Critique : Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E.

Agents Très Spéciaux - Code UNCLE 1Il était une fois la frime.

Avec Arnaques, Crimes Et Botanique, puis avec Snatch, Guy Ritchie, shooter autodidacte ayant fait ses premières armes sur les spots publicitaire, renouvelait la forme du cinéma policier, dynamitant les règles de la narration en la pliant à celles du clip. Exécution dont la synesthésie du montage-image et de la bande-son en constitue le principal point d’appui, ce style qui incarnait, à l’aube du XXI siècle, l’avenir du récit cinématographique, se révéla être finalement un handicap pour le cinéaste britannique. Lentement, cette esthétique novatrice vampirisa sa narration, tant et si bien qu’il ne parvient aujourd’hui plus à dérouler le film de ses intrigues autrement qu’en entremêlant, parfois jusqu’à l’écœurement, les temporalités et les focalisations. La frêle ligne de démarcation séparant la cohérence diégétique (les ralentis et la déconstruction narrative pour illustrer les capacités de raisonnement de Sherlock Holmes) de la frime (le cas Revolver, encore dans toutes les mémoires), il la franchit, du bout des mocassins, avec Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E. . Adaptation sur grand écran de la série éponyme de 1964 avec Robert Vaughn et David McCallum, elle met en scène les aventures de Napoleon Solo (Henry Cavill) et d’Illya Kouriakine (Armie Hammer), deux agents mis au régime par leurs gouvernements respectifs afin d’exploiter leurs talents particuliers. Entre le cowboy et le péril rouge, c’est la Guerre Froide. Mais bientôt, ces deux blocs d’espions que tout oppose doivent collaborer pour mettre la main sur un scientifique allemand dont la maîtrise de l’ingénierie nucléaire en fait une cible d’exception pour les organisations terroristes. Afin d’élargir ce postulat de départ, Ritchie bouffe du Leone au petit-déjeuner. Il ressuscite, dans l’écriture de ses personnages (le passé familial de Kouriakine, la parcours de l’Oncle Rudi) et dans sa mise en scène comme dans sa superbe bande-son, confiée au bon soin de Daniel Pemberton, l’esprit d’Il Était Une Fois Dans l’Ouest et des grandes fresques du maestro : hyper dramatisation, contraction du cadre, et surtout dilatation du temps, le cinéaste recourant ad nauseam au flash-back pour étirer sa narration. Mais si certaines séquences visent justes (les retrouvailles lyriques entre un père et sa fille), Ritchie n’est pas Leone, et cette posture, inhabité par la majesté de son modèle mais occupé par l’orgueil esthétique de son auteur, de placer le long métrage sous assistance respiratoire pendant près de 120 minutes inégalement passionnantes. Heureusement, la somme de talents convoqués devant (le duo Cavill/Hammer, Elizabeth Debicki et Sylvester Groth) comme derrière la caméra (John Mathieson, ancien chef opérateur de Ridley Scott), en plus du charme rétro émanant de son élègante direction artistique, tire vers le haut ce qui restera un petit divertissement. (3/5)

Agents Très Spéciaux - Code UNCLE 2

The Man From U.N.C.L.E. (Grande-Bretagne, États-Unis, 2015). Durée : 1h56. Réalisation : Guy Ritchie. Scénario : Guy Ritchie, Lionel Wigram. Image : John Mathieson. Montage : James Herbert. Musique : Daniel Pemberton. Distribution : Henry Cavill (Napoleon Solo), Armie Hammer (Illya Kouriakine), Alicia Vikander (Gaby Teller), Elizabeth Debicki (Victoria Vinciguerra), Luca Calvani (Alexander), Sylvester Groth (Oncle Rudi), Hugh Grant (Alexander Waverly), Jared Harris (Sanders), Christian Berkel (Udo Teller).

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11 commentaires

  1. Je vois que Ritchie est fidèle à lui-même : esbroufe, tape-à-l’oeil sans une once de profondeur filmique. Je vais éviter les palpitations en n’allant donc pas voir ce film « sous assistance respiratoire » (celle-là je me la garde au frais pour me la ressortir un de ces quatre tellement elle bonne !)

    1. Ce n’est pas mauvais pour autant (sinon, je ne l’aurait pas affublé d’un 3/5). C’est plaisant, le film possède de très belles qualités. Mais la narration filmique : mon dieu !

  2. J’avais envie d’aller voir le film mais ton avis me refroidit sérieusement. Surtout que j’avais bien aimé « Kingsman » et que je ne suis pas certain qu’il soit du même niveau.

    1. Pas vu Kingsman, mais UNCLE n’est pas mauvais, loin de là. J’émets juste une grosse réserve sur la manière dont est conduite la narration, le reste est de bonne qualité.

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