Bande Originale : Collateral

L.A. Noire pour James Newton Howard.

Collateral (Score)Collateral

Compositeur : James Newton Howard

Durée : 53 min. / 22 pistes

Éditeur : Intrada

Los Angeles, vaste nébuleuse où se croisent, s’ignorent, vivent et meurent des lumières anonymes. Sa désarmante horizontalité, sa vertigineuse verticalité, ses dimensions babyloniennes rendant insignifiante l’existence humaine. Michael Mann captait, avec Collateral, l’âme de cet océan luminescent dont il avait déjà pensé l’esquisse dix ans plus tôt avec Heat.

L’obsession du contrôle est une donnée essentielle pour appréhender le monde de Mann, peuplé de personnages masculins luttant pour leurs indépendances et de figures féminines ouvrant vers un ailleur, mais également son travail de cinéaste, conquérant chacune de ses œuvres en portant son exigence sur l’ensemble des départements artistiques et techniques, notamment la bande-son. Sans pour autant interférer directement dans son élaboration (il laissera ainsi Trevor Jones aller à l’encontre de ses intentions en composant pour The Last Mohicans une musique orchestrale), il intervient néanmoins activement lors de son montage en se réservant le droit de jeter ou amputer tout ou partie d’un score (le dernier cas en date, Harry Gregson Williams, particulièrement amer à la sortie de Blackhat). Son style pourrait ainsi être défini comme un savant collage de standards, de morceaux pré-existants et de compositions originales dont il peut en confier l’écriture à plusieurs compositeurs. Dans le cas de Collateral, fut convié trois artistes : le producteur rock Tom Rothrock, le brésilien Antonio Pinto, et l’américain James Newton Howard, dont seul quinze des cinquante minutes écrites furent finalement retenu.

Qu’on se le dise, cette édition Intrada, exhumant l’intégralité du score composé par James Newton Howard, satisfait surtout les inconditionnels du long métrage. Le compositeur, que les coïncidences cinématographiques l’ont placés régulièrement sur le chemin de la Cité des Anges (du drame choral Grand Canyon en 1991 à Nightcrawler en 2014, en passant par Falling Down en 1993), pousse là de plusieurs crans sa sensibilité pour le minimalisme et l’atonalité, convoquant pour l’occasion une guitare électrique, une section de cordes et de cuivres ainsi qu’une batterie de textures électroniques. Ainsi, les inédits présents sur cet album sont constitué pour l’essentiel de musique d’ambiance, des masses orageuses dont il nécessaire de pousser un peu le son pour en apprécier les discrètes variations atmosphériques. Des découvertes agréables (les fans seront ici véritablement aux anges) qui ne réservent cependant aucune grosse surprise, l’opinion que l’on pouvait avoir de cette bande-son à l’issue du film ne s’en trouvant pas foncièrement bouleversé.

Ainsi, l’intérêt majeur de cette parution, outre la redécouverte des fulgurants Max Steals Briefcase et Vincent Hops The Train, ainsi que du foudroyant Would Anyone Notice ? dont il vit sa priorité grillée sur le banc de montage par le non moins enivrant Requiem de Pinto ( « Ma plus grande déception. » confie James Newton Howard dans les notes de production accompagnant le livret), réside dans la progression musicale construite par Race To Annie, Cat And Mouse et Race To The Metro, trois pièces maitresses du dernier quart d’heure du film, où se succède suspens et action, qui peuvent justifier l’achat de ce séduisant complément au soundtrack de 2004. (3.5/5)

Collateral

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4 commentaires

  1. Aux anges à L.A., quoi de plus normal, surtout lorsqu’on est véhiculé par un tel taxi ! La musique est incontestablement une composante majeure dans l’élaboration des ambiances si chères au réalisateur. Mann est un homme d’atmosphère (à défaut d’en avoir la gueule peut-être), de préférence synthétique comme il le démontrait dès « Thief » en faisant appel aux teutons du Tangerine Dream. Le score de « Collateral » découle naturellement de ces aspirations, et ton écoute experte en bat parfaitement la mesure.

    1. Tout à fait, son attrait pour la musique contemporaine (sa collaboration avec Tangerine Dreams, puis le désormais trop rare Elliot Goldenthal en est le témoin) ne fait plus aucun doute. Je reviendrais sans doute sur le Thief, dont je me suis récemment procuré la dernière édition en date du score au sein de laquelle on peut retrouver l’élégie finale composée par Craig Safan.

  2. Génial! J’attendais la sortie de cet album de pied ferme. Mais il ne doit en effet s’adresser effectivement qu’aux fans hardcores du compositeur, qui ne sont pas déroutés par son travail minimaliste dans la veine de « Michael Clayton ».

    1. Beaucoup (en majorité ceux qui n’apprécie Howard uniquement que comme l’orchestrateur virtuose qu’il est) ne sont pas fans de Michael Clayton. Pour ma part, je suis toujours séduit par cette froide mélancolie qui émane des textures de ce joli score électronique.
      Concernant ce Collateral, c’est un achat indispensable si tu aimes le film et le versant contemporain du compositeur.

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