Critique : Blood Blockade Battlefront (2015)

Blood Blockade Battlefront 1

Hello, World !

Publié en 2009 dans le magazine Jump Square sous la forme d’un one-shoot, Blood Blockade Battlefront se déclina rapidement, face à sa popularité croissante auprès des lecteurs, en feuilleton. C’est donc tout naturellement que se présenta à son auteur, Yasuhiro Nightow, la perspective d’une adaptation à la télévision au moment où la publication de son manga au sein du périodique comme dans son format tankobon (terme japonais désignant le recueil sous lequel il est généralement distribué dans le commerce) était quasiment arrivée à son terme.

Les aberrations concernant le calendrier de la localisation des objets culturels japonais en France étant ce qu’ils sont (le premier tome du manga vient tout juste de sortir sur notre territoire, un an après la diffusion de son adaptation sur la web télé ADN), c’est donc par cet animé que l’on pénètre à Hellsalem’s Lot, nouveau nom de baptême attribué à la Grosse Pomme depuis que cette dernière fut vérolée par une obscure brèche par lequel sont descendues des créatures moins belliqueuses que repoussantes. Couronné d’une fine cuticule de brume, rempart cabalistique dressé par les technomanciens afin de contenir ce Grand Effondrement, cette Jérusalem occidentale (une parenté symbolique qu’elle partage jusqu’aux kanjis) vibre du tumulte d’une cohabitation hystérique entre les humains et les allochtones, dont les goûts déplaisamment exotiques se sont lentement imposés à la table des diners. De tous les plans, la cité, de part sa nature majestueuse et démente, inscrit son rythme au sein du récit et de son montage. Explosif, délirant, percutant, il souffle alors sur Blood Blockade Battlefront un vent de décontraction auquel les influx jazzy offertes par le compositeur Taisei Iwasaki donne la pleine mesure. Il ne faut ainsi guère plus d’un épisode pour être conquis par cette folle combinaison d’influence et de style dont seul est capable le Japon.

Dans ce fatras urbain apparait Leonardo Watch. Observateur distrait doté d’une aptitude oculaire exceptionnelle qu’il acquit au prix de l’acuité de sa sœur cadette, il rejoint de manière inopportune les rangs de Libra, une section secrète où gravite des personnalités plus ou moins excentriques. Ensemble, ils maintiendront l’ordre au sein de la ville, des épreuves qui permettront à notre héros de comprendre ce sacrifice dont il est le récipiendaire. Le scénario reposant sur ces fondations narratives très classiques, il lui était donc véritablement nécessaire qu’il s’appuie sur cette ambiance et cette direction artistique afin de se distinguer des autres nekketsu. Mais à vouloir embrasser dans sa chair la structure chaotique du monde qu’elle représente, Blood Blockade Battlefront finit par perdre de vue sa narration, un domaine qui demeure encore le talon d’Achille du studio Bones (en témoigne le catastrophique Captain Earth). Pour des raisons de rythme, la quête du personnage principal comme le développement de l’univers (dont l’opacité ne permet pas de pleinement l’apprécier) sont ainsi dilués en des épisodes récréatifs dépourvu de toutes horizons narratifs, brouillant ainsi la lecture d’une série pourtant très loin d’être déplaisante. (3/5)

Blood Blockade Battlefront 3Kekkai Sensen (Japon, 2015). Format : 12 épisodes. Studio : Bones. Réalisation : Rie Matsumoto. Scénario : Kazunao Furuya. Musique : Taisei Iwasaki.

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10 commentaires

  1. Le Poing fait peau neuve en punchant (gentiment) du manga. Très chouette cette mue nouvelle . « Blood blockade battlefront » un peu moins visiblement, même si tu ne jettes pas les kanjis avec l’eau du bain. Pour ma part, je suis un pur béotien en la matière. Je me fierai donc à ton jugement expert sans broncher.

  2. Voila un animé que j’avais regardé sans savoir l’immense hype qu’il générait 🙂
    Pour ma part, j’étais plus fan des épisodes « récréatifs », comme tu le dis si bien, peut-être parce qu’ils renforcent l’immersion dans cet univers hybride et embrassent la relative absurdité de son concept (à ce titre, l’épisode de la partie d’échecs est mon favori). J’avoue avoir un tantinet décroché vers le milieu de la série, même si les séquences d’action étaient impressionantes… 😀

    1. La partie d’échec est l’un des grands moments de BBB.
      En tout cas, la série, même si inégale (touchée par le syndrome du « ventre mou »), est très loin d’être désagréable. Je ne sais d’ailleurs ce que tu penses de sa bande son, mais perso, je me suis empressé de l’acheter dès que j’ai pu y poser une oreille. Depuis, elle tourne en boucle 🙂

  3. J’ai découvert la musique de Taisei Iwasaki avec cette BO, et elle colle parfaitement à l’ambiance je trouve! En termes d’OST mon cœur balance plus pour les compos du versatile Taku Iwasaki, mais celles de BBB sont franchement sympathiques. J’ai surtout retenu les tracks « Call You Later », « Footloose/ Rn For Cover » et « Keep On The Sunny Side ». 🙂

    1. J’adore Keep On The Sunny Side également 🙂
      Taku Iwasaki, j’ai de lui Noragami et Noragami Aragoto. Il se débrouille très bien dans l’électro comme avec dans l’instrumentation « classique ». J’aime beaucoup aussi ce compositeur.
      Là, niveau score jap, mon cœur balance entre le Yamamushi Pedal de Kan Sawada et le Snow White With The Red Hair de Michiru Oshima – deux compositeurs qui me sont totalement inconnus. Mais pour le moment, je grossis gentiment ma collection Jerry Goldsmith (je viens d’acquérir One Little Indian édité par Intrada, un score qui est vraiment très plaisant, le style western dans lequel le compositeur excellait).

  4. Superbe, on n’écoute jamais assez de Goldsmith!
    Je suis intrigué par les deux OST que tu me cites, d’autant plus que je n’ai jamais entendu parler de leurs animés respectifs, mais dans le cas de miss Oshima, je ne doute pas qu’il s’agisse d’un score au penchant romantique 😀

    1. De ce que j’ai pu entendre, le Snow White est très printanier, et en effet assez romantique – sans être dégoulinant.
      Yamamushi Pedal est plus dans la veine rock-orchestrale d’un Inazuma Eleven que j’apprécie énormément.

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