La Revue Du Béophile N°8 : Spectre, Bridge Of Spies, The Man From UNCLE, Mission Impossible Rogue Nation

Rien que pour nos oreilles.

SpectreSpectre / Thomas Newman (80 min.)

Renouveler deux fois un même programme relève finalement de la mission impossible pour Thomas Newman. Alors qu’il s’était fendu d’un minimum syndical sur la suite de The Best Exotic Marigold Hotel, ce dernier s’engage, pour le très attendu Spectre, sur la même voie, réinvestissant la partition de son Skyfall, parfois à la portée près, afin, dit-on, de bâtir une continuité thématique. Cependant, ce « nouveau » cocktail, dépourvu de l’effet de curiosité qui avait accompagné le précèdent, se révèle moins ensorcelant, la vigueur avec laquelle le compositeur secoue ici ses pièces d’action faisant s’en échapper de cacophoniques vapeurs à même de pinter les oreilles les plus pochardes. Fort heureusement, les nappes d’ambiances, où résonne le néant, viendront soulager les tympans les plus délicats, sans néanmoins tirer vers le haut un programme qui démontre son intérêt par micro-instants (MadeleineA Place Without Mercy, Donna Lucia). (2.5/5)


Bridge Of SpiesBridge Of Spies / Thomas Newman (49 min.)

Entrant, après Billy Goldenberg (Duel) et Quincy Jones (The Color Purple), au sein du cercle très fermé des compositeurs ayant œuvré pour Steven Spielberg, Thomas Newman, remplaçant au pied levé un John Williams épuisé par son voyage dans les étoiles, propose à ce Bridge Of Spies un joli habillage. Le style solennel du cinéaste semble inspirer ici le compositeur, qui revient vers cette approche orchestrale qu’il avait partiellement abandonné ces dernières années. Investit d’une mission – celle d’être à la hauteur de la confiance accordé par le cinéaste – il propose une instrumentation noble – notamment par l’usage des cuivres – et mélodieuse, s’appuyant en outre sur un puissant mais furtif chœur masculin aux tessitures typiquement soviétiques. Sans égaler la virtuosité du maître auquel il emprunte quelques tournures, ni celle dont il était jadis capable (c.f. The Horse Whisperer, Meet Joe Black et Angels In America), Newman livre néanmoins là une de ses plus agréables partitions. (3.5/5)

The Man From UNCLEThe Man From UNCLE / Daniel Pemberton (74 min.)

The Man From UNCLE, c’est un peu de François De Roubaix, de Nino Rota et d’Ennio Morricone, mais c’est aussi et surtout beaucoup de Daniel Pemberton, dont l’image désinvolte ne semble pas trahir la rigueur avec laquelle il compose chacune de ses bandes sons. Ainsi, après avoir collaboré avec Ridley Scott sur The Counselor, il s’adapte aujourd’hui à l’imagerie du cinéaste Guy Ritchie en proposant une virée pimpante et sauvage, « un kaléidoscope de couleurs internationales » comme le définit lui même le compositeur. Pemberton explore divers horizons afin de construire l’identité musical du film, associant pour cela bongo, clavecin, cymbalum, guitare électrique, flute et hurlement (référence à Morricone et son Navajo Joe). Il obtient alors un score haut en couleur, addictif, sensuel, aux couleurs vives des années 60. Une rafraichissante expérience auditive parachevée par une pertinente sélection de chansons. Banco ! (4.5/5)


Mission Impossible Rogue NationMission: Impossible – Rogue Nation / Joe Kramer (74 min.)

Le compositeur Joe Kramer, complice injustement méconnu du réalisateur Christopher McQuarrie  (pour lequel il signa la musique de The Way Of The Gun et Jack Reacher, deux partitions d’exceptionnelle qualité), abandonne, pour ce cinquième épisode, l’écriture massive de son prédécesseur, Michael Giacchino, pour revenir à une ambiance musicale plus feutrée. Les trompettes éructes, les cordes s’excitent, les percussions (clave et djembé) grondent, mais les morceaux de bravoures (The A400, A Flight At The Opera, et Morocco Pursuit, point culminant du score) se refusent toute frénésie, misant sur une sémillante efficacité, à l’image de ce que Lalo Schifrin proposait pour la série originale. Les nombreux morceaux d’ambiance (dont un superbe thème associé au personnage de Solomon Lane et un joli thème romantique aux couleurs du Nessun Dorma de Puccini), aux harmonies moins mémorables, sont suffisamment bien conduites pour nous retenir jusqu’au limite de cet élégant voyage. (4/5)

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2 commentaires

  1. J’avoue ne pas être encore très familier du travail de Pemberton, j’ai remarqué sa patte jazzy dans la récente série BBC « The Game ». Par contre, l’excellente track « Finding The Fury » issue de « Cuban Fury » m’a convaincue du potentiel du bonhomme, j’espère donc écouter son boulot sur le Richie lorsque je metterais la main dessus. 🙂

    Si le score de « Spectre » est à l’image du film, pas fameux donc, on sent au moins que Newman à posé ses efforts sur le Spielberg. Comme tu l’as bien dit ce n’est pas du calibre émotionnel d »Angels in America » ou « The Horse Whisperer », mais ça fait très bien le boulot. 😀

    Quant à Kraemer, il gagne en effet à être reconnu davantage. Je l’aurais bien imaginé au score de « Black Mass »

    1. Kraemer, après avoir prouver qu’il savait semer suspens et tension sur Jack Reacher (son plus bel essai à ce jour), démontre ici qu’il peut très bien prendre la succession de John Barry et David Arnold sur la franchise James Bond. Thomas Newman, lui, étant définitivement plus à son aise dans les récits « intimiste » comme Bridge Of Spies.

      Concernant Pemberton, je ne peux que t’engager à écouter The Man From UNCLE et The Counselor, ainsi que Steve Jobs, un joli opéra en trois actes dans lequel il recycle brillamment la charte sonore d’Apple. Le score pour le film fantastique The Awakening et le thriller Blood sont également de très bonne facture.

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