Critique : Le Monde De Dory (2016)

Le Monde De Dory 1

Être né quelque part.

Dory a la mémoire qui flanche, elle ne sait plus très bien d’où elle vient, ni pourquoi elle en est arrivé là, si ce n’est des évidences. « J’ai un papa, et aussi une maman », certaine que le néant en matière de conception, ça n’existe pas. Subitement, un fragment du passé entre par effraction dans sa petite mémoire, lui rappelant alors l’objet de sa quête qui l’avait conduit à croiser accidentellement le chemin de Marin et Nemo un an plus tôt. Avec ses deux compagnons, elle part donc du côté de la Baie des Joyaux Morro en Californie, seul indice surgit de son néant, pensant y retrouver ses parents sans savoir que dérrière cette promesse de paradis aquatique se cache un institut biologique tout armé de béton pour spécimens menacés dont la voix maternante se voit portée à l’écran par les vibratos de l’ex-prêtresse du 20h, Claire Chazale (un rôle de composition… mais un choix artistiquement moins cohérent que celui de Sigourney Weaver, en VO).

Comme un poisson dans l’eau, après avoir, non sans succès, regardé ce qui se tramait sous la calotte crânienne d’une jeune fille, Pixar nage dans les eaux du souvenir en rappelant à nous les personnages du Monde De Nemo, mais aussi en faisant de ce lieu l’environnement principal du récit. Ainsi, dans la zone de quarantaine de cet « hôpital pour animaux marins » où elle atterrit après avoir remonté le cours du temps, Dory, toujours victime de trouble de la mémoire immédiate, rencontre Hank, un poulpe dont la terreur se remémore à lui à la simple évocation des grands fonds, enviant en cela le handicap du chirurgien bleu. L’oublie et le déni lui permettrait-il donc de mieux vivre son présent et surmonter ses traumatismes ? Suffit-il de tendre la nageoire pour faire disparaitre toute forme de vulnérabilité ? Tout ça, le film s’en fout, un peu. Andrew Stanton et Angus MacLane noient tout cela sous un déluge de péripéties et de personnages satellites. Peut-être parce que le scénario, écrit à quatre pinces, présente des zones de faiblesse, laissant par exemple l’octopode et l’origine de son spleen au ponton alors qu’il avait le potentiel pour rejoindre le cercle des grands traumatisés né sous la lumière de Luxo Jr. (Lotso, Jessie, & Cie). Peut-être aussi parce que les auteurs souhaitaient imprimer à leur film un rythme à l’image de cette héroïne qui ne se conjugue qu’au présent.

Car de l’action et des gags (qui ne font pas tous « mouche », ceci dit), Le Monde De Dory n’en manque pas. Un récit à grande vitesse comme le fut Toy Story 2 avant lui, sans temps mort, somme de différentes temporalités et espaces diégétiques, personnages et individualités (un béluga pressé de maux de tête, une requin baleine bigleuse, des phoques dont les arrière-trains fourmillent d’hémorroïdes). Une construction narrative qui renforce malheureusement ce sentiment « brouillon » qui se dégage de ce second volet très agréable mais loin d’être inoubliable. (3.5/5)

Le Monde De Dory 2

Finding Dory (États-Unis, 2016). Durée : 1h37. Réalisation : Andrew Stanton, Angus MacLane. Scénario : Andrew Stanton, Victoria Strouse. Musique : Thomas Newman. Distribution Vocale (VO) : Ellen DeGeneres (Dory), Albert Brooks (Marin), Hayden Rolence (Nemo), Ed O’Neill (Hank), Kaitlin Olson (Destinée), Ty Burrell (Bailey), Diane Keaton (Jenny), Eugene Levy (Charlie), Sigourney Weaver (elle-même). Distribution Vocale (VF) : Céline Monsarrat (Dory), Franck Dubosc (Marin), Timothé Vom Dorp (Nemo), Philippe Lellouche (Hank), Mathilde Seigner (Destinée), Kev Adams (Bailey), Catherine Davenier (Jenny), Michel Papineschi (Charlie), Claire Chazale (elle-même).

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17 commentaires

  1. Sympathique mais pas sensationnel. Visiblement, Pixar semble assez nostalgique (comme tu le soulignes) de la période Nemo. Pas trop tenté sur ce coup là…

    1. En effet, Pixar semble vouloir jouer la carte de la nostalgie, ce que ne dément les prochains projets du studio (Cars 3, Toy Story 4 et Les Indestructibles 2). Les projets « originaux » sont visiblement transféré à Disney avec notamment Moana.

  2. J’ai beaucoup aimé celui-ci, peut-être plus que Le Monde de Nemo, même si j’ai l’impression de manquer d’arguments. Ressenti personnel, dirons-nous ! Es-tu au moins resté jusqu’à la scène post-générique ? 😀

    1. On retrouve les poissons échappés du cabinet de dentiste du premier, et Gerard qui parvient à reprendre la place. Rien de fou, mais c’était assez mignon !

  3. Ayant parfois un seul neurone, je compte tout de même emmener mes 2 petits fils voir Dory (ils aiment tant Némo!)
    Et si j’ai un doute pour le chemin, ils m’aideront à le retrouver 🙂 🙂 🙂

  4. Mouais, tout ça ne me dit rien qui vaille. Pixar se change en Marvel, une machine à pondre des séries à succès mais qui fait des ronds dans l’eau. Et ça marche. Pendant ce temps, je me souviens des jours anciens et je pleure. ..

    1. C’est plaisant, hein, on va pas se mentir. J’ai même ri. Mais Le Monde De Dory est à celui de Nemo ce que Monstres Université est à Monstres & Compagnie.

  5. Intéressant. Je ne suis vraiment pas tenté par le voir en salles, cependant. Je fais partie de ces quelques ronchons qui ne voient pas l’intérêt de pondre des suites aux films Pixar, surtout quand la boite peut se permettre de sortir des nouvelles créations.

  6. Une suite au combien plaisante qui a au moins le mérite de ne pas nous ressortir la même chose. Ce qui fut le cas de toutes les suites et autres (Monsters university) signées Pixar.

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