Critique : 13 Fantômes (2002)

13 Fantômes 1

S.O.S. Fantômes.

En 1999, Joel Silver et Robert Zemeckis battissent Dark Castle Entertainment, une maison de production par laquelle il feront main basse sur le répertoire de William Castle, pape du cinéma de genre bon marché durant les années 50-60, dont les productions avaient ceci d’étonnant qu’elles étaient très souvent accompagnées de dispositifs techniques permettant au public de prendre part à ses diableries cinématographiques. Ainsi, les projections de ses 13 Fantômes étaient accompagnées d’une paire de lunette qui permettait au public de voir les spectres du film. Mais si cette sorcellerie technologique se présentait comme une belle attraction quarante ans plus tôt devient une bien mauvaise blague quarante ans plus tard.

Élu au poste de réalisateur, Steve Beck possède pourtant derrière lui une solide carrière comme directeur des effets spéciaux. Indiana Jones Et La Dernière Croisade, The Abyss, À La Poursuite D’Octobre Rouge. Des références remarquables lorsque l’on cherche à produire un film d’épouvante, qui s’ajoutent ainsi aux quarante-deux confortables millions de dollars de budget et à son attrayante galerie de « gueules » (Tony Shaloub, Matthew Lillard, Shannon Elizabeth, Embeth Davidtz, F. Murray Abraham). Une jolie somme de talents et d’argent malheureusement invisible à l’image. L’origine du mal se situe dans les limbes grises des créatifs du studio (ou peut-être celles du metteur en scène lui-même), qui furent traversé par une idée, celle d’importer le procédé inauguré par le père Castle au sein du monde diégétique. Mais pour continuer à proposer aux spectateurs, désormais délestés de ces binocles, l’expérience qu’avait modestement vécu ses ancêtres, Beck impose un regard pareil à celui de cette observateur curieux haussant alternativement sa monture afin de mesurer à chaque plan le degré de nécessité de l’accessoire assit sur son nez. Esthétique abrasive, montage épileptique, mouvements de caméra naupathiques. Ces éclairs par lesquels nous apparait cette autre dimension foudroient, abîment ces images vulgaires éclairée d’une lumière morte. Le maquillage, celui de ces croquemitaines de l’au-delà, est grossière elle aussi, tout comme la trame par laquelle ils sont arrivées.

Ainsi, au fond de son fauteuil, Arthur Kriticos, torturant son âme en faisant revivre le doux souvenir de sa moitié disparu dans l’incendie dans leur maison, apprend que son défunt oncle lui a légué son patrimoine, se résumant à une vaste demeure perdue au fond des bois. Point trop alarmé par le pentagramme rouge servant de fond d’écran au message vidéo diffusé par l’inquiétant notaire, c’est la fleur au fusil que papa, la bonne (noire, donc nécessairement volubile) et les enfants partent visiter cette maison de verre, dernière folie des nouveaux bourgeois se pliant à une certaine transparence (c.f. La Prison De Verre, sortie la même année). Le scénario de continuer alors de paver la route du spectateur d’innombrables et primitifs clichés, laissant ainsi le spectacle s’enfoncer lentement dans les zones fangeuses du cinéma de genre. (1.5/5)

13 Fantômes 2Thirteen Ghosts (2001, États-Unis). Durée : 1h31. Réalisation : Steve Beck. Scénario : Neal Marshall Stevens, Rochard D’Ovidio. Image : Gale Tattersall. Montage : Dereck Brechin, Edward A. Warschilka. Musique : John Frizzell. Distribution : Tony Shaloub (Arthur Kriticos), Embeth Davidtz (Kalina Oretzia), Matthew Lillard (Dennis Rafkin), Shannon Elizabeth (Kathy Kriticos), JR Bourne (Benjamin Moss), Rah Digga (Maggie Bess), Alec Roberts (Bobby Kriticos), F. Murray Abraham (Cyrus Kriticos).

Publicités

10 commentaires

  1. Je ne crois pas avoir jamais franchi le seuil de cette demeure, à moins que mes synapses aient eu la bonne idée d’en supprimer toute trace dans mon cerveau fort mal rangé. Quoiqu’il en soit, ton verbe acide m’invite à m’en détourner. Je n’ai pas davantage vu le film de Castle dont les qualités valaient à mon avis surtout pour les accessoires et artifices théâtraux mis en place dans les salles projetant ses films. Je me souviens avoir découvert « la nuit de tous les mystères » en DVD sans vraiment trouver matière à m’extasier. Il me semble avoir également vu le remake que la même clique ici à l’œuvre en a tiré sans y trouver davantage de satisfactions. Mieux vaut aller voir ailleurs pour chercher à se faire peur.

    1. Bon, donc je ne devrais pas miser guère plus d’espoir sur les films du père Castle que je ne l’ai fait sur ce 13 Fantômes.
      Merci du conseil 🙂

  2. C’est marrant, j’ai plutôt le souvenir d’un bon film de genre, mais j’ai dû le voir lorsque j’avais à peine 20 ans. Pas sûr qu’il me plairait autant aujourd’hui, j’en ai peur…

  3. J’ai un vague souvenir du film, vu à l’époque du collège, mais je me souviens que j’avais trouvé la production design à base de murs transparents et le score de John Frizzell fort sympathiques. Pour le coup, ta critique me donne envie de revoir le film et redécouvrir son potentiel kitsch… 🙂

    1. « Pour le coup, ta critique me donne envie de revoir le film » : un maso de plus dans ce monde 🙂
      Concernant John Frizzell, je préfère ce qu’il a composé pour le deuxième film de Steve Beck pour le studio Dark Castle, Ghost Ship.

  4. « Ghost Ship » était ausi plaisant, en ce qui concerne Frizzell, j’admire surtout son travail sur « The Reaping »!
    Et pour ce qui est du cinéma nazebroque, je suis un maso qui s’assume :p

    1. J’ai eu beaucoup de mal avec The Reaping lorsque j’ai posé mon oreille dessus pour la première fois. Mais vu que tout le monde le considère comme l’un de ses scores les plus réussis (avec Dante’s Peak et Alien Resurrection) je compte finalement m’y replonger.

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s