Critique : Desperate Hours – La Maison Des Otages (1991)

Desperate Hours 1

Péril en la demeure.

À tombeau ouvert, un cabriolet, piloté par une blonde incendiaire, soulève la poussière et le gravier sur les routes du Colorado. Comme une respiration, pour Michael Cimino, qui embrasse ici à pleine bouche ces glorieux paysages qu’il chérit tant et qu’il mettra (partiellement) de côté au cours des prochaines 100 minutes. Car lui, l’amoureux des grands espaces, qui a peint les vastes plaines de l’Ouest sauvage (La Porte Du Paradis) et les fastueux intérieurs des restaurants de Chinatown (L’Année Du Dragon), choisit de s’enfermer dans un huis clos, dans un remake (La Maison Des Otages, William Wyler) et dans une collaboration qu’il ne lui apportera qu’amertume et désespoir.

Une demeure blanche, une pelouse soigneusement taillée, la quiétude d’un quartier résidentielle. Pourtant, chez les Cornell, la tempête souffle déjà. Cet instantanée de la famille américaine modèle s’est fissuré. Le divorce se consomme, la vente imminente de la maison signe la fin du couple. Le mari/père joue une mélodie inachevé sur le piano trônant au milieu du séjour. L’épouse/mère ne croit plus aux regrets entonnés par son conjoint. Débarque alors le diable aux cheveux gominés. Michael Bosworth, le criminel, le fugitif, fera violemment résonner les vicissitudes de cette société. Il incarne cette franchise qui a abandonné cette terre. « Le mensonge est le grand péché qui détruit l’Amérique. Et je suis un reproche vivant pour vous car je suis un honnête homme ». Desperate Hours, titre prémonitoire pour ce qui deviendra comme le plus grand regret du cinéaste, décrit ainsi l’affrontement entre celui qui compromet la beauté du rêve américain (Anthony Hopkins) et celui qui souhaite l’épouser contre vent et marée (Mickey Rourke). Un duel idéologique et physique dans le plus pur style de Cimino, passionnant sur le papier, mais qui sera en partie massacré par celui par qui tout a commencé.

« Avec L’Année Du Dragon, Mickey [Rourke] est devenu une star mondiale. Et le plus fou, c’est qu’il est venu me voir pour faire le film. La dernière chose que je voulais faire était un remake. Il m’a tellement supplié ! On était très bons amis. J’ai donc réécrit le scénario. C’est le seul acteur avec lequel j’ai eu autant de problèmes pendant le tournage, tous les autres étaient parfaits » [1]. Sur le plateau, Mickey Rourke, par sa nonchalance et son désintérêt manifeste pour son personnage, sans cesse pendu à son téléphone afin de sauver son couple, flingua le film. Il se mit à dos son partenaire, Anthony Hopkins, dont la professionnalisme demeure sans égal. Tout sonne faux. Son timbre, sa posture, ses dents. Rourke n’est plus dans le creux de la vague. Il est définitivement à la dérive. Mais ce sont finalement les producteurs qui détruiront abusivement – et sans raison apparente – l’énorme potentiel qu’abritait cette Maison Des Otages, réduisant à néant les performances de l’ensemble de la distribution (en particulier Lindsay Crouse, éblouissante en agent du FBI) « La production a coupé tout ce que j’avais écrit… Tellement de scènes… Après ces coupes, certains dialogues sont devenus comiques, mais pas intentionnellement. » [2] Sa vision laisse ainsi une impression profonde de désordre, de confusion narrative qui pourrait témoigner d’un certain amateurisme de la part du réalisateur si on ne connaissait pas l’étymologie de ces étranges ellipses.

Mais il respire pourtant, entre les lignes de ce montage chaotique, les fantômes de ces intentions magnifiques inscrites par le cinéaste. Michael Cimino parvient ainsi à conserver la flamboyance de certains dialogues et à livrer l’une des plus belles scènes de sa carrière, lorsque Albert (David Morse), se soustrayant à la maison des Cornell, entreprend une sublime fugue à travers les lombes ocres de l’Utah. Dix minutes de grâce, où la magie de la nature et du cadrage opère. Dix minutes qui nous font totalement oublier les errements et faiblesses ornant cette douloureuse occasion manquée. (3.5/5)

[1] [2] : Michael Cimino, Les Voix Perdues De L’Amérique, Jean Baptiste Thoret, Flammarion.

Desperate Hours 2Desperate Hours (États-Unis, 1990). Durée : 1h45. Réalisation : Michael Cimino. Scénario : Lawrence Konner, Mark Rosenthal, Joseph Hayes. Image : Dougas Milsome. Montage : Christopher Rouse. Musique : David Mansfield. Distribution : Mickey Rourke (Michael Bosworth), Anthony Hopkins (Tim Cornell), Mimi Rogers (Nora Cornell), Elias Koteas (Wally Bosworth), David Morse (Albert), Shawnee Smith (May Cornell), Kelly Lynch (nancy Breyers), Lindsey Crouse (Branda Chandler).

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2 commentaires

  1. Je me délecte de cette exploration en Cimino, de cet instructif commentaire sur « la maison des otages » que je n’ai pas encore visitée (par plus que sa matrice signée Wyler). Il faudra que je songe à la placer sur ma tournée. Bel prose une fois de plus.

    1. J’aimerais bien, du coup, découvrir le film de Wyler que Cimino considère comme très « statique ».
      En tout cas, pour un film massacré par son acteur principal et par la production, il se défend très bien.

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