La Revue Du Béophile n°4 : Jurassic World, Tomorrowland, Inside Out

Retour en enfance.

Revue BO 4 1Jurassic World / Michael Giacchino (77 min.)

« L’idée n’était pas de se glisser dans les chaussures de John Williams, mais de créer de nouvelles paires » déclare avec humour Colin Trevorrow au sujet de la marche à suivre par le compositeur Michael Giacchino sur ce Jurassic World. Cependant, les intentions les plus simples sur le papier ne sont pas moins les plus délicates à mettre en œuvre. S’affranchir de l’héritage légué par son créateur tout en commémorant l’esprit, voilà le délicat défi que se doit de relever celui qui avait brillamment succédé à Jerry Goldsmith sur la franchise Star Trek. Mais si elle peine à égaler la gracile virtuosité williamsienne lorsque cette dernière s’invite à la fête, sa signature s’impose en revanche d’elle-même lorsque celle-ci se libère de cette encombrante ascendance pour laisser son sens de la mélodie, du gimmick (le menaçant motif au tuba présentant l’Indominus Rex) et de la combustion orchestrale (Chasing Dragon, Raptor Your Heart Out, Costan Rican Standoff) marquer plus concrètement son territoire. Ainsi, à la différence de Don Davis, qui avait parfaitement assimilé le style du maître au point de s’y effacer totalement, Giacchino choisit de mesurer sa force à celle du vieux dinosaure en proposant une discrète et belle alternative musicale à son univers. (4/5)

 

Revue BO 4 2Tomorrowland / Michael Giacchino (74 min.)

Avant d’entamer ses fouilles sur la terre des dinosaures, Michael Giacchino se lançait à la poursuite de demain, « quelque part entre le romantisme de Richard Strauss et le minimalisme de John Adams ». Deux points cardinaux pertinents au regard l’univers déplié par Brad Bird au sein duquel se détache la silhouette du prédicateur Zarathoustra, dont la poésie, traduite en note par Strauss en 1896, est venue par la suite couvrir l’odyssée spatiale peinte par Stanley Kubrick en 1968. Avec ce Tomorrowland, le compositeur, s’inspirant également du désordre symphonique et de l’Harmonium de choeur dirigé par Adams (très prégnant dans la scène se déroulant dans la sphère de tachyon projetant le futur de l’humanité), vogue donc avec ardeur sur l’ode de l’idéalisme romantique, fort d’un thème enchanteur transporté par une joviale canonnade de cuivres. À l’image de ce qu’il avait pu composé pour les deux derniers Star Trek, cette trépidante partition, mariant le lyrisme au ludisme, s’impose rapidement comme un petit bijou d’écriture du merveilleux et de l’action (All House Assault, The Battle Of Bridgeway). (4.5/5)

 

Revue BO 4 3Inside Out / Michael Giacchino (66 min.)

Retrouvant son ami de Là-Haut, Michael Giacchino stimule notre îlot des plaisirs avec un nouveau kaléidoscope de couleurs, un manège enchanté miroitant une délicate berceuse dont le cœur battant au rythme de quelques frêles notes de piano fait éclore une inoubliable mélodie. Confiant la gestion de son attraction à Tim Simonec, son fidèle orchestrateur qui fit éclater l’an passé son Big Band sur l’inoubliable Whiplash, le compositeur fait pétiller dans nos oreilles mille est une émotion, son talent traversant, de manière bien malicieuse et toujours avec allégresse, les plaines du jazz (totalement libéré de ses chaînes avec le fiévreux Abstract Thought), les ambiances poupines (Imagination Land) et de frissonnants sommets d’émotions (Rainbow Flyer) avant d’amerrir sur une mer vibrante de mélancolie. Ainsi, sans jamais faiblir, même lorsque l’effervescence de la fanfare laisse place à la nuit, ce magnifique carrousel continue de rayonner de sa lumière sur ce parc au sein duquel s’épanouit notre âme d’enfant, laissant alors en nous le souvenir impérissable d’un inoubliable moment de bonheur musical. (5/5)

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19 commentaires

  1. Je ne les ai pas écouté dans le détail, mais à choisir ce serait Inside out. Pour avoir vu trois fois le film (une fois en avp et deux fois avec des potes ne l’ayant pas vu), je trouve que la musique de Michael Giacchino se marie parfaitement avec les images, donnant même lieu à une mélancolie subtile. Tomorrowland donne du merveilleux et fait plaisir à écouter. Jurassic World fait peut être trop dans l’hommage, c’est ce qui peut paralyser la musique parfois.

    1. C’est donc un peu comme moi : ma préférence va instantanément pour Inside Out, bien que les deux autres partitions n’aient pas à rougir de la comparaison – surtout Tomorrowland, qui s’écoute magnifiquement bien.
      Pour Jurassic World, le problème n’est pas tant la reprise du thème de John Williams que cette comparaison qu’elle impose avec le style de Giacchino, assurément moins « gracieux ». Et en effet, tu as raison, cela paralyse un peu l’écoute.

    2. Inside out le change un peu aussi. Des petites touches par ci pas besoin de grosses trompettes. Une musique douce .
      C’est dommage car l’aura du score de John Williams revient finalement toujours et ce malgré que Giacchino fait bien son travail.

    3. En effet, l’écriture et l’instrumentation d’Inside Out apparait comme très dépouillé – surtout comparé à Jupiter Ascending. Sur celui-ci, il s’était vraiment montré très généreux.

    4. De toutes manières quand Giacchino est chez Pixar il réussi toujours à trouver quelque chose de nouveau. Le côté jazzy des Indestructibles, le côte carte postale parisienne de Ratatouille, la ritournelle émotionnelle de Up et maintenant un traitement dépouillé pour Inside out. Je me réjouis de le retrouver aux commandes du prochain Star Trek. 😉

    5. Pareil. J’avais un peu peur que le départ de J.J. Abrams ne remette en cause la présence de Giacchino sur ce troisième volet. Au mieux, on aurait eu Brian Tyler, qui a plus d’une fois pris le relais de Jerry Golsmith (sur Timeline et Rambo). Au pire, un rejeton de RC. Mais là, avec cette annonce, nous voilà rassuré.

      D’ailleurs, tu as vu, Tarantino bénéficiera enfin d’une musique originale pour son prochain film – à moins qu’il demande à Ennio Morricone de décalquer ses partitions. Mais vu le caractère bien trempé du compositeur, cela m’étonnerait que cette collaboration se déroule de cette manière.

    6. J’imagine tellement bien Michael Giacchino sur un Star Wars mais pour l’instant, il me paraît normal de revenir directement à John Williams. Je pense en plus qu’il va être très inspiré pour The force awakens. Mais Giacchino a déjà en soi Star Trek et il a réussi parfaitement à s’en occuper jusqu’à présent. Le morceau utilisé pour la mort du père Kirk est absolument magnifique au point de n’entendre qu’elle.
      Oui j’ai vu, j’ai envie de te dire qu’il était temps!

    7. Il aura peut-être en charge la musique du spin-off dirigé par Colin Trevorrow. De toute manière, John Williams n’est pas éternel, et Giacchino prendra sans aucun doute les reines de la saga lorsque ce dernier ne sera plus capable de l’assumer.

    8. Trevorrow n’a pas de spin off ni d’épisode c’est juste une rumeur. Et si cela arrive ce serait plus l’épisode IX.

    9. Pour l’instant s’en est une. Mais on ne sait jamais. Josh Trank est parti plus ou moins à coup de pied au cul (selon des rumeurs non-officieuses le bordel autour de Fantastic Four aurait sérieusement découragé Lucasfilms de continuer avec lui) du spin-off sur Boba Fett. Rian Johnson ne serait vraisemblablement plus aux commandes des épisodes VIII et IX mais seulement du VIII. Cela reste à éclaircir. En tous cas sûr: The force awakens en décembre, Rogue One par Gareth Edwards en 2016, Episode VIII par Johnson en 2017 et le spin off sur le jeune Han Solo par Phil Lord et Chris Miller en 2018.

    10. C’est le risque en effet mais on savait qu’ils n’allaient pas relancer Star Wars sans faire des petits à côté. Perso je préfère m’intéresser au cas par cas, plutôt que de faire dans la surenchère. Un peu comme quand je les ai découvert à l’époque. Un par un (La menace fantôme en vhs, L’attaque des clones au ciné) et ensuite me lancer dans la trilogie originale en vhs et finir en 2005 par La revanche des sith. Je préfère me focaliser sur The force awakens pour l’instant, qui reste pour la fin de l’année ma grosse attente. 😉

  2. Je ne les ai pas non plus écoutées après avoir vu ce film, j’aurais tendance à choisir la BO de Vice Versa, qui colle bien au film. Après la BO de Jurassic World passait bien aussi sur les images, par contre j’ai pas aimé la BO de Tomorrowland, trop envahissante pour mes oreilles… (peut-être parce que j’ai pas trop aimé le film, ceci explique cela).

    1. C’est vrai que la musique de Tomorrowland s’impose assez franchement à l’oreille, ce qui peut déplaire à ceux préférant les ambiances moins opulentes.

  3. 2015 Aura vraiment été l’année de Giacchino, ses quatre scores (en comptant celui de Jupiter Ascending) démontrent s’il en était encore besoin à quel point le bougre carbure à l’imagination! Et puis c’est drôle de voir Giacchino boucler la boucle sur « Jurassic World » après son excellent boulot sur le jeu « The Lost World » 😀

    Niveau perso, quelques unes de ses derniers compos m’inspirent au plus haut point. La génialement folle « Abstract Thought » m’inspire quand je dessine, et « As Jurassic World Turns » tourne en boucle sur mon lecteur mp3. 😀

    1. Abstract Thought est vraiment super, rythmé en diable. J’accroche moins à As Jurassic World Turns. Je retiens davantage Costa Rican Standoff, Raptor Your Heart Out, la Suite en fin d’album, et aussi Bury The Hatchling, qui rappelle le malaise suscité par l’inquiétant Opening Titles du premier Jurassic Park.
      D’ailleurs, le morceau composé par le fils Giacchino, Sunrise O’er Jurassic World, est pas mal non plus.
      Mais la piste qui tourne le plus dans mon MP3, c’est All House Assault de Tomorrowland. Ce morceau me fait grimper au plafond comme pas possible.

  4. N’ayant vu qu’Inside Out dans ce lot, je ne peux me prononcer que sur la qualité de ce petit « bonheur musical » dont tu parles. Il contribue incontestablement à asseoir notre implication dans cette aventure cérébrale qui nécessite une pleine adhésion du spectateur de tout âge.

    Un petit mot pour conclure sur la disparition, il y a un mois, de James Horner (qui aura je l’espère sa place dans une rétro dont as le savoir-faire) à qui on doit les scores indissociables des scènes marquantes de « Aliens », « Titanic » ou « Avatar ».

    1. En effet, Inside Out est un petit bonbon plein de couleur qui est loin d’être uniquement réservé aux enfants.

      Concernant le regretté James Horner, en attendant d’écrire une oraison à la hauteur du vide qu’il laisse dans le monde de la musique pour image, je lui dédierais un petit éloge lorsque son dernier râle composé pour Antoine Fuqua aura trouvé le chemin de mes oreilles 🙂

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