Critique : Money Monster (2016)

Money Monster 1

Mad society.

Animé par Lee Gates, chantre du libéralisme économique qui prodigue ses analyses et ses suggestions sur le monde de la finance sur les ondes américaines, Money Monster est le reflet d’une société devenu folle d’argent, de pouvoir et de réussite. Pour vendre son produit, ce dernier ne ménage pas ses efforts, s’agitant comme un beau diable avec toute la décadence que requière ces symboles du capitalisme sauvage qu’il porte à son cou. Mais ceci n’est qu’un spectacle. Fait alors irruption, sur le plateau, un jeune homme armée et au fond du gouffre. Son investissement auprès d’une riche entreprise côté en bourse, dont le dit présentateur fit la promotion quelques semaines plus tôt, vient de partir en fumée, sans autre forme de procès. Il se donc fait le bras armé de la justice, souhaitant traduire en direct les responsables de cette décotation monstre. La prise d’otage commence. Ceci est un spectacle.

S’inscrivant dans la grande tradition du film d’otage médiatisé jadis inaugurée par Billy Wilder et son Gouffre Aux Chimères, poursuivit quelques années plus tard par Sidney Lumet (l’excellent Un Après Midi De Chien) et Costa Gavras (le solide Mad City), ce quatrième long métrage de Jodie Foster, habituée à des récits de nature moins spectaculaire, nous tend un miroir dans lequel le fait-divers se mue en un programme télévisuel. La réalisatrice de l’émission (Julia Roberts, dont la sensibilité permet à son personnage d’être attachant), en grande professionnelle, ordonne son plateau et soigne son cadrage, pose un micro-cravatte sur le criminel et souffle ses directives dans le creux de l’oreille de sa marionnette (George Clooney, parfait en pantin imbu de sa personne). La télé et la réalité font désormais corps. Les flux des médias convergent. Le temps médiatique se fige. L’attention se coagule. Le public enchérit sur la vie de l’otage. Les commentateurs glosent. Plus rien ne compte désormais, pas même une crise des mineurs en Afrique Du Sud.

Alors que l’intimité, face aux objectifs, tend à s’effriter, le monde de la finance, nerf de cette guerre, nous est présenté comme hermétique, les indices, les algorithmes et les couacs informatiques servant de pare-feux afin de protéger les données compromettantes des yeux du public. La réalisatrice enfonce sans doute là des portes qui, dans les esprits les mieux informés, sont déjà grandes ouvertes. Mais avec toute l’intelligence dont Foster est désormais coutumière, elle diffuse dans ce portrait croisé un lent parfum de cynisme, redistribue progressivement les responsabilités, n’épargnant rien ni personne, pas même le pauvre petit actionnaire qui ne s’inquiète des origines de ses dividendes que lorsque la gamelle dans laquelle il fourrait allègrement son nez est désormais vide. Malgré tout, par une réalisation et un montage alerte, le divertissement ne perd jamais de son souffle. Il surprend, même, à divers moment. Money Monster est ainsi constamment sur le fil, en équilibre entre film pamphlétaire et thriller nerveux.

Soudain, le couperet rompt le tumulte de l’évènement. Le poids du silence sature l’espace. La caméra se tourne, à terre. Après retenu sa respiration, la liasse de statue se déride. Les regards se détachent de l’écran. La vie reprend son cours. Tout le monde pense déjà à demain. Comme avec l’émouvant Le Complexe Du Castor, Jodie Foster porte son sujet jusqu’à incandescence. Au risque de vous glacer le sang. (4/5)

Money Monster 2Money Monster (États-Unis, 2016). Durée : 1h38. Réalisation : Jodie Foster. Scénario : Jamie Linden, Alan DiFiore, Jim Kouf. Image : Matthew Libatique. Montage : Matt Chesse. Musique : Dominic Lewis. Distribution : George Clooney (Lee Gates), Julia Roberts (Patty Fenn), Jack O’Connell (Kyle Budwell), Caitriona Balfe (Diane Lester), Dominic West (Walt Camby), Giancarlo Esposito (le capitaine Powell), Lenny Venito (Lenny), Christopher Denham (Ron Sprecher).

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17 commentaires

  1. ça m’a l’ai pas mal du tout ça ! En lisant cette chouette chronique, j’avais déjà en tête l’image d’une « valse des pantins » que tu ne cites pas parmi les candidats à la ressemblance. Peut-être suis-je dans l’erreur, ou branché sur la mauvaise chaîne. La perspective de voir Clooney en costar-cravate chahuté par un loser excité me ravit déjà. Si je n’arrive pas à me frayer un chemin jusqu’à lui dans la forêt des sorties cannoises, je me rattraperai à la maison.

    1. Tu es sur la bonne onde, car j’y ai moi même pensé à cette valse orchestrée par Scorsese.
      En tout cas, je t’encourage à aller te brancher sur le canal Money Monster, bien que, te connaissant, tu préfèreras d’abord aller boire un café chez Woody Allen 😉

  2. Je peux me tromper mais je crois que le film est en compétition au festival de Cannes. Visiblement, Jodie Foster fait preuve de sagacité. Le sujet m’intéresse en tout cas.

  3. Une bonne surprise en ce qui me concerne ! Le défi était de taille : commenter parler de finance (sujet compliqué) et des extrêmes de la télé (qu’on connait tous) tout en faisant plaisir à la fois aux connaisseurs, aux habitués et aux autres qui ne connaissent pas ce système ? Pour moi, Foster surprend en combinant ces différents points. Elle signe finalement un film coup de poing, effectivement très cynique, ce qui pourra surprendre de la part d’un film avec un certain budget et des stars (qui sont d’ailleurs très bien avec le moins connu O’Connell également très bon) et finalement assez pessimiste. Il y a quelques passages un peu manichéens mais le reste est tellement bien mené (aucun temps mort, comme si on devenait les spectateurs d ce show) qu’on les oublie assez vite. Une jolie réussite !

    1. Nous sommes sur la même longueur d’onde 🙂 Foster fait un bel inventaire de notre société médiatisée et du monde de la finance. Et surtout, elle va jusqu’au bout de ses intentions.
      Money Monster est un film à découvrir, cela ne fait aucun doute.

  4. Le film fonctionne assez pour être divertissant, le couple Roberts-Clooney fonctionne, la réalisation jouant du format tv aussi. Le problème vient du fait que c’est terriblement déjà vu (avant de le voir, la bande annonce me faisait beaucoup penser à Mad City de Costa Gavras) et prévisible. Au final un film du dimanche sympa mais que l’on aura vite oublier.

    1. J’ai préféré un Apocalypse restant dans le délire de la saga qu’il aborde même si moins politique, que ce film qui n’apprend rien et se présente comme un film du dimanche soir. Sympa mais s’oubliera vite;

    2. Le but pour Money Monster n’est pas forcément d’apprendre quelque chose (effectivement, si on a déjà vu Mad City et Margin Call, on n’apprend rien), mais plutôt de dresser un tableau cohérent du monde médiatique et financier.
      Concernant Apocalypse, je me suis profondément ennuyé. Mais on en reparlera le moment venu 😉

    3. Je ne dirais même rien du tout et pas besoin forcément d’avoir vu les films cités. C’est juste que cela saute aux yeux. Pas la première fois que l’on assiste à une histoire avec un fraudeur millionnaire et le jeune opprimé qui veut se faire entendre.

  5. Le film assume sa portée pamphlétaire, même si effectivement, il s’agit parfois de tirer sur l’ambulance. Le film reste quand même un beau thriller coup de poing qui mérite d’être vu, en tout cas à en juger par un public généralement hilare lors de ma séance, je suppose qu’il a de quoi séduire. 🙂

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