Bande Originale : The Setting Sun

Le soleil couchant selon Maurice Jarre.

The Setting SunThe Setting Sun

Compositeur : Maurice Jarre

Durée : 57 min. / 10 pistes

Éditeur : Intrada

La simple évocation de Maurice Jarre ravive, chez le plus mélomanes et cinéphiles d’entre nous, les souvenirs de ces vastes étendues dont il savait incarner la majesté, Doctor Zhivago, Lawrence Of Arabia, Mad Max Beyond Thunderdome, Paris Brûle T-il ?, The Man Who Would Be A King ou encore The Longest Day constituant les preuves irréfutables de son habileté à flatter les prestigieuses ambitions de ces fresques dont il occupait la direction musicale. Mais une aussi opulente carrière ne peut être exempte de participations confidentielles. Ce fut notamment le cas pour The Setting Sun, premier et unique film du cinéaste japonais Ro Tomono.

Drame romanesque se déroulant dans la Mandchourie sous occupation japonaise, The Setting Sun fut produit au début des années 90’s par la Nikkatsu Motion Picture Company, qui se cherchait alors une nouvelle crédibilité après deux décennies de productions pornographiques (roman poruno, plus communément appelé pinku eiga), ainsi qu’à pénétrer le marché américain en réunissant à l’affiche Diane Lane et Donald Sutherland. À sa sortie au Japon, en septembre 1992, le film enregistra d’encourageantes performances au box-office qui lui permirent d’attirer l’attention des distributeurs taïwanais, coréens et hong-kongais. Mais le studio, acculé par les dettes, fait faillite, précipitant le destin international du long métrage. The Setting Sun sera finalement distribué dans les salles américaines sept ans plus tard dans un relatif anonymat, et ce n’est qu’aujourd’hui, grâce au label Intrada, que le score composé par Maurice Jarre peut enfin s’apprécier dans les meilleures conditions d’écoute.

Un destin d’autant plus malheureux pour cette bande-son ne mérita pas cette indifférence que lui imposa l’échec de la distribution du film, perclus de la générosité et de la richesse orchestrale dont était coutumier le chef d’orchestre français. La proéminence des percussions dans son paysage sonore, plutôt inhabituelle chez lui, jette sur l’ensemble de sa partition une brutalité martiale qui n’est pas sans rappeler ce que composera bien plus tard Alexandre Desplat pour le Godzilla de Gareth Edwards. Mais loin de faire reposer l’efficacité de son écriture sur cet imposant appareil, Maurice Jarre vermicule ces grondements percussifs coiffant le Main Title de cuivres intrépides et d’envolées de cordes, rappelant ainsi à nos oreilles la nature romantique et romanesque du récit. L’album est d’ailleurs construit de sorte qu’il mélange, voir oppose les différents thèmes en de longues et passionnantes plages musicales permettant de mieux appréhender la construction et la progression narrative permise par le compositeur. Témoin de ses larges connaissances de la musique extrême orientale (dont il fit la démonstration par le passé au côté du cinéaste et romancier James Clavell sur la série télé Shogun ainsi que sur Tai-Pan) il mêle également, au sein de sa belliqueuse orchestration, les couleurs de la Mandchourie, de la Chine et du Japon en faisant intervenir, avec une adroite pondération, sheng, ehru, shakuhachi et lutte chinoise.

Le résultat final, bien qu’il ne se hisse pas au niveau de certaines de ses plus illustres compositions, permet de (re)découvrir d’une fort belle manière le style épique de Maurice Jarre. (4/5)

The Setting Sun 1

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3 commentaires

  1. Agréable à l’écoute, mais sans plus. Je dois admettre ne pas être un grand fan des compositions triomphales de Jarre père. Sauf peut-être sur Lawrence d’Arabie où sa musique rayonne des feux du soleil.

    1. Il était nécessaire pour moi de faire cette chronique, pour le film d’abord, dont le contexte et le parcours de production présentait un certain intêret, pour le compositeur ensuite, dont je n’avais encore abordé aucune de ses partitions, et enfin pour la musique, qui a trouvé grâce à mes oreilles (mais pas aux tiennes, visiblement).

      Je te remercie en tout cas d’avoir pris la peine de lire mon papier et écouter le modeste extrait (le seul trouvé sur le web) qui l’accompagne 🙂

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