Critique : Seul Sur Mars (2015)

Seul Sur Mars 1Life on Mars.

On dit le talent Ridley Scott balayé par les vents, emporté par la houle, à la dérive. Mais ne l’a t-il pas toujours été ? Le cinéaste anglais a en effet rarement créé un consensus au cours d’une carrière faite de délicieuses stupéfactions (Alien, Blade Runner, Les Associés), d’incompréhensions (Hannibal, Cartel), d’imperfections (Robin Des Bois, Exodus, Prometheus) et de profondes consternations (G.I. Jane, Une Grande Année). Son cinéma n’est donc pas plus à la dérive aujourd’hui qu’il ne l’était hier. Ridley poursuit juste ses expérimentations, un voyage qui l’amène, cette année, à se retrouver Seul Sur Mars. Avec ce nouveau projet, il réalise en quelque sorte son Seul Au Monde, avec ce que la planète rouge, sa localisation et son environnement comporte de difficultés techniques supplémentaires au sauvetage et à la survie de cet astronaute laissé pour mort par son équipe suite à son départ précipité. C’est donc de sa capacité à employer ses connaissances au sein de son environnement que dépendra largement son espérance de vie. On voit alors pointer cette vieille nébuleuse du cinéma de science-fiction, où un obscure charabia scientifique semble nécessaire au sentiment de croyance du spectateur. Malgré que le réalisateur et son scénariste, Drew Goddard, n’évitent pas cet encombrant écueil, ils déforment peu à peu l’expérience du survival pour la rendre plus rock n’roll, avec humour et musique disco, parce que « chier de la science », au sens propre comme au figuré, c’est cool ! Matt Damon, que l’on avait perdu dans l’espace interstellaire de Nolan, se glisse ici avec un plaisir non dissimulé dans la peau de ce truculent botaniste, imprimant le tempo à un long métrage qui doit se vivre non comme un film d’aventure, mais comme une comédie à grand spectacle. Mais, derrière ce divertissement léger et inoffensif, Ridley Scott semble vouloir dire autre chose. En révélant le contre-point à cette solitude couleur grenat capté par Dariusz Wolski, en plantant sa caméra dans les bureaux et les ateliers de la NASA administré par une pléiade d’étoiles (Chiwetel Ejiofor, Kristen Wiig, Sean Bean, Jeff Daniels), il montre que rien ne s’arrête, que la vie continue. Il ne célèbre pas ici l’instinct de survie, il célébrer la vie au-delà de la perte. Tour à tour, Ridley et son défunt frère Tony s’incarnent en Mark Watney. C’est à la fois cet être qui demeure vivant sur une terre à laquelle il faut redonner la vie, et le disparu dont ne subsiste de sa présence que des images traces (le temps de latence des images émis par le Pathfinder, où le présent de la réception demeure le passé de l’émission). Son cinéma porte ainsi encore les stigmates de cette douloureuse disparition. Mais après avoir broyé du noir en présentant les vices de l’humanité avec Prometheus et Cartel, et fait scission avec la religion, source de conflit et créateur d’ignorance, sur le très imparfait Exodus, le réalisateur, continuant à faire du petit bois des icônes du christianisme, se veut cette fois positif en plaçant sa croyance entre les mains de la bonté humaine, qu’il édifie en valeur absolu capable d’abattre les lois de la hiérarchie et des nations. « Aide toi, le ciel t’aidera » semble t-il dire en substance tout au long de ce récit à son héros. Ce dernier lève alors les yeux vers le ciel, repère pour communiquer avec ce qui est loin des yeux mais près du cœur. Point de puissance divine surgissant de la voute céleste, mais une main chaleureuse et prévenante tendu par les hommes. Voilà ce en quoi souhaite désormais croire Ridley Scott. (3.5/5)

Seul Sur Mars 2

The Martian (États-Unis, 2015). Durée : 2h24. Réalisation : Ridley Scott. Scénario : Drew Goddard. Image : Dariusz Wolski. Montage : Pietro Scalia. Musique : Harry Gregson-Williams. Distribution : Matt Damon (Mark Watney), Jessica Chastain (Melissa Lewis), Jeff Daniels (Teddy Sanders), Chiwetel Ejiofor (Vincent Kapoor), Kristen Wiig (Annie Montrose), Michael Pena (Rick Martinez), Sean Bean (Mitch Henderson), Kate Mara (Beth Johanssen).

20 commentaires

  1. Les dernières phrases de ton article renvoient effectivement directement à « Exodus », la mise en doute d’un au-delà, confrontation d’une humanité singulière face à l’étourdissante vacuité des cieux, de son infinitude. Intéressant également ce dialogue avec son frère mort à travers le hiatus espace/temps. Je n’ai pas poussé cette année jusqu’à la planète Scott, mais je ne dis pas non, à l’occasion d’une sortie dans les bacs…

    1. Je pense qu’il y a une continuité philosophique dans ses derniers films, même si son imagerie à toujours été, d’une manière ou d’une autre, influencé par le christianisme et les doctrines religieuses. Il s’est autorisé là un bol d’air frais sur Mars, ce qui parait bien paradoxal.
      En tout cas, je t’engage à le découvrir. C’est un bon Ridley Scott.

  2. Certes, pas forcément un grand film mais j’ai vraiment passé un bon moment devant ce film (un peu trop long même si je comprends les longueurs) qui bénéficie d’un casting convaincant et cohérent.

    1. En effet, pas un grand film, mais très agréable, qui se laisse suivre avec plaisir.
      Je n’ai, par contre, pas ressenti de longueurs particulière. J’ai trouvé le rythme de l’ensemble plutôt fluide.

  3. Un peu plus mitigé sur cette relecture de Robinson Crusoé sur Mars, qui se transmute ici en McGyver, ce qui tue finalement tout suspense et par conséquent une grande partie du film.

    1. Le manque (pour ne pas dire l’absence) de suspens est le point faible du film, mais il est contrebalancé par la joyeuse ambiance que Ridley Scott a su imprimé à son aventure.
      Après, il est certain que Seul Sur Mars ne fera pas parti des œuvres les plus marquantes réalisées par le cinéaste. Mais cela reste un cru très agréable.

  4. Avec tous les commentaires moyens que j’ai lus, je ne me suis pas rendu en salle pour voir le film. Et moi aussi, je commence à m’interroger sur la valeur de Ridley Scott alors que je l’ai toujours défendu.

  5. Après trois navets et films moyens, Ridley Scott revient un petit peu en forme. Ce n’est pas excellent mais c’est du bon divertissement. On y croit (c’est le meilleur film sur Mars depuis Total Recall), les acteurs s’en sortent bien (Matt Damon s’éclate quand Jeff Daniels est merveilleux en parfait connard) et c’est bien fait. Le fond est finalement assez simple reposant sur Robinson Crusoé dans l’Espace mais cela fonctionne comme dit plus haut. Evidemment on préfère mieux de Ridley Scott, mais bon c’est toujours ça de pris surtout après le misérable Exodus. Par contre, pas prêt de bouffer du Covenant avec lui… Je préfère encore me refaire les Halo. 😉

    1. Le personnage qu’interprète Jeff Daniels ne m’a apparu comme un parfait connard. Peut-être est-ce à cause de (ou plutôt grâce à) la performance de l’acteur, mais il m’apparait comme l’incarnation d’un certain pragmatisme économique et humain, qui est sincèrement prêt à sauver l’autre mais dans la limite de ce que les moyens lui permettent. De plus, il exprime des points de vue qui se défendent facilement (notamment le fait de ne pas avertir les astronautes de la survie de Mark Watney pour ne pas les mettre en danger).

    2. Il me paraît plus comme un commercial qui voit son projet partir en fumée et essayant par tous les moyens de sauver la situation dans le pire des cas. 😉 Son attitude est tout sauf positive à mon sens et il me paraît vraiment comme un salaud capitaliste.

  6. Je l’ai bien aimé ce « feel good survival ». Au-delà de l’aspect réaliste et scientifique plutôt vraisemblable et fouillé (point auquel je suis assez sensible), le rythme ne souffre pas trop de longueur et l’intérêt ne retombe guère. Alors, oui, pas grand suspense, mais de mon point de vue ça ne gêne pas. Puis, il y a la caméra de Scott, assez classieuse et dynamique quand il faut. Et sur le fond, il montre que n’importe quelle mission spatiale n’est pas à prendre à la légère. Ca reste, encore aujourd’hui, une incroyable performance. Même si on lance des satellites à tour de bras, y lancer des humains, dans l’ISS, sur la Lune ou sur Mars, ça doit forcer le respect.

    1. Nous sommes sur la même longueur d’onde, camarade. Et tu as parfaitement résumé l’ambiance du film en le rangeant dans la catégorie « feel-good survival ».
      Merci d’être venu passer donner ton avis sur mon blog. C’est toujours un plaisir de constater que ta passion pour le cinéma est toujours là 🙂

  7. Ah mais tu m’embêtes vraiment, car ça fait un moment qu’on me harcèle pour que j’aille le voir, et je n’ai pas envie, peut-être parce que j’ai un esprit de contradiction très intense. Mais en tous cas, tu m’embêtes, car tu m’as encore donné envie de le voir !

    ( Tu m’excuseras pour le commentaire d’avant qui commence presque comme si j’allais t’insulter, mais j’ai fait une fausse manip ! 🙂 )

    1. 😀 Je me suis d’ailleurs permis de le supprimer.
      Rien n’est perdu, tu pourras toujours le découvrir lorsqu’il sortira en dvd ou en bluray.

  8. Un poil déçu par le manque d’intensité. Je comprends le parti-pris du scénario et de Scott, mais Seul sur Mars ne sera pour moi qu’un bon divertissement. Ce qui est déjà pas mal.

    1. En effet, on ne peut pas dire que l’aventure soit particulièrement intense. Mais est-ce là finalement un si gros défaut ?

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