Critique : Noragami [Saison 1] (2014)

Noragami 1
Lame du guerrier.

Depuis que le sacré s’est soustrait des conflits du monde contemporain, Yato, dieu de la guerre, est au chômage. Cette crise de foi le contraint à vivre une vie de bohème, sans autel dans lequel se loger, mendiant ses services auprès des mortels en effectuant de basses besognes ou en expurgeant la mégalopole des ayakashi, de purulentes entités démoniaques cherchant à souiller les âmes les plus frêles. Bien que l’habit ne fait jamais le moine, difficile cependant de se reconvertir pleinement lorsqu’on porte l’abandon spirituel sur soi et que l’on souffre d’hyperhidrose palmaire. Plus d’un instrument divin a ainsi invoqué sa démission afin de remettre son allégeance entre les mains d’une divinité aux effluves intellectuelles et corporelles plus envoutantes. Une exhalaison qui n’effraie pourtant pas Hiyokiri, jeune étudiante dont la narcolepsie, survenu à la suite d’un accident, lui prête la capacité de naviguer entre le monde des humains et celui des esprits. Une aptitude qu’elle perçoit comme un handicap, mais qui lui ouvre également la porte à une nouvelle existence sociale aussi dangereuse que précieuse. Ainsi, en poursuivant Yato et son insolent « shinki », Yukine, dans leur combat contre les forces de l’ombre, cette adolescente téméraire s’engage dans les sombres artères de cette fantasy urbaine tracée par la mangaka Toka Adachi, et dont l’univers porte désormais l’étampe d’un des plus populaires maîtres forgerons de l’animation japonaise. Le studio Bones affute ainsi ses teintes et son trait pour parfaire cette adaptation, polissant une animation dont l’éclat s’exprime remarquablement dans cet intense bleu acier avivant le regard de ce dieu irascible, immature, mais follement attachant. Ces incandescentes nuances luisant à la surface de ces miroirs de l’âme offrent d’ailleurs un magnifique écrin à la psychologie des personnages, les fixant durablement dans nos yeux, compensant le déséquilibre entre intensité et progression dramatique. Car si les émotions nous agriffent régulièrement au cours des douze épisodes composant cette première saison, le fil de son intrigue tend, en revanche, à s’émousser, ne parvenant pas à tendre un arc narratif aussi pénétrant que son esthétique. La plume du scénariste rodent ainsi autour des héros et de leurs pâles antagonistes, taille les larges contours de leurs personnalités, mais ne parvient pas à porter l’estocade qui les condamnerait à répandre leurs états d’âme et les amener sur le chemin de l’évolution, laissant Yukine et son dévorant traumatisme obtenir, seul, la bénédiction d’une amplitude affective plus importante. Une erreur de jeunesse que l’on espère voir gommer lors de la seconde saison. (3/5)

Noragami 2Noragami (Japon, 2014). Format : 12 épisodes. Studio : Bones.  Réalisation : Koutarou Tamura. Scénario : Akao Deko. Musique : Taku Iwaski

Publicités

8 commentaires

  1. J’espère qu’en effet, la seconde saison apportera un arc narratif plus épais et satisfaisant. Perso, les pitreries de Yato étaient si perchées que j’ai adhéré vite à cette série. Et à ce titre, le 13ème épisode est un mémorable concentré d’absurdité 😀

    1. Clair, Yato est un personnage hyper attachant, tout comme Yukine d’ailleurs. Les deux épisodes qui sont consacrés à son traumatisme (les épisodes 8 et 9) sont les meilleurs, à mes yeux. Par contre, le personnage de Rabo, qui bénéficie d’un court développement au sein de la série, fait vraiment pièce rapporté (et apparemment, il ne serait même pas présent dans les mangas originaux).

      Sinon, je ne sais pas d’où tu sors le 13ème épisode, n’en ayant vu que douze. Sans doute un épisode secret dont toi seul connais l’existence 😉

  2. Ce 13ème épisode est un OAV, il n’a pas une grande importance sur la trame, plus un épisode fanservice… maintenant que je regarde il y’a eu quelques épisodes supplémentaires qui ont été produits, surement pour faire patienter les fans avant la nouvelle saison 🙂

    1. Bon bien je jetterais un oeil à cet OAV.
      Sinon, du même studio (Bones), est-ce que tu as vu la série Captain Earth ? Parce que je me suis risqué à la découvrir, et j’ai trouvé cela horriblement ennuyeux. J’ai décroché au bout de 6 épisodes.

    1. Je pense que ce n’est pas le seul animé à être inconnu du grand public, qui se passionne modérément pour ce genre de medium (preuve en est, le nombre de commentaires ornant les billets consacrés aux animés en comparaison de ceux traitant des films dit de « cinéma »).
      Merci de ton passage 🙂

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s