La Revue Du Béophile N°6 : Everest, Ant-Man, Human

L’infiniment petit et l’infiniment grand.

EverestEverest / Dario Marianelli (49 min.)

Relégué aux films d’époque et aux drames, bien qu’il ait cheminé à plusieurs reprises sur les sentiers du cinéma de genre (V For Vendetta, Shrooms, The Brave One), le compositeur italien Dario Marianelli se voit enfin offrir l’opportunité de quitter son camp de base pour prendre un peu de hauteur avec Everest. Une fois terminé la première ascension des seize pistes composant l’album édité par Varese Sarabande, cette dernière création nous apparait comme très académique et sans grand relief, surtout sur les rares morceaux orientés action, simples agrégats de percussions et de motifs électroniques. Cependant, les partitions de Marianelli ne sont pas de celles dont la beauté se révèle dès la première écoute. On prend un peu de recul, on écarte la première impression, et on porte encore quelques coups de piolet afin de s’installer sur un autre point de vue. On repère alors davantage les couleurs personnelles disséminées par Marianelli dans une écriture pour « grand-spectacle » qui l’est parfois beaucoup moins, se pliant au dogme musical actuellement en vigueur dans le cinéma américain (il puise d’ailleurs largement dans la formule proposé par Henry Jackman pour Captain Phillips, autre film labellisé « histoire vraie »). Ainsi, les incantations psalmodiées en ouverture par le violoncelle, joliment placé en soliste à une couverture de nappes synthétiques et de murmures vocaux, le délicat mouvement ascensionnel des cuivres, ainsi que le magnifique lamento final, témoigne de la délicatesse et de la mélancolie musicale, fût-elle minime, qui lui est propre. (3/5)

Ant-ManAnt-Man / Christophe Beck (66 min.)

Pour quelques joyeuses perles produites (Percy Jackson, Tower Heist, Frozen), Christophe Beck délivre une bonne poignée de partitions au mieux platement fonctionnelles (Edge Of Tomorrow, The Sentinel), au pire gentiment insipides (Runner Runner, Good Kill). On se demandait donc quel traitement allait-il réserver à Ant-Man, d’autant plus que les films du Marvelverse ne se sont jamais véritablement distingués par l’élégance de leurs accompagnements musicaux (hormis les thèmes composés par Alan Silvestri, ré-arrangés par Danny Elfman sur Avengers: Age Of Ultron). Mais sans dire que ce nouvel effort fourmille d’idées renversantes, Beck s’est senti pousser des ailes sur ce projet. Ainsi, il tisse, autour d’un thème simple mais à l’efficacité mnémotechnique que trop rarement atteinte dans une production Marvel, un score sautillant et charmeur, riche d’une belle section rythmique qui joue à fond la carte de la décontraction. Néanmoins, il veille à ce que sa musique ne désamorce pas complétement les intentions spectaculaires du film, délivrant alors de jolies petites pièces d’action très fonctionnelles (First Mission et son hommage à Avengers) mais agréables. Être sérieux sans pour autant se prendre au sérieux, voilà la clé de son approche qui semble partager une certaine ascendance avec le style de Lalo Schifrin. Une bonne surprise. (4/5)

HumanHuman / Armand Amar (75 min.)

Pour accompagner son dernier documentaire fleuve (dont la diffusion s’est soldée par des dizaines de critiques lapidaires, lui reprochant son côté « catalogue » et son propos dégoulinant de bons sentiments), Yann Arthus-Bertrand s’arrange une nouvelle fois les talents de son ami compositeur, Armand Amar. Comme de coutume, ce dernier oriente son approche vers une musique ethnique et tribale, dont l’écriture repose sur la mise en valeur des solistes (guimbarde, violon, hulussi, taiko, ö-daiko, shime) et des voix (Youssou N’Dour, Gombodorj Byambajargal, Ghada Shbeir). Définitivement, Amar est un artiste sensible dont l’âme appartient au monde, un homme dont l’oreille est tourné vers les autres plus que vers lui-même (ce que montre superbement le making-of consacré à l’enregistrement de la musique diffusé sur France 2). Finalement, ce généreux score, qui ne s’éloigne pas des codes élémentaires de l’illustration documentaire, donne surtout à vivre une odyssée à travers les richesses harmoniques de notre humanité. Une classique mais noble aspiration qui doit pleinement s’incarner dans les images produites par Arthus-Bertrand. (3/5)

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6 commentaires

  1. C’est toujours un plaisir d’envisager un film à travers sa musique grâce à tes textes si bien rédigés. J’ai aussi le souvenir d’une bande-son très bien accordée avec les aventures du super petit homme. Quant aux deux autres, que je n’ai pas vus, je les imagine désormais dans leur environnement musical, environnement somme toute assez conforme à ce que proposent le spectacle sur l’écran. J’espère peut-être avoir ton avis sur la bande-son du film de Kurosawa « vers l’autre rive », un film de fantôme très bucolique et champêtre mâtiné d’un score aux étonnants sonorités mahlériennes, porté parfois par des envolées symphoniques magistrales. Il serait signé de Yoshihide Otomo (ce qui m’étonne car le bonhomme est plutôt un expérimentateur fou, un bidouilleur de sons). De belles choses à voir, mais aussi à écouter donc.

    1. Merci pour ces compliments 🙂
      Concernant Vers L’Autre Rive, je pense le découvrir en vidéo, les horaires proposés par le cinéma qui le diffusait ne me convenait pas. Je ne connaissais d’ailleurs pas du tout ce Yoshihide Otomo. Du coup, j’ai chiné quelques extraits afin d’avoir un premier aperçu de sa « folie créatrice ». Et en effet, il semble prendre un certain plaisir à maltraiter le son (son expérimentation sur une table de mixage est assez particulière) et à prendre le contre pied des genres musicaux dans lequel il s’aventure (à ce titre, son New Jazz à l’air bien agréable). En tout cas, je te remercie pour cette découverte 🙂
      Pour terminer sur Kurosawa, je me suis acheté le diptyque Shokuzai sur PriceMinister. Cela sera ma première incursion dans son cinéma. J’espère qu’elle me donnera envie de découvrir davantage la filmographie de ce cinéaste.

    2. Je n’ai pas vu Shokuzai (pourtant diffusé sur arte), qui est à l’origine une mini-série de 5 heures pour la télé japonaise. Je n’en ai lu que du bien (même Tina a beaucoup aimé 😉 ), je pense que c’est une bonne entrée. Et si tu as l’occasion de voir « Kairo », n’hésite pas.

  2. Très bonne surprise l’ost d’Ant-Man, que j’ai préféré au film lui-même. En effet le thème principal est d’une belle efficacité et reste en tête, il n’y en a pas eu beaucoup des cas comme ça ces dernières années.

    1. En effet, ça bourdonne beaucoup dans la fourmilière Marvel, mais on n’en retient pas grand chose. Avengers de Silvestri et Ant-Man de Beck sont les seules musiques que l’on est capable de fredonner après écoute (avec peut-être Iron Man 3 de Tyler).

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