Critique : Zootopie (2016)

Zootopie 1

Zoo lander.

À l’heure où la xenophobie pointe le bout de sa Trump chez les éléphants républicains, Mickey Mouse et son usine à rêve entendent bien remettre les pendules à celle du « vivre ensemble ». Ainsi, par delà les plantations de carottes, de l’autre côté des montagnes verdoyantes, s’étend Zootopie, mégalopole rayonnante de pacifisme, célébrant la paix et l’harmonie entre les prédateurs et les proies. Un petit coin de paradis au sein duquel la provinciale Judy, lapine haute comme trois pommes, sortie major de sa promotion au concours de la police, est, pour son plus grand plaisir, affecté. Mais à peine a t-elle effleuré son nouveau poste que son supérieur dissipe ses folles espérances, ce dernier ayant décidé de faire mordre le bitume à sa nouvelle recrue en la parquant à la circulation. La conscience professionnel dont s’arme le nouveau planton du central pour effectuer cette tâche ne lui valant en retour que la colère des riverains et le mépris de ses collègues, elle réalise qu’il lui faudra prendre le taureau par les cornes pour que lui soit enfin confier une mission à la hauteur de son insigne. C’est donc au bond qu’elle se saisira d’une de ces nombreuses et récentes affaires de disparition menaçant l’équilibre de cet écosystème. Avec la ruse du goupil comme seule alliée, Judy va ainsi mener son enquête dans les recoins les plus sombres de cette vaste cité, soulevant le rideau de cette utopie pour en découvrir les sombres coulisses. À travers cette enquête policière menée tambour battant, où l’esprit des films noirs pointe régulièrement le bout de sa truffe, le trio de réalisateurs à l’œuvre sur ce nouveau cru Disney entendent apporter à nos chers têtes blondes les défenses intellectuelles nécessaires afin qu’ils ne se laissent piéger par le miroir aux alouettes dressé par les idées simplistes et toutes faites dont notre société se gargarise un peu plus chaque jour. Zootopie apparait donc rapidement comme un manifeste pour apprenti citoyen, écrit à l’encre de l’humour, jouant et déjouant les préjugés identitaires avec suffisamment d’aplomb pour entrainer les mômes dans son sillage. Beaucoup moins crédule, le spectateur adulte appréciera, quant à lui, les nombreux clins d’œil adressés à sa culture cinématographique comme à ses péripéties républicaines (le paresseux, parfaite illustration du calvaire administratif), mais devinera en revanche bien plus aisément laquelle des pistes narratives le récit s’apprêtera finalement à suivre. Il serait donc criminel de ne pas goûter à ce rafraichissant récit dans lequel se reflète la plume fabuliste de La Fontaine. (3.5/5)

Zootopie 2Zootopia (États-Unis, 2016). Durée : 1h48. Réalisation : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush. Scénario : Jared Bush, Phil Johnston. Montage : Jeremy Milton, Fabienne Rawley. Musique : Michael Giacchino. Distribution Vocale (VO) : Ginnifer Goodwin (Judy Hopps), Jason Bateman (Nick Wilde), Idris Elba (le chef Bogo), J.K. Simmons (le maire Leodore Lionheart), Jenny Slate (l’adjointe au maire Bellwether), Nate Torrence (l’officier Clawhauser). Distribution Vocale (VF) : Marie-Eugénie Maréchal (Judy Hopps), Alexis Victor (Nick Wilde), Pascal Elbé (le chef Bogo), Xavier Fagnon (le maire Leodore Lionheart), Claire Keim (l’adjointe au maire Bellwether), Fred Testot (l’officier Clawhauser).

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28 commentaires

  1. Etonnante comparaison (mais incroyablement juste et pertinente) entre cette production « Disney » et cette idéologie populiste qui ne noue en ce moment aux Etats-Unis, comme si justement cette production animée devait être la réponse ou plutôt ce défenseur ardent du vivre ensemble. Voilà une thématique qui donne très envie de découvrir ce dernier Disney.

    1. Je pense que Mickey voulait, avec ce film, couper l’herbe sous le pied à Donald 😉
      Je t’encourage en tout cas à découvrir ce nouveau cru qui, comme tu as pus le comprendre, est loin d’être dénué d’intérêt.

  2. oui en effet, paradoxalement, je trouve que la campagne présidentielle américaine revêt un intérêt certain avec cette lutte idéologique entre ce que réprésente Hilary Clinton et ce que symbolise Trump. Ce dernier risque de provoquer plusieurs longs métrages de ce genre engagés contre son idéologie, comme à l’époque de Bush Jr.

    1. Laurent Wauquiez disait l’autre jour que l’avènement de Trump sur la scène politique – et son plébiscite parmi une majorité de sympathisants républicains – signifiait quelque chose, à savoir la volonté d’une partie du peuple à renouer avec des discours francs et décomplexés. Je pense qu’il a raison, ceci se remarquant également chez nous avec Marine Le Pen (bien que, en comparaison, elle apparait beaucoup moins excessive et bien plus terne).

  3. Super critique qui du coup me donne bien envie d’aller me promener dans cette Zootopie réjouissante, surtout si elle combat la politique très primaire de ce Donald dont tout le monde parle (qui semble en effet être le neveu de l’oncle Picsou).

  4. Excellente critique, comme d’habitude! Il est trop dommage qu’une partie de la critique Internet ne considère ce film que comme un « véhicule pour la communauté furry ». Quand au discours bienvenu sur le délit de sale gueule et le fichage identitaire, j’espère bien qu’il est parvenu aux cervelles des mômes les plus réceptifs. Pour une fois qu’un Disney se fait témoin des remous sociétaux…

  5. Vu avec les Strum Jr. Un chouette Disney en effet où l’on peut effectivement trouver une prise de position par rapport à un certain discours ambiant. Et il n’y a pas de chansons (ouf).

  6. Un film sympa à l’animation soigné même si j’avoue que je m’attendais à quelque chose de plus fun dans l’humour. Un bon moment malgré tout 😉

    1. C’est vrai et c’est très appréciable. C’est juste dommage qu’ils n’aient pas été plus loin car je pense que ce film en avait les moyens surtout quand on voit derrière tout le travail fait sur l’animation, les perspectives ainsi que le sous texte du scénario 😉

  7. Zootopie prouve une nouvelle fois que Disney est bel et bien de retour et d’autant plus ici. Un film intelligent, sachant parler du racisme et de l’intolérance avec un tact incroyable et tout sauf larmoyant. L’animation est sublime et ce film parle à tout le monde. C’est là aussi la différence avec les derniers films de Disney qui cherchaient tout de même le public des enfants. Là c’est beaucoup moins le cas et tant mieux. C’est le Disney qui s’adresse à tout le monde et c’est ce que j’aime aussi dans ce studio, qui avait oublié cela depuis de trop nombreuses années. Par contre la chanson de Shakira c’est juste pas possible. 😉

    1. Tout à fait d’accord. Et pour la chanson, les producteurs ont au moins eu l’intelligence de ne pas en traduire les paroles – le meilleur moyen pour que les émissions de divertissement ne la fasse tourner ad-nauseam sur leurs plateaux.

    2. Sur ce point je suis assez d’accord, mais en même temps c’est Shakira, elle est connue mondialement. Je pense que les mecs n’auraient pas oser refaire la chanson pour l’international.

  8. J’aime également beaucoup le rapprochement que tu fais (sûrement à juste titre) avec la politique actuelle aux États-Unis ! J’avais vu ce film comme un appel à la tolérance sans penser à Donard Trump !

    1. 🙂 Sans doute parce que tu es fonctionnaire que tu as apprécié ce passage. Tu dois peut-être croiser ou côtoyer ce genre de spécimen sur ton lieu de travail 😉

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