant finalement totalement au dessus de cette routine présente sur le papier.

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