Critique : The Nice Guys (2016)

The Nice Guys 1

Pulp Fiction.

Sur les contreforts de la cité des anges, l’imaginaire d’un gamin vient mourir sur une revue de charme qui reposait sous le lit parental. Ces palpables impressions licencieuses brouillent son innocence et brisent le charme de l’invisible pour le rapprocher du sacro-saint désir charnel qui grimpe désormais le long de son esprit juvénile. Soudain, un cabriolet fonce dans le décor, pulvérisant cet inavouable tête à tête. En contrebas, le petiot découvre la déesse qui fut à son volant, sa belle nature gisant sur une pierre, le sang souillant ses formes divines. La voluptueuse pin-up, les seins pointés vers les cieux, n’est désormais plus cet objet érotique qu’il fut quelques secondes plus tôt dans les yeux du jeune garçon. Le fantasme sexuel a pris un virage tragique. Alors, dans un geste où élégance et naïveté se mêle, il retire sa veste de pyjama et drape ce buste inanimé qui s’offre à lui, apportant enfin cette décence que tout corps mérite.

Loin d’être anodine, cette scène inaugurale condense l’intelligence de la dernière production de Shane Black, nabab du buddy-movie (scénariste de L’Arme Fatale et Last Action Hero, réalisateur de Kiss Kiss Bang Bang) revenu de son expérience chez Marvel après avoir donné une troisième aventure à l’homme de fer. The Nice Guys, c’est du sang, de l’érotisme (léger), des dialogues et personnages incisifs, de la musique cool (John Ottman, en pleine forme) et des costumes à facettes. Mais le cœur de ce divertissement se situe ailleurs que dans sa violence et son humour, ses deux mamelles. Elles ne sont que les formes pulpeuses permettant d’attirer le chaland vers une réflèxion beaucoup moins grivoise que cristallise le Los Angeles des années 70.

Contrairement à ce que laisse à penser la présence au générique de Russell Crowe et Kim Basinger, cette cité n’est plus la Confidential dépeinte par Curtis Hanson vingt ans plus tôt. Le privé est ici en voie d’extinction car promis à s’exhiber sur pellicule ou dans les magazines, avec la promesse qu’aucun détail, en particulier les plus insignifiants et croustillants, ne puisse échapper à la lumière médiatique. Or, ce qui occupe l’escroc Holland March (Ryan Gosling, parfait en doux crétin alcoolique) et le molosse Jackson Healy (Crowe, toujours présent là où on l’attend), c’est ce qui se trame à l’ombre de la voluptueuse géographie offerte par le cadavre de Misty Mountains, star du porno dont il doivent résoudre le meurtre. Dès lors, sur leur chemin, ils croiseront une fille en cavale, une secrétaire d’état, des hippies et une poignée de tueur, tous reliés à un insaisissable film « expérimental » où le scénario prédomine à l’action, où le message détourne la fonction originelle du genre dans lequel il se glisse.

Cette nouvelle société apparait plus contradictoire encore lorsque elle laisse mûrir une génération dont la naïveté doit s’accommoder à la bassesse morale du monde qui l’entoure. L’impertinente et candide Holly March seconde ainsi son père dans ses enquêtes en demeurant parfaitement lucide concernant les piètres valeurs humaines de ce dernier. De même, l’initiatrice et actrice principale du brûlant long métrage apparait finalement comme une frêle ingénue qui use de l’indépendance du médium pornographique pour diffuser son propos militant. En faisant du l’industrie du sexe un refuge de liberté morale, sociale, politique et artistique, le réalisateur fait de la compromission artistique le meilleur outil pour atteindre ses propres objectifs. L’étrange objet de cette quête abrite ainsi l’essence même de The Nice Guys qui accueille, entre gags, fusillades et reconstitution léchée, une pertinente réflexion sociétale à laquelle on ne s’attendait pas. (4/5)

The Nice Guys 2

The Nice Guys (États-Unis, 2016). Durée : 1h56. Réalisation : Shane Black. Scénario : Shane Black, Anthony Bagarozzi. Image : Philippe Rousselot. Montage : Joel Negron. Musique : John Ottman, David Buckley. Distribution : Russell Crowe (Jackson Healy), Ryan Gosling (Holland March), Angourie Rice (Holly March), Margaret Qualley (Amelia Kuttner), Matt Bomer (John Boy), Keith David (l’homme de main noir), Beau Knapp (l’homme de main au visage bleu), Lois Smith (Madame Glenn), Kim Basinger (Judith Kuttner), Yaya DaCosta (Tally).

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24 commentaires

  1. Toulon est à une heure & un peu plus de la promenade des anglais, probable que je verrai les 2 guys de Nice un de ces jours, pas d’urgence cependant, le téléchargement fera l’affaire. 😉

  2. Il est vrai, l’aspect contestataire fait le sel du film, en sus des fusillades et boutades de rigueur. Pour un film aussi brut, Black arrive effectivement à se railler du puritanisme avec subtilité, en témoignent les assauts constants des personnages contre la morale en berne (la petite mamie était très drôle à ce sujet) 🙂
    Le parallèle avec L.A. Confidential vient juste de me sauter à la figure, ne manquerait plus qu’un Kevin Spacey pour compléter la réunion 😀

  3. Shane Black refaisant son Last boy scout avec lui seul aux commandes. La NFL laisse sa place aux groupes automobiles, les 90’s aux 70’s et Willis privé alcoolo traumatisé par son licenciement à Gosling privé alcoolo traumatisé par un drame familial. Un peu de Last action hero aussi avec une petite plus lucide que tous les adultes, à l’image de Danny Madigan en sachant plus que les autres personnages de Jack Slater IV. Sans compter un casting au petit oignon allant d’un Ryan Gosling désopilant à la révélation Angourie Rice.

    1. J’aime bien son Iron man 3 aussi. Un peu trop de cgi, mais l’un des rares Marvel sortant du moule.

  4. Très bonne chronique qui m’a donnée envie de voir le film. Le réalisateur de « Kiss kiss bang bang » est capable du meilleur. Et apparemment, il va tourner un nouvel épisode de « Predator »…

  5. Tiens, tu as changé la déco ? 🙂
    Je n’ai pas encore vu le film et je n’ai lu que ta note, qui m’encourage à essayer de le rattraper.

    Bon week-end, amigo !

    1. Oui, j’avais envie de faire muer la présentation de mon blog.
      Et Shane Black est une valeur sûre. Difficile d’être mécontent à la sortie.

      Bon week-end à toi aussi, camarade 🙂

  6. Ca faisait bien trop longtemps que j’avais pas autant rigolé au cinéma. L’ambiance, des personnages bien barrés, une musique qui déchire, tout ce qu’il faut pour passer un vrai bon moment, et qu’est ce que ça fait du bien !
    Tiens donc, tu fais aussi du changement ? Ca te va bien le changement, c’est joli ! 🙂

  7. J’attendais avec impatience ce film étant une grande fan de Russell Crowe, mais c’est Ryan Gosling qui m’a surpris en montrant une facette de jeu nouvelle. Son personnage de raté est la grande trouvaille du film qui a été un super moment de cinéma. Dans le même genre (humour potache jouissif), je conseille vivement Eddie the Eagle !

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