Critique : X-Men Apocalypse (2016)

X-Men Apocalypse 1

Bouillon de mutants.

Bien qu’imparfait, Days Of Future Past avait tout de même atteint un sommet narratif en imbriquant dans sa narration plusieurs chronologies. Un ambitieux exercice qui laissait néanmoins dubitatif quant aux capacités de la licence X-Men à se dépasser dans un futur proche. Pour ce troisième épisode de la période First Class, Bryan Singer, toujours aux manettes, exhument donc un antagoniste aux desseins plus inquiétants encore que ceux jadis mijotés par Bolivar Trask. Apocalypse, père de tous les mutants, enseveli par ceux qui l’on élevé au rang de Dieu, est ainsi tiré de son sommeil de 3500 ans par une coterie de fanatiques en djellaba. Découvrant le vaste ordre mondial par le prisme d’un petit écran, ce visiteur prométhéen s’attellera à libérer les mutants de ce rang illégitime auquel les humains les ont relégués.

Cette durée relativement conséquente dont il dispose (2h24, soit dix minutes de plus que le précèdent volet, la longueur médiane d’un film de bande), X-Men Apocalypse la met à profit pour introduire une pyramide de nouveaux personnages (Angel, Apocalypse, Diablo, Psylocke, en supplément aux trois piliers qui composeront l’historique team X-Men, à savoir Cyclope, Jean Grey et Tornade) et de sous-intrigues (« Je t’aime, moi non plus »). Mais il ne faut alors guère plus d’une quinzaine de minute pour constater que cette prétention du nombre opprime les ambitions du récit. Singer et Kinberg puisent pourtant leurs sources dans une actualité brûlante (la conversion et le ralliement d’une génération perdue à une entité divine appelant à la purification du monde) légèrement teinté pour l’occasion de négationnisme (rayer les preuves du passé, comme la destruction du camp d’Auschwitz). Ils choisissent de parler de la puissance des idoles et du passé, de ce besoin vital de marquer son existence sur la Terre et d’exister dans les mémoires des autres (ce que cristallise la relation Xavier/Moira). Malheureusement, ils restent irrémédiablement à la surface de cette problématique. Pire, ils en flétrissent la densité, réduisant les origines de cette obédience à ces vagues orgasmes mutatifs que parvient à procurer ce démiurge sans grand envergure. Non pas que la performance d’Oscar Isaac, certes quelque peu figée dans le scaphandre d’Apocalypse, soit à blâmer (Jennifer Lawrence fait bien mieux dans le pire). Mais les ambitions, les pouvoirs – assez peu époustouflants à l’image – et leurs obscures limites n’en font pas le puissant nemesis que son nom, charriant son lot de cendre et de destruction que le montage se garde bien de livrer autrement que de manière épileptique, promettait. Et l’intérêt suscité par son escadron fantoche de ne pas lui être supérieur, en témoigne la présence d’Angel, moins éclatante qu’elle ne le fut dans le très décrié X-Men L’Affrontement Final de Brett Ratner.

Sa marotte, l’opposition entre le démocrate Xavier, qui ne voit toujours pas plus loin que le bout de son campus bourgeois, et le républicain Erik (Michael Fassbender, sous anxiolytique), dont le destin n’a de cesse de le placer sur le chemin de la vengeance, possède elle aussi ce goût maigre, alors même que les questions ethniques et protectionniste explose de nouveau sur la scène politique américaine (sujet sur lequel les auteurs embrayent, bien trop tardivement, lors de son épilogue). À ces bavardages sans envergure et aux trous d’air du montage, s’ajoute cette mise en scène molle du bide, stupide (le prélude au dément assassinat de la famille Lehnsherr flirtant avec l’infâme Birdemic), dont nouveau morceau de bravoure de Vif Argent demeure le seul motif de satisfaction d’un épisode chiant comme la pluie. (1.5/5)

X-Men Apocalypse 2X-Men Apocalypse (États-Unis, 2016). Durée : 2h24. Réalisation : Bryan Singer. Scénario : Simon Kinberg.  Image : Newton Thomas Sigel. Montage : John Ottman, Michael Louis Hill. Musique : John Ottman. Distribution : James McAvoy (Charles Xavier), Michael Fassbender (Erik Lehnsherr/Magneto), Jennifer Lawrence (Raven/Mystique), Nicholas Hoult (Hanc McCoy/Le Fauve), Oscar Isaac (En Sabah Nur/Apocalypse), Rose Byrne (Moira Mactaggert), Evan Peters (Peter Maximoff/Vif Argent), Tye Sheridan (Scott Summers/Cyclope), Kodi Smith-McPhee (Kurt Wagner/Diablo), Sophie Turner (Jean Grey).

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27 commentaires

    1. Certes, mon jugement est très sévère, mais en même temps, la concurrence est rude sur ce terrain (mais pas nécessairement plus brillante). J’attendais mieux de Singer, qui signe là son plus mauvais film avec Jack Le Chasseur De Géant.
      Et en effet, cet épisode est en dessous de tout (je n’irais pas encore jusqu’à le placer dérrière l’opus de Ratner, vu que cela fait un bon moment que je ne l’ai plus revu).

  1. Eh bien voilà qui est dit ! Voilà un uppercut critique qui s’ajoute à l’ire de bien des déçus. La cause mutante serait-elle donc perdue ? « days of future past » bien moins enthousiasmant que ce que préfigurait le script, suivi de l’épouvantable « deadpool », et maintenant c’est cet « Apocalypse » désastreux. Le X virerait-il au Z ? Il serait peut-être temps de calmer les ardeurs des surenchérisseurs en destruction massive pour revenir à des récits plus simples et terre à terre (l’excellente série Daredevil, « Ant-man »). ps : l’opus de Brett Ratner s’intitule « X-Men : l’affrontement final ». Mais bon, il est tellement nul que tu peux bien l’appeler comme tu veux après tout 😉

    1. Merci, je vais de ce pas corriger cette énorme erreur 🙂

      Et oui, on atteint aujourd’hui les limites narratives du genre, et il serait judicieux pour les producteurs de stopper cette surenchère avant que tous ces super-héros dont ils ont mis tant de temps à redorer le blason de tomber dans ce précipice qui leur tend les bras. Cette mare d’individualités et d’intrigues sans intérêt dans laquelle on patauge mériterait à ce titre d’être gentiment asséchée afin de tendre vers une densité dramatique et visuelle plus immédiate.
      Jeremy Irons, le dernier Alfred en date, dit d’ailleurs de Batman V Superman qu’il aurait gagné à être plus linéaire. Puisse le dieu du cinéma l’entendre…

  2. Eh bien quel constat! Je prends d’autant plus plaisir à lire tes critiques lorsqu’elles sont aussi acides, le parallèle avec Birdemic rend min souvenir de la scène en question encore plus drôle 😀

    Il est en effet dommage que dans tout ce fatras, rigolo au demeurant, tout ce qui concerne l’affrontement idéologique propre à la série, l’embrigadement de la jeunesse et même la menace du Mutual Assured Destruction ne servent que de décoration d’arrière-plan.

    Sinon, je ne sais pas toi, mais je n’ai pas été déçu par le score épique à souhait du fidèle Ottman. 🙂

    1. Bien, nous sommes à peu près d’accord sur cet X-Men 🙂

      Concernant la musique de John Ottman, je me range également à ton avis. Autant celle de Days Of Future Past était particulièrement décevante. Il n’y avait pas vraiment d’ambiance, les morceaux d’action paraissaient quelconques. Autant là, impossible de ne pas chavirer à l’écoute des superbes choeurs ornant la non moins superbe ouverture.
      Après, est-ce parce qu’il n’assura pas totalement le travail de montage qu’il pu ainsi fignoler sa partition, où est-ce que Pete Anthony est davantage intervenu dans le processus de création du score que sur le précèdent volet.

  3. Ue saga très inégale et donc en dents de scie. Perso, il y a longtemps que j’ai signé mes adieux aux X-Men et autres films de super héros

    1. Ce n’est pas une mauvaise chose que tu aies fait tes adieux au genre, vu le peu d’intérêt qu’ils présentent désormais (il n’y a bien qu’Ant-Man que je trouve surprenant).

  4. Oui c’est le X Men le plus faible depuis la purge Wol… on va éviter de citer les films qui n’ont rien devant rien derrière. 😉 Donc depuis au moins 2009. Il n’en reste pas moins que c’est un divertissement de qualité, moins politique, jouant plus la carte du spectaculaire. Ce qui peut parfois lui faire défaut avec un sujet moins fort que Days of future past. Il n’en reste pas moins un film de qualité, avec de nouveaux personnages intéressants (désolé je suis un peu foufou de Olivia Munn) et un traitement des personnages déjà préétablis qui fonctionne (pour Magneto cela confirme juste qu’il ne pourra jamais vivre heureux et on va éviter de citer des films qui n’ont là non plus rien devant ni derrière 2flics ;)). Rien que la principale scène de Quicksilver est un pur plaisir jouissif. En espérant toutefois que Wolverine 3 reprendra du poil de la bête, un peu délaissé ici par Singer qui va s’immisser 20000 lieues sous les mers. 😉

    1. « jouant plus la carte du spectaculaire » : Et bien, figure toi que je trouve que ce X-Men Apocalypse ne joue pas tant que cela la carte du spectaculaire. Faut attendre la fin pour que cela bouge un peu (et encore, j’ai trouvé cet affrontement particulièrement mou).
      Par contre, j’attends beaucoup du prochain Wolverine (essentiellement à cause de James Mangold).

    2. Il y a quand même un très grand nombre de séquences à effets-spéciaux, déstructions et explosions. Certains sont même beaucoup trop voyants à mes yeux (encore un défaut). Je ne sais plus si tu avais aimé The Wolverine? Perso beaucoup et particulièrement en version uncut où il est bien plus crédible.

    3. Enfin, bon, pour rester poli, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre…
      Oui, j’avais beaucoup aimé The Wolverine (qui gagne, effectivement, à être découvert dans sa version non-censuré). D’où mon impatience 🙂 Je croise maintenant les doigts pour que cela soit encore Marco Beltrami à la musique.

    4. Oh il y a des chances que ce soit le cas, d’autant que ça allait niveau mélodie sur The Wolverine. En tous cas on est d’accord pour dire que The Wolverine est un bon cru! 😀

  5. Wahou ! Je m’attendais pas a une critique si cinglante et une note si basse !
    J’avais vraiment aimé le précédent volet et j’ai (quand même hâte) à l’occasion de découvrir ce nouvel opus.
    Bon au moins maintenant je m’attend à être déçue.
    Merci de ton avis en tout cas !
    à bientôt

    1. En effet, après m’avoir lu, tu ne peux désormais qu’être agréablement surpris par le film. Pourtant, j’avais moi aussi apprécié Days Of Future Past.

      Merci de ta visite 🙂

  6. Particulièrement déçu par la seconde partie, vu et revue, et qui en plus ne bénéficie pas des meilleurs FX. Dommage… Encore une fois, le meilleur passage reste celui de Vif-Argent.

  7. Je n’ai pas vu le film mais j’ai l’impression que la séquence musicale vif-argent fait son petit effet. C’était déjà le cas dans « days of future past » et aussi la scène Maison Blanche avec Diablo dans « X-Men 2 ». Une signature signée Singer.

  8. Je n’ai pas encore vu le film mais tu fais apparemment partie de ceux qui l’ont pas vraiment appréciés. Et, comme tu y vas fort avec « Birdemic » que personnellement j’ai vu avec plaisir, certes de manière décalé mais il vaut d’être visionné au moins un fois (juste une fois). 🙂

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