Critique : Un Homme À La Hauteur (2016)

Un Homme À La Hauteur 1

Passe-partout.

Le cinéma de Laurent Tirard est tiré à quatre épingle, soigneusement corseté par une esthétique classique bordée de fantaisies bons teints. Un handicap lorsqu’on embrasse des univers fou-fou comme celui de René Goscinny. Deux Petit Nicolas blêmes (sa suite, surtout) et un médiocre Astérix Et Obélix Aux Services De Sa Majesté, dont le seul mérite est d’être passé après leurs aventures sinistrement prométhéennes aux Jeux Olympiques, ont ainsi suffit à démontrer l’infirmité du réalisateur à porter sur ses épaules de tels projets. Pourtant, avec Un Homme À La Hauteur, copie conforme (à en croire sa bande annonce) d’une comédie argentine (Corazón De León de Marcos Carnevale, inédit en France), Tirard ne révise pas ses ambitions à la baisse.

Une romance pas comme les autres, entre une femme aux mensurations ordinaires, avocate de profession, et un grand architecte, frappé de nanisme. D’un côté, le fringant Jean Dujardin, numériquement réduit au petit pied afin d’être à la mesure de cet Alexandre loin d’épouser, dans la forme tout du moins, le sobriquet du célèbre empereur macédonien avec lequel il partage le prénom. De l’autre, la pétillante Virginie Efira, qui n’a en revanche nul besoin de trucage pour incarner la lumineuse Diane. Une amusante alchimie qui ne prend pas totalement, et pour cause : la belle assume difficilement sa liaison avec celui qui demeure une bête curieuse, une anomalie dans son idéal. Un malaise qu’attise la rancœur de son ex-mari et associé (très bon Cédric Kahn), dont l’égo encaisse mal le fait de se voir évincer par un plus petit que lui dans le cœur de sa princesse.

L’éclatante énergie déployée par cette formidable troupe d’acteur (auquel s’ajoute Stéphanie Papanian, César Domboy et Manoëlle Gaillard, tous trois excellents) est le plus grand atout d’un long métrage dont le récit apparait rapidement comme un prétexte à ce petit tour de force technique que nous offre le cinéaste. Ce chapelet de situations plus ou moins surprenantes, parfois incohérentes (quelle idée, pour une personne de petite taille, que de planquer ses serviettes sur le toi d’un placard) brodé par Laurent Tirard et son complice Grégoire Vigneron, n’existe ainsi que pour ces plans de pied où naissent ces formidables trucages. Une mise en scène et une écriture qui se la joue donc « petit bras », recyclant ad-nauseam les mêmes ressorts comiques et visuels, au détriment de sa romance, bâclée comme en témoigne ce final taillé à la serpe. Un traitement d’autant plus frustrant que son propos sur l’uniformisation de l’imaginaire amoureux permettait à ce gentil divertissement de prendre un peu de hauteur. (3/5)

Un Homme À La Hauteur 2Un Homme À La Hauteur (France, 2016). Durée : 1h38. Réalisation :  Laurent Tirard. Scénario : Laurent Tirard, Grégoire Vigneron. Image : Jérôme Alméras. Montage : Valérie Deseine. Musique : Éric Neveux. Distribution : Jean Dujardin (Alexandre), Virginie Efira (Diane), Cédric Kahn (Bruno), Stéphanie Papanian (Coralie), César Domboy (Benji), Manöelle Gaillard (Nicole).

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11 commentaires

  1. Encore une belle idée de départ qui finit dans l’impasse d’un scénario écrit à moitié. C’est souvent le triste lot de ce genre de productions mainstream du cinéma français. Je te suis plutôt sur le cas Efira qui m’avait déjà bien séduit dans le modeste « Caprice » d’Emmanuel Mouret. Je ne savais pas en revanche que Cédric Kahn (le réalisateur ?) s’était mesuré au « grand » Dujardin. Si je comprends bien, ce dernier à échappé de justesse au lancer de nain dans « le loup de Wall Street » 😉

    1. En effet, c’est bien le réalisateur de l’excellent Feux Rouges (seul film que j’ai vu de lui) qui s’essaye ici à la comédie. Le cas Efira et sa reconversion au cinéma n’est en revanche plus sujet à débat. Une valeur sûre.
      Et Dujardin fait le nain-beau comme il faut, même si les détracteurs de son « jeu » auront encore l’envie de le jeter par dessus bord.

  2. Je ne l’ai pas encore vu mais les critiques sont moyennes, ça ne m’encourage pas trop. J’ai l’impression que ça part d’un bon sujet mais que ça ne parvient pas trop à s’en dépatouiller et visiblement tu sembles plus ou moins le confirmer.

    1. C’est un peu ça, effectivement. En même temps, c’est ce que j’ai pu voir de mieux chez Laurent Tirard avec le premier Petit Nicolas, et j’ai finalement pas mal ri aux numéros des acteurs (surtout Stéphanie Papanian).
      On passe quand même un bon moment.

    2. J’ai l’impression que les films de Tirard tiennent essentiellement sur la performance des comédiens. Lorsque tu évoques le premier « Petit Nicolas » j’ai en effet en mémoire la prestation tordante de Valérie Lemercier, mais pour le reste… M’est avis qu’ici, c’est un peu pareil.

    3. Tout à fait, tout repose sur les acteurs et aussi la direction artistique. Les dialogues, le scénario et le rythme ne sont en revanche pas toujours de la noce.

  3. Très bizarrement après avoir vu la B.A. le film ne me tente pas du tout.
    Traiter du nanisme, OK mais encore faut-il que ce soit juste (normalement se sont les bras et jambes qui sont atrophiés) Là, j’ai eu l’impression de voir « l’homme qui rétrécit (un très bon vieux classique cela-dit !!!)

    1. La curiosité suscitée par une bande annonce est aléatoire. Je me demandais surtout comment allait être exploité cette idée de départ plutôt originale.

      En effet, L’Homme Qui Rétrécit est très intéressant, tant sur la forme que sur le fond.

  4. Il y a quelque chose qui me gêne dans ce film… Le petit Dujardin n’est pas un nain (le réalisateur aurait dû assumer !!! Peter Dinklage est hyper sexy !) mais rétréci. Ca n’existe pas dans la vie ! Et ce « déni de réalité » me crée un malaise avant même d’avoir vu le film… En plus, le type, il est architecte. Quel que soit le handicap, quelle brillante carrière… quand on sait comment sont traités les handicapés dans la société française.

    1. Après, c’est de la comédie romantique bon enfant, pas du Ken Loach non plus. Concernant le « procès » que toi et certaines autres personnes font au choix de Dujardin pour interpréter un nain bien proportionné (ce qui semble exister, d’après ce que j’ai pu lire), c’est un débat qui mérite d’être mené. Il existe sans doute sur le marché de vrais acteurs de petite taille capable de jouer la comédie (ce qui n’aurais pas davantage nuit au potentiel commercial du film, vu la petitesse des résultats qu’il affiche au box office).

    2. Je confirme, des nains proportionnés (techniquement parlant, ce ne sont d’ailleurs pas des nains) existent. Après, c’est vrai que le débat mérite d’être mené. Hélas, actuellement, il n’y a pas d’acteurs de petite taille en France et il faut bien attirer des spectateurs… (enfin ils ont essayé d’en attirer mais je pense qu’il est sorti à la mauvaise période).

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