Critique : À Vif (2015)

A Vif 1Menu fretin.

Après avoir pénétré les Urgences médicales et sentimentales des soignants du Cook County Hospital, puis décrit les conséquences de la dépression économique sur les cadres d’une compagnie industrielle (le pertinent The Company Men), John Wells se glisse désormais dans les cuisines d’un restaurant doublement étoilé, antichambres de la haute gastronomie où se nouent la réputation d’un établissement et la faveur des palets. Le cinéaste y suit la rédemption d’Adam Jones, « le démon de la cuisine » ainsi que le surnomme la presse spécialisé. Revenu de son purgatoire – une huitrière Néo-Orléanaise – après avoir brûlé la chandelle par les deux bouts, Adam souhaite reprendre sa place derrière les fourneaux afin de décrocher sa troisième étoile. Ses ambitions le font accoster à Londres, dans l’hôtel d’un ancien ami et collègue dont il décide de reprendre les reines de la cuisine, armé pour cela d’une nouvelle équipe, dynamique et talentueuse. L’exigence militaire et les coups de sang portant les chairs à ébullition, l’esprit de corps unissant la brigade, le deuil d’une vie privée insoluble. Le degré de réalisme avec lequel le réalisateur et son scénariste, Steven Knight (auteur de l’excellente série Peaky Blinders ainsi que d’une autre évasion culinaire, Les Recettes Du Bonheur) parviennent à approcher le quotidien de ce métier est manifeste. Encore faut-il pouvoir l’accommoder à une réalisation et une narration au diapason de cette déchirante violence. Or, John Wells, modeste artisan qui faisait jusqu’alors preuve de suffisamment d’autorité pour nous emporter dans les portraits de ses personnages à la dérive, demeure ici bien incapable d’enflammer nos pupilles. Il équarrit expertement les gestes de ces couturiers, s’enivre de la rigueur de leurs dressages, mais échoue totalement à apporter épaisseur et passion à ce spectacle culinaire aux maigres saveurs. La scène au cours de laquelle le héros, sur la voie de la rédemption, hérite des instruments de son mentor disparu résume d’ailleurs parfaitement ce terriblement sentiment d’échec qui nimbe le film, le cinéaste ne parvenant pas à pénétrer, par sa mise en scène, cette existence entièrement dévouée à la cuisine gravée sur le cuire tanné de cette serviette. Difficile également de tomber sous le charme d’une distribution au demeurant très professionnelle (Bradley Cooper en tête) mais dont l’absence de flamme tend finalement un peu plus à nous éloigner des préoccupations de leurs personnages. Au final, À Vif est une adresse que l’on conseillera uniquement aux fans transies de l’acteur. (2.5/5)

A Vif 2

Burnt (États-Unis, 2015). Durée : 1h40. Réalisation : John Wells. Scénario : Steven Knight, Michael Kalesniko. Image : Adriano Goldman. Montage : Nick Moore. Musique : Rob Simonsen. Distribution : Bradley Cooper (Adam Jones), Sienna Miller (Helene), Daniel Brühl (Tony), Omar Sy (Michel), Matthew Rhys (Reece), Emma Thompson (le docteur Rosshilde), Alicia Vikander (Anne Marie)

6 commentaires

  1. Bradley Cooper donne la réplique à Omar Sy, c’est ce que j’ai entendu dans la bande annonce …
    Là je me suis, ah ouais quand même !! …. 🙂
    Pas ma cantine donc & vu ton billet je ne vais pas rater grand chose.

  2. Pas une mention du Omar dans ce court-bouillon ? Sa prestation n’était sans doute pas assez savoureuse. Dommage pour Cooper en tous cas qui, sortant des camps d’entraînement de snipers, avait de quoi faire autorité en cuisine. Le whiplash culinaire reste à faire si j’ai bien compris.

    1. Pas de Omar en cuisine parce qu’il n’y a pas grande chose à dire dessus, surtout quand la mayonnaise sensée en accompagner la dégustation ne prend pas.

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