Critique : Maryland (2015)

Maryland 1Maître en sa demeure.

Certaines œuvres cinématographiques demeurent insaisissables, et à la lecture du résumé de Maryland, qui aborde, côte à côte, le stress post-traumatique, la romance et le thriller, de nombreux points d’interrogation germent dans nos esprits. Ainsi, on s’interroge sur la direction que va imprimer la réalisatrice et scénariste Alice Winocour, nouvelle prodige du cinéma francophone dont la plume a conduit son Mustang vers l’hippodrome des Oscars, à son second long métrage, et quelle sera la véritable nature de son ambiance. Très vite, après l’apparition du titre, frappé d’un bleu néon et d’une musique de rave, on constate qu’elle fait le choix de s’aventurer sur les terres de l’invasion domestique. Au sens propre, d’abord, avec cette menace de l’ombre venant lentement briser l’isolement de la villa-état baptisé Maryland, siège d’une magouille politico-financière (un trafic d’arme, comprend-on). Une zone grise connectée au reste du monde par les chaînes d’informations et les caméras de surveillance, dont l’omniprésence dans le cadre traduit autant le rôle central de cette plateforme dans l’économie souterraine que son isolationnisme vis à vis de son environnement extérieur. Au sens figuré, ensuite, avec le personnage de Vincent (magnétique Matthias Schoenaerts), soldat en permission qui n’est plus maître en sa propre demeure. Son âme est ainsi occupée par des hôtes étrangers qu’il ne parvient pas à chasser, ni même à percevoir l’arrivée, cette tension se cristallisant autour des courbes de Jessie (Diane Kruger, dont l’ingratitude du rôle est proportionnelle à la qualité de son interprétation), régente du domaine dont il est temporairement le gardien, une blonde incendiaire dont il est incapable de mesurer son degré d’innocence – et d’inconscience – dans les affaires douteuses de son mari. Stigmate de son aventure avec Augustine, où elle auscultait les méthodes thérapeutiques du professeur Charcot, Winocour dresse donc ici une vision excessivement empreinte de psychologie, installant dans sa narration des angles morts et des zones inaccessible au champ de vision afin de cultiver le malaise et la paranoïa autour du sens à donner aux images qu’elle produit. Le soin qu’elle apporte à la bande-son (le travail de Mike « Gesaffelstein » Lévy s’approchant davantage du design sonore que de la musique) et à la réalisation lui permet de faire résonner plus efficacement ces deux niveaux de lecture qu’abrite son récit. Cependant, par cette esthétique arrogante et froide, Maryland se rend indomptable d’un point de vue affectif, ne faisant naître aucune empathie pour les sujets qu’elle filme. Au delà de quelques scènes chocs, on reste donc insensible face à cette boule de nerfs terriblement abouti dans sa forme mais inachevé sur le fond. (3/5)

Maryland 2

Maryland (France, 2015). Durée : 1h38. Réalisation : Alice Winocour. Scénario : Alice Winocour. Image : Georges Lechaptois. Montage : Julien Lacheray. Musique : Mike Lévy Gesaffelstein. Distribution : Matthias Schoenaerts (Vincent), Diane Kruger (Jessie), Paul Hamy (Denis), Victor Pontecorvo (Tom), Zaïd Errougui-Demonsant (Ali), Percy Kamp (Imad Whalid).

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6 commentaires

  1. Que n’ai-je le temps d’aller au cinéma en ce moment ! Mais foin de lamentations puisque tu nous parles si bien de ce « Maryland », confirmant la tendance actuelle du cinéma français à ne jamais laisser le guerrier au repos (après « Dheepan » et alors que sort en même temps « ni le ciel ni la terre »). Malgré les réserves, on peut dire qu’il y a tout de même des envies d’explorer d’autres terres parmi les réalisateurs de nos contrées.

    1. C’est en effet autre chose que les comédies tartes à la crème et les films d’AUTEUR assommant dont le cinéma français s’est fait la spécialité depuis une dizaine d’année.
      Merci pour le compliment, et je croise les doigts pour que tu aies le temps d’aller te faire une petite toile un de ces jours 😉

  2. Tout comme prince, pas trop le temps d’aller dans les salles obscures en ce moment, mais je prends bonne note de ce film qui a l’air intéressant. Dommage que le fond ne soit pas au rdv visiblement…

    1. Disons qu’il n’y a pas assez pour s’approprier les personnages et leurs tourments. On reste en surface, quoi.

  3. J’ai cru un instant que Matthias Schoenaerts revenait tourner sur les lieux de « De rouille et d’os »… Comme j’aime bien cet acteur massif découvert avec l’excellent « Bullhead », je me laisserai peut-être tenter.

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